Pas touche aux carottes laissées en plan à Yverdon

Nord vaudoisQuelques dizaines de tonnes de ce légume racine ont été sorties de terre sans être récoltées. On n’a pas pour autant le droit de les ramasser.

Le champ sera labouré dans quelques jours. Et les carottes retourneront à la terre, jouant un rôle d’engrais vert.

Le champ sera labouré dans quelques jours. Et les carottes retourneront à la terre, jouant un rôle d’engrais vert. Image: CHRISTIAN BRUN

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La scène a quelque chose de surréaliste quand bien même elle n’est pas exceptionnelle. Il n’empêche, elle a de quoi faire fantasmer Bugs Bunny, Roger Rabbit et tous leurs copains réunis. Et n’a pas manqué de susciter débat et questionnements sur le groupe Facebook «T’es d’Yverdon si…». À deux pas du manège, un champ entier est jonché depuis plusieurs jours de dizaines de milliers de carottes, en plus ou moins bon état. Entre cris au gaspillage, appel au «pillage» et interrogations autour des raisons qui ont poussé l’exploitant de cette parcelle à les laisser en plan, les avis divergent et divisent.

Pour certains, aller se servir serait du vol, même si le maraîcher qui les a sorties de terre ne semble pas vouloir les récupérer. D’autres, au contraire, convoquent des pratiques qui remontent au Moyen Âge et avancent le terme de glanage: une pratique licite qui permettait aux plus démunis de faire bombance des restes oubliés après la récolte. Et de préciser la différence avec le maraudage, illégal, puisque intervenant avant cueillette, moisson, vendange ou récolte.

Mais attention, préviennent des internautes, les carottes pourraient bien être cuites quoi qu’il en soit: avec le gel, il y a «un risque de pourriture dans un ou deux jours», sans compter que «certains agriculteurs aspergent ces restes de produits pour accélérer leur pourrissement». Contacté, le maraîcher concerné ne goûte pas trop ces considérations, lui qui ne conçoit pas vraiment son champ comme un primeur en self-service. «Nous n’avons rien déversé sur ces carottes, qui restent les miennes, sur une parcelle que j’exploite… Est-ce que je vais dans les jardins de mes voisins pour prendre les choux qui sont encore dans les carreaux?» réagit Roland Stoll.

Caractère privé

Directeur du Service cantonal de l’agriculture, Frédéric Brand confirme le caractère privé de ces carottes: «Mais c’est quelque chose que l’on constate fréquemment: dès qu’il est sorti de son jardin, le citoyen lambda estime être sur le domaine public et pouvoir promener son chien, faire du modélisme ou galoper avec son cheval en toute liberté dans les champs. Cela démontre la rupture du lien entre lui et l’agriculture et la nécessité d’expliquer qu’un champ de blé, c’est du pain. Ou une prairie, du fromage.»

Dans le cas d’espèce, c’est le Code rural et foncier qui définit ce qui est légal ou non. En substance – mais c’est difficilement applicable pour des carottes –, les fruits, feuilles, fleurs et brindilles tombés naturellement sur le domaine public peuvent être ramassés par tout un chacun. Il en va de même des fruits pendant au-dessus d’une parcelle en domaine public. À noter toutefois qu’une Commune a la possibilité de rétablir les pratiques anciennes pour une période donnée, en permettant par exemple à partir d’une certaine date d’aller ramasser ce qui reste dans les cultures. Il n’y a pas si longtemps, c’était encore souvent le cas des Communes viticoles qui autorisaient le grappillage dans les vignes après la vendange.

«Nous avons dû sacrifier les carottes de cette parcelle, moins belles que d’autres»

Reste tout de même deux questions. Pourquoi ces quelques dizaines de tonnes de carottes ont-elles été sorties de terre, mais laissées dans leur champ? Et sont-elles destinées à pourrir sur place? Une partie de la réponse tient dans la situation particulière rencontrée l’année dernière en Suisse par plusieurs cultures maraîchères. «Après quelques années difficiles, 2019 a été un peu meilleure et nous nous sommes retrouvés avec une trop grande quantité de carottes, explique Roland Stoll. Dès lors, nous avons dû sacrifier les carottes de cette parcelle, moins belles que d’autres.»

Pour d’évidentes raisons sanitaires, pas question toutefois de les laisser en terre. L’entreprise maraîchère a donc passé la herse dans le champ pour en extraire ces légumes racines. Et dans quelques jours, la parcelle sera labourée, avec ses carottes. «Elles retourneront alors à la terre, jouant un rôle d’engrais vert. Ou plutôt orange, dans le cas présent.»

Créé: 16.01.2020, 06h40

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