Malgré Zalando, Zanotta étend peu à peu sa toile de textile en Suisse romande

CommerceLe Biennois Noè Zanotta vient d’ouvrir, à Yverdon, sa 4e boutique de confection pour homme. Une véritable success story locale malgré la vente en ligne.

Noè Zanotta est à la tête désormais de quatre boutiques de vêtements masculins.

Noè Zanotta est à la tête désormais de quatre boutiques de vêtements masculins. Image: DOMINIC FAVRE

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Noè Zanotta a deux talents certains. D’abord un œil qui devine une taille de chemise à 2 mètres (on l’a vu faire), ensuite un incroyable sens des affaires qui lui a jusqu’ici plutôt bien servi. Alors que le commerce local tire la langue et lutte face aux vitrines fantômes, ce jovial et démonstratif Biennois vient d’ouvrir sa quatrième boutique sous nos latitudes. Uniquement des magasins de mode pour hommes. Du classique surtout, avec parfois quelques chemises à manches courtes décorées de flamants roses. On ne sait jamais qui va passer la porte de la boutique.

Il y a d’abord eu la reprise de Godel, à Avenches, en 2005. Puis l’ancien Trianon de Payerne en 2008. Puis le Springfield de Sion en 2015. Et maintenant Michel Mode, à Yverdon, tous réunis sous le nom et les ceintres de Zanotta. Et il faut savoir que ce vendeur-né lorgne encore quelques surfaces sur l’arc lémanique. Après il s’arrêtera. Peut-être.

Garder le contrôle sur la qualité

«Je peux en gérer cinq ou six, dit-il. Ensuite il y a un effet de palier et la gestion du personnel et du marketing devient trop lourde pour un seul homme. Je veux pouvoir garder un pied partout, continuer à vendre moi-même et former les gens. C’est comme ça qu’on garde la même dose de qualité partout. Et sans qualité vous êtes loin.»

Il remet en place une série de pantalons et reprend. «Il a fallu bien cerner le marché, comprendre là où il faut être. Je ne peux pas me mettre à Bienne ou à Berne où j’ai quatre concurrents en face. On doit combler des trous.»

L’Avenchois d’adoption (il préside la Société des commerçants de la ville) admet qu’il a eu de la chance: celle d’arriver quand une génération de vendeurs était sur le départ, avec de petites institutions locales à dépoussiérer.

Un fichier client bien fourni

Au point de tenir aujourd’hui un fichier avec des milliers de clients, une douzaine d’employés et quatre couturières. Une petite chaîne en soi, qui doit aussi sa réputation à l’amour inconditionnel et affiché du patron pour le HC Bienne, dont il est en outre l’habilleur officiel. Un petit exploit aussi, sur les terres des mordus du LHC, du HC Sion et de Gottéron.

«Le défi c’est d’être capable de récupérer les jeunes après leur 30 ans et d’en faire des clients.»

Reste une question: comment fait-il face aux géants de la vente en ligne? À titre d’exemple, Zalando a écoulé pour 685 millions de francs de vêtements en 2017 rien qu’en Suisse. «Si l’on veut tenir, il faut proposer ce qu’Internet ne fait pas: la bonne taille, des conseils aux clients, savoir anticiper au mieux. Il faut être réaliste, on ne peut pas rivaliser avec un site qui a des dizaines de modèles de jeans. En revanche on peut faire que le client ressorte en se disant: «Elle est bien cette vendeuse.»

En sachant toutefois que le créneau visé par Noè Zanotta est bien défini: les plus de 30 ans, avec un minimum de sous en poche. «Avant cet âge, ils ont plutôt tendance à venir essayer des modèles chez nous et ensuite à les acheter en ligne, soupire-t-il. Mais le défi c’est d’être capable de les récupérer après et d’en faire des clients.» Là-dessus, le vendeur enchaîne les astuces: un petit courrier manuscrit envoyé pour chaque achat important, des bons aux anniversaires, etc.

Ça, c’est grâce au fichier clients et au système informatique de la maison. Tout est automatisé, centralisé et affiché instantanément sur les écrans et les caisses des officines. Un petit bijou à 12 000 francs pièce, qui tranche avec les fichiers Excel et carnets des magasins que Noè Zanotta a repris. Un système qui permet aussi de gérer les stocks à la seconde. «On ne peut pas négliger l’approvisionnement, il faut savoir saisir le bon moment.»

Et pour la suite?

Prochaine étape, une application permettant de rester présent dans la poche des clients. Et surtout garder confiance. «On voit en Angleterre que le petit commerce revit dans les petites villes, les gens en ont assez des grands centres, assure Noè Zanotta. Ils ne veulent plus traverser la bijouterie pour aller acheter une douche. Les gens veulent du spécifique.» Il poursuit. «Ça reste difficile. Un jour je peux faire 2000 francs et le jour suivant rien. Mais il faut savoir relativiser. Ce magasin a survécu à la Seconde Guerre mondiale, sourit Noè Zanotta. Il survivra à Internet.» (24 heures)

Créé: 27.07.2018, 08h12

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