Pourquoi Romainmôtier tutoie une métropole japonaise

Jumelage L’alliance insolite entre le bourg clunisien et la grande cité de Nagaoka fête ses trente ans.

Cité industrielle du nord du Japon, Nagaoka compte quelque 300'000 habitants.

Cité industrielle du nord du Japon, Nagaoka compte quelque 300'000 habitants. Image: DR

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Les jumelages entre communes répondent souvent à certaines logiques. Payerne s’est ainsi liée d’amitié avec Paray-le-Monial, en Bourgogne, également connu pour son abbatiale romane. L’Abbaye, à la Vallée, première commune vaudoise par ordre alphabétique, s’est jumelée avec la dernière de la liste, Yvorne. Assens, dont l’ancien syndic avait un grand respect pour le général de Gaulle, s’est jumelé avec Colombey-les-Deux-Eglises.

Plus surprenant, Romainmôtier, lui, s’est vu confirmer dernièrement ses liens avec Nagaoka, au nord du Japon et non loin de Fukushima. Depuis trente ans exactement, le pittoresque bourg médiéval de quelque 520 âmes tutoie sans gêne une véritable métropole régionale de 300 000 habitants. Une cité industrielle, avec un vaste paysage de bâtiments modernes éclairés au néon sur plan en damier. Comment diable?

Initiative privée

«En fait, tout a commencé avec une initiative privée», raconte, un brin amusé, le syndic de Romainmôtier Fabrice de Icco. Alors installé dans le bourg du Nozon, le célèbre graveur Pierre Aubert (1910-1987) découvre peu à peu le papier japonais, et finit par s’éprendre du petit village d’Oguni où il allait régulièrement se fournir. Ce charmant hameau, fait de maisons en bois et de rizières en terrasses, est en effet réputé pour son artisanat traditionnel et ses papiers en écorce de mûrier. «Il a fait une première demande de jumelage qui a été refusée à l’époque, poursuit Fabrice de Icco. Finalement, le tout a été officialisé en 1986.» L’artiste a ensuite fait des expositions sur place, les écoliers se sont échangés des dessins, et une délégation de jeunes Romainmonastériens a fini par se rendre dans le hameau en 1994. «J’en étais. On a logé chez les habitants et travaillé dans leur parc d’attractions», sourit le syndic.

Les choses changent en 2006. Comme sur le Canton de Vaud, les fusions administratives modifient le visage de la préfecture de Niigata. Elles y entraînent l’absorption par la cité de Nagaoka de quatre villages voisins, dont Oguni. L’acte de jumelage, lui, reste. «C’est quelque chose qui est entretenu très pieusement par les Japonais, ajoute l’élu. On reçoit régulièrement un magazine de nouvelles.» Il s’appelle Kon­nichiwa. Jumelée avec Trèves en Allemagne et Fort Worth au Texas, Nagaoka dispose également d’un service spécialement dédié à ses «sister cities». En revanche, le bourg du Nozon avoue volontiers ne plus jouer un rôle très actif dans l’aventure. «Mais chaque fois qu’on aperçoit un Japonais qui se promène chez nous, on le reçoit très dignement!» s’empresse de souligner Fabrice de Icco.

Liens privilégiés

La commune romane assure toutefois être consciente d’avoir hérité de liens privilégiés, et dit vouloir trouver une façon, artistique ou culturelle, de perpétuer l’histoire de Pierre Aubert. «C’est un jumelage atypique, c’est vrai, conclut le syndic. Mais aussi parce qu’il est venu du bas, pas de manière forcée ou officielle. Il faut en faire quelque chose.» Ce n’est pas Laurent Wehrli, conseiller national et secrétaire de l’Association suisse pour le Conseil des Communes et Régions d’Europe, qui lui dira le contraire. «Les jumelages ont évolué avec la société. Avant, c’était une occasion de voyage unique pour des clubs de gym ou de musique. Maintenant, ce modèle classique s’essouffle. Par contre, des partenariats liés à des projets concrets, comme des aides humanitaires ou des échanges linguistiques, se développent de plus en plus. Il y a un avenir pour construire quelque chose ensemble.» (24 heures)

Créé: 09.12.2016, 10h00

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