«Nos sites archéologiques n’ont rien à envier à ceux de Libye ou du Proche-Orient»

PatrimoineDenis Genequand, nouveau directeur du site d’Avenches, dévoile ses priorités et les grandes lignes du futur musée archéologique.

L’archéologue genevois (il se définit comme un Allobroge exilé) a notamment passé des années en Afrique et au Proche-Orient avant d’être nommé nouveau directeur du site d’Avenches. Il a remplacé Marie-France Meylan-Krause en avril dernier.

L’archéologue genevois (il se définit comme un Allobroge exilé) a notamment passé des années en Afrique et au Proche-Orient avant d’être nommé nouveau directeur du site d’Avenches. Il a remplacé Marie-France Meylan-Krause en avril dernier. Image: JEAN-PAUL GUINNARD

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Archéologue passé par les ruines et les sables de Syrie, de Jordanie ou encore du Ghana, Denis Genequand est depuis avril le nouveau directeur du Site et Musée romain d’Avenches. Il débarque dans l’ancienne capitale des Helvètes en plein chantier: occupée par de multiples fouilles préventives, par la rénovation de ses monuments et surtout, enfin, avec un nouveau musée en perspective.

Alors, ce nouveau musée, à quoi ressemblera-t-il?
Le document qui lance le plan d’affectation cantonal a été signé en juillet. Il reste encore la validation par le Conseil d’État, puis les études en vue du concours d’architecture. Il devrait occuper 8000 m2 et dépasser un peu la surface du Laténium (ndlr: musée archéologique de Neuchâtel). Ce sera un musée qui sert de porte d’entrée du site archéologique, un peu comme à Bibracte en Bourgogne: le musée doit faire comprendre une ville et tout un territoire, en l’occurrence celui des Helvètes.

Et à l’intérieur?
On espère pouvoir développer assez de place pour un centre de recherche, de restauration et d’étude. C’est tout ce qu’on ne voit pas et qui est pourtant essentiel: les expositions, si on ne veut pas faire de l’objet pour l’objet, il va falloir leur donner de la consistance et exploiter notre potentiel scientifique, qui est absolument énorme. Je suis un archéologue de terrain qui a beaucoup travaillé sur des monuments, et je tiens à utiliser de l’espace pour mettre en avant les blocs architecturaux, les mosaïques et nos grandes pièces qui sont pour l’essentiel en dépôt. Parce qu’elles sont parfois extraordinaires, et parce qu’il faut faire passer l’idée que les édifices romains d’ici n’ont rien à envier à ceux de Libye ou du Proche-Orient.

Vous avez l’occasion de développer toute une muséographie…
On prévoit une table ronde ou un colloque scientifique sur l’entier du projet. Ce qu’on peut dire, c’est qu’il faudra reprendre l’idée d’une grande maquette en relief avec animation sonore et numérique, comme celle installée l’an dernier au deuxième étage. Il faut faire comprendre qu’Avenches n’était pas un plan à plat, mais un ensemble avec une élévation et une évolution. La sécurité permettra enfin d’exposer l’original du buste de Marc Aurèle, il le mérite. L’ouverture est maintenant attendue autour de 2027.

Et le site archéologique?
Des gens viennent toujours à Avenches pour le site, puis découvrent qu’il y a un musée ou inversement. On doit construire un tout. Le site en soi aurait été notre priorité si le musée n’en était pas une pour le Canton. On va devoir le préparer, probablement engager du monde, et ça va prendre du temps. Le site va d’abord bénéficier de nouveau panneaux, ensuite viendront des compléments numériques. La mise en valeur des monuments est, elle, plus compliquée. Pour nous, l’enjeu est surtout d’assurer la conservation. Le chantier du théâtre est en stand-by faute de budget, celui de l’amphithéâtre va être un énorme défi, et le mur d’enceinte est en cours de restauration et d’étude…

Vous avez fait votre carrière au Proche-Orient et en Afrique. Qu’est-ce que ça apporte à Avenches?
Peut-être une certaine ouverture. Je tiens à faire des expositions plus larges: intéresser le public avec une approche qui dépasse le cadre de l’archéologie gallo-romaine. On doit gagner des visiteurs qui viennent d’ailleurs et faire passer des messages transversaux. On peut imaginer une exposition temporaire sur l’archéologie africaine ou faire venir des pièces de plus loin. C’est aussi ça qui va nous faire gagner en notoriété. Les collections d’Avenches ont tout pour témoigner de ce qui se passait en Suisse à l’époque, mais il faudra élargir un peu le propos.

Reste encore à mieux comprendre le site en soi. Votre priorité?
On ne peut pas lancer de fouilles extensives avec nos moyens. Nous avons un gros projet, «Origines», qui veut faire le point sur nos connaissances accumulées ces dernières années sur l’agglomération gauloise qui a précédé la ville romaine. C’est un cas très intéressant et de mieux en mieux connu. Nous devons aussi mieux cerner l’Avenches tardive, quand l’évêque s’y installe. On parle de migrations et de changement de société, ce sont des thèmes actuels. On peut imaginer dans ces cadres lancer quelques sondages, comme au Bois de Châtel par exemple (ndlr: colline voisine, occupée à la période gauloise). Il faudrait aussi mieux comprendre le territoire: l’économie agricole, comment Avenches s’alimentait en nourriture de proximité. Encore un thème actuel.

Comment allez-vous financer tout ça?
Une partie des projets dépend de subventions accordées par des fondations et d’autres du Fonds national suisse (FNS). Pour le reste, il faut faire comprendre à l’État que nous aurons besoin de compétences et de moyens. Ce nouveau musée, il faut l’anticiper. Que dites-vous aux autres sites romains dont certains grincent des dents? Que nous devons élaborer un concept plus global, c’est un mandat du Conseil d’État au Musée cantonal et au Site et Musée d’Avenches. Tous les sites concernés se réunissent prochainement. Il y a des attentes très diverses. Ce qu’on peut faire, c’est imaginer une vision, une politique commune de valorisation.

Avec Avenches au centre?
On ne peut pas rester sur l’idée qu’il y avait Avenches la capitale puis autour toute une «romanité» un peu abstraite, terme que je n’aime pas trop. Avenches doit montrer qu’il y avait tout un territoire qui, dans l’Antiquité comme aujourd’hui, formait un réseau de sites très complémentaires.

Créé: 17.09.2019, 08h06

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