Philippe Guignard s’est relevé et dévoile son nouveau projet

OrbeViré par ceux qui ont repris sa société en décembre, le pâtissier s’apprête à rebondir au centre d’Orbe.

Philippe Guignard a pu compter sur le soutien de son épouse, Roselyne, pour leur nouveau défi.

Philippe Guignard a pu compter sur le soutien de son épouse, Roselyne, pour leur nouveau défi. Image: OLIVIER ALLENSPACH

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C’est tout un symbole. Le 23 septembre prochain, le jour où l’été aura officiellement tiré sa révérence, Philippe Guignard s’offrira sans doute un nouveau printemps. C’est en tout cas ce mercredi-là que le célèbre boulanger-pâtissier d’Orbe se lancera dans une nouvelle aventure, neuf mois après avoir été licencié par le groupe qui a repris sa société. Ce nouveau départ aura pour cadre le numéro 34 de la Grand’Rue d’Orbe, à quelques dizaines de mètres de l’endroit où tout avait commencé pour lui, il y a déjà un quart de siècle.

Mercredi matin sur les hauteurs de Lignerolle où il vit, c’est bel et bien un homme nouveau qui a dévoilé son projet, documents officiels et plans d’architecte à l’appui. Un homme nouveau, certes, mais qui ne peut totalement cacher qu’il sort d’un très long hiver, marqué par une lourde dépression. «J’ai été très gravement malade pendant quatre ans et demi», reconnaît-il sans ambages. L’affirmation est prononcée au passé, comme pour donner un écho positif à ce qu’il confiait il y a quelques mois à 24 heures: «D’abord je dois me soigner et guérir. Cette maladie fait perdre force et lucidité. Mais le travail ne me fait pas peur, j’ai un savoir-faire, je peux repartir.»

Aujourd’hui, Philippe Guignard dit être prêt à recommencer de zéro. Grâce au soutien inconditionnel et indéfectible de Roselyne, son épouse, et de son fils: «Ils ont été gigantesques!» Grâce aussi à ces innombrables messages d’encouragement et de compassion. Venus de toute la Suisse romande, il les a conservés dans un classeur dont il tourne les pages avec émotion, alors que Kiwi, le chat lui aussi fidèle, vient quémander nonchalamment quelques croquettes.

«On aime Orbe»

A l’heure de se relever, la question s’est rapidement posée de savoir où il convenait de renaître. «J’ai eu trois magnifiques propositions: à Talloires (ndlr.: sur les bords du lac d’Annecy (F), à Martigny (VS) et à Orbe.» C’est cette dernière possibilité que le couple a finalement retenue, parce qu’il n’avait pas envie de fuir, même si au début des problèmes, les Guignard n’osaient plus trop sortir et rasaient les murs. «Mais on a reçu tellement de messages. Et puis, on aime Orbe, qui nous l’a toujours bien rendu», relève-t-il.

Evidemment, Philippe Guignard et Roselyne ne sont pas seuls pour ce nouveau défi. Des amis leur ont proposé de financer la création d’une société, Urbagourmet Sàrl, devant donner naissance à la nouvelle enseigne du pâtissier urbigène. Parmi eux, Philippe Pidoux, l’ancien conseiller d’Etat, Urs Rechsteiner (ex-chef de l’état-major de la police genevoise) ou encore un certain Christian Constantin. «Mais il faudrait les citer tous», déclare Philippe Guignard, reconnaissant.

Du coup, le quinquagénaire se sent comme un gamin à l’idée d’ouvrir Guign’art, une boulangerie-pâtisserie-confiserie, doublée d’un petit restaurant de 30?places. «Les trois quarts de nos produits seront complètement novateurs et de haute qualité artisanale», promet le chef. Mais surtout, certains seront confectionnés devant le client. Passé les vitrines du magasin, ce dernier se trouvera face à un meuble noir de 3,7 mètres, derrière lequel Philippe Guignard et deux personnes s’activeront, réalisant des tartes de tomates multicolores, des tourtières de champignons ou d’autres délices saisonniers dont il élabore les recettes depuis plusieurs semaines.

Face aux clients

Ce projet pilote permet au pâtissier de réaliser un rêve qu’il caressait de longue date: renouer le contact direct avec sa clientèle. Aidé de sa petite équipe d’une dizaine de personnes triées sur le volet, il lui réserve d’autres surprises, le dimanche notamment. Une bonne chose n’arrivant jamais seule, on lui a proposé la location de l’espace anciennement utilisé pour des cours de l’école ménagère, à Sergey. Soit à mi-chemin de son domicile et de son lieu de travail. «C’est là que se trouveront nos laboratoires.» Où il pourra préparer de grandes réceptions, des petits plats pour Athletissima? «Non, ça, c’est fini, je suis là pour le freiner», coupe Roselyne. Philippe Guignard ne dit pas le contraire: «Si je fais le fou, ma femme et mon fils me quittent, Kiwi les suit et mon avocat me colle un tuteur.» (24 heures)

Créé: 07.08.2015, 06h57

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Si vous avez raté le début

Mai 2012 Après une période faste qui l’a vu prendre la tête de plusieurs enseignes, Philippe Guignard quitte l’Hôtel des Horlogers, au Brassus.

Octobre 2012 Il part du chalet d’alpage de La Bréguettaz, au-dessus de Vaulion.

Avril 2014 Il lâche les rênes de l’Hôtel de la Prairie, à Yverdon.

Juin 2014 Un groupe d’investisseurs vaudois reprend la société Guignard Desserts Orbe et fonde le Groupe Philippe Guignard. Le pâtissier assume la direction avec son épouse, mais il n’a aucune part dans la nouvelle société et par conséquent plus aucun pouvoir décisionnel. Quant à la cinquantaine de collaborateurs, «leur avenir professionnel est assuré», affirme Philippe Addor, président du groupe le 18 juin.

Octobre 2014 La faillite de Guignard Desserts Orbe SA est officiellement prononcée.

4 décembre 2014 Philippe et Roselyne Guignard sont licenciés «pour justes motifs», souligne le groupe qui porte son nom.
«Du jour au lendemain, on m’a enlevé mon travail, mon téléphone et ma voiture», affirme-t-il quelques semaines plus tard.

18 juin 2015 Une quinzaine de collaborateurs travaillant pour le Groupe Philippe Guignard au tea-room historique d’Orbe ont reçu leur lettre de licenciement. Fermée pour ses vacances annuelles de juillet, la boulangerie-pâtisserie n’a pas rouvert
ses portes.

L’enseigne «historique» close

Comment allait réagir le Groupe Philippe Guignard à l’annonce des projets du boulanger-pâtissier urbigène? Absent pour plusieurs jours, le président, Philippe Addor, n’a pas pu être joint hier. Autre fondateur du groupe, Daniel Posse a quitté ses fonctions «il y a plusieurs semaines», selon Claude Widmer. C’est donc lui, le troisième investisseur de départ qui répond, tout en précisant qu’il a démissionné lors de la dernière assemblée générale ordinaire. «Une décision qui doit encore être officialisée par le Registre du commerce», souligne-t-il. Quoi qu’il en soit, l’homme avance ne pas être au courant d’une «éventuelle réouverture». «Mais à mon sens, Philippe Guignard peut tout faire, tant qu’il n’utilise pas son nom, qui fait partie intégrante de ce que notre société a racheté.» Et Claude Widmer de sourire quand il apprend que la future enseigne de la rue d’Orbe 34 portera le nom de Guign’Art. «Ça me fait même rire! Il faudra voir avec l’avocat qui s’occupe de nos affaires ce qu’il en dit, mais nous n’avons pas spécialement intérêt à courir après Philippe Guignard. Surtout si l’on n’est plus présent à Orbe…» Le mot est lâché. L’affaire n’est pas encore entendue, mais à ce jour la confiserie «historique» fondée par Philippe Guignard voilà 25 ans, est toujours close, en quête de repreneurs potentiels.

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