Sous pression, la Vallée ferme ses forêts à reculons

FauneLe Canton veut fermer au trafic les routes forestières de la Vallée. Pour protéger le grand tétras et obéir à la loi. Les Combiers rechignent.

La fermeture des chemins forestiers de la Vallée doit notamment permettre de protéger les secteurs d'habitat du Grand Tétras, emblématique oiseau suisse sur liste rouge depuis 1977. Mais pour les Combiers, la pilule est dure à avaler.

La fermeture des chemins forestiers de la Vallée doit notamment permettre de protéger les secteurs d'habitat du Grand Tétras, emblématique oiseau suisse sur liste rouge depuis 1977. Mais pour les Combiers, la pilule est dure à avaler. Image: Christof Steirer

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Il faut espérer que le grand tétras est du genre patient et peu rancunier. Ces jours, des panneaux d’interdiction générale de circuler sont peu à peu posés sur les 238 km de routes forestières de la vallée de Joux. Ils doivent restreindre de manière inédite le trafic automobile dans les vastes forêts combières, protégeant la faune et notamment les aires de reproduction du fameux grand coq de bruyère, oiseau particulièrement sensible et placé sur la liste rouge des espèces menacées. Poussés par le Canton, les Combiers mettent ainsi en application la législation fédérale et la loi cantonale sur les forêts qui s’y rapporte… plus de dix ans après l’élaboration du plan de gestion dédié à la Vallée.

«Inutile et exagéré»

Pourquoi avoir attendu si longtemps? Entre les recours au tribunal et les délais, les autorités de la vallée horlogère ont joué la montre, et elles ne s’en cachent pas. De l’avis des spécialistes du dossier, nulle part en Suisse l’application de la nouvelle réglementation forestière – de 1991 – n’a été aussi difficile. «Fermer nos forêts est inutile et exagéré», soupire Claude Karlen, président de l’Association Forêt pour tous, organisme viscéralement opposé aux restrictions de trafic. «A la Vallée, on a tous un ancêtre qui a travaillé dans le Risoux. Mon grand-père y aménageait des routes pendant la guerre. Se promener en forêt est fondamental pour nous, on y va tous les jours. Maintenant, on en coupe les jeunes générations. Allez-y pour monter au sommet du Risoux avec une poussette et un vélo!»

«Ce sont les gens d’ici qui sont pénalisés»

Municipal des Forêts au Chenit – le territoire des communes est majoritairement forestier –, Bertrand Meylan abonde. «Ce sont les gens d’ici qui sont pénalisés. Les personnes âgées et les cueilleurs de morilles au printemps.» Car sur les 238 km de routes forestières connues que le Canton veut réglementer (voir l'infographie ci-après), quelque 33% resteront accessibles en l’absence de neige ou de l’été au 1er décembre. Trop tard pour les morilles, mais assez, ricanent les Combiers, pour éloigner les cueilleurs de champignons neuchâtelois des bons coins du Risoux.

Pour voir l'infographie en grand, cliquez ici.

Plusieurs catégories d’usagers pourront toutefois encore circuler dans les bois: chasseurs, forestiers, fonctionnaires, propriétaires des innombrables chalets et refuges. S’y ajoutent les dérogations que les communes peuvent accorder, notamment pour des manifestations. Depuis les premières négociations avec le Canton et les écologistes en 2004, le lobby combier a été efficace. De quoi limiter l’efficacité écologique du fameux plan sectoriel? «Il conserve une valeur suffisante, juge Serge Fischer, président de Pro Natura Vaud. Mais il faut l’appliquer un jour pour pouvoir l’évaluer.»

Tétras et droit bernois

C’est que la fermeture au trafic d’une grande partie du massif du Risoux est capitale pour le grand tétras, dont le Nord vaudois et la vallée constituent un bassin d’importance nationale. De l’avis des biologistes, les effectifs du fragile volatile stagnent. Ils seraient une centaine dans le massif du Jura, et les routes amputent son territoire de centaines de mètres par tronçon.

«Des grands tétras, j’en vois toujours autant qu’il y a trente ans», rétorque Claude Karlen, qui en profite pour citer le vieux Droit du Risoux, qui conférait libre usage des bois aux habitants de la Vallée sous l’Ancien Régime. Tandis que, dans la presse locale, on en appelle à la désobéissance civile.

«Je comprends le crève-cœur des Combiers»

«A titre personnel je comprends le crève-cœur des Combiers, réagit Cornelis Neet, directeur général de l’Environnement. Mais il faut appliquer la législation fédérale et elle est très claire. Nous avons déjà utilisé toute la marge de manœuvre à disposition.» Il ajoute: «Adapter les restrictions de la circulation des véhicules à moteur est d’autant plus important dans le Jura, car la structure du paysage y est variée et moins contrastée entre forêt et zones habitées qu’ailleurs en Suisse.»

Pas sûr que les Combiers l’entendent de cette oreille. Il se murmure qu’une demande de révision du plan de circulation pourrait être formulée à moyen terme. Quant à la surveillance des routes, elle doit incomber à la demi-douzaine d’agents forestiers du Canton, et aux communes. Ça tombe bien, elles ont déjà prévu d’être tolérantes jusqu’à fin 2017. (24 heures)

Créé: 27.10.2016, 06h49

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