Yverdon ne veut plus voir fuir son or bleu

RessourcesComme d'autres villes, Yverdon-les-Bains voit chaque année des millions de litres d'eau potable disparaître suite à des fuites de canalisations, voire des vols. Un monitoring est lancé

Les fuites d'eau usent les employés yverdonnois autant qu'elles gaspillent de précieuses ressources. En Suisse, c'est en moyenne 20% de l'or bleu qui n'arrive jamais dans le robinet des clients.

Les fuites d'eau usent les employés yverdonnois autant qu'elles gaspillent de précieuses ressources. En Suisse, c'est en moyenne 20% de l'or bleu qui n'arrive jamais dans le robinet des clients. Image: Service des Energies d'Yverdon (SEY)

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Cinq cents millions de litres. Yverdon-les-Bains a vu l’an dernier 16,7% de son eau potable s’évaporer, ou plutôt s’écouler, dans la nature. Entre 10 et 18% ces dix dernières années. C’est l’équivalent de près de 1 million de francs d’eau non vendue aux consommateurs, en sachant que 1 demi-million de francs ont été dépensés pour l’acheter au réseau d’eau régional et à ses sources. «Une perte sèche», a résumé ironiquement le municipal Pierre Dessemontet lors d’un dernier Conseil.

Yverdon est en fait plutôt bon élève. En moyenne, en Suisse, c’est 20,9% de l’eau potable à destination des clients qui n’atteint jamais son robinet final. Le réseau de la Riviera avance une estimation de 15-20%. Lausanne parle de 14,5% bruts, affinés à 8-9% aux seules fuites. Des chiffres à relativiser toutefois. Ils sont influencés par le nombre de clients, le type de réseau, la longueur des conduites, l’âge des compteurs et l’efficacité des calculs… Mais passons. Voici comment, dans l’exemple d’Yverdon, disparaît l’or bleu.

Les fuites du réseau

Les tuyaux percés, c’est 60% à 70% des pertes estimées. Les conduites sont souvent vieilles. 17% du réseau yverdonnois date d’avant 1969 et 36% d’avant 1989. Les canalisations, souvent en fonte, se corrodent et finissent par se changer en emmental aux endroits critiques. Les cas de rupture purement mécanique sont rarissimes. Le souci? Les conduites ont souffert d’un renouvellement inadapté. «On ne peut jeter la pierre à personne. Le budget de renouvellement nous permettait de changer 0,2% ou 0,7% du réseau il y a quelques années; maintenant, on vise un 2%, avance le chef de service Philippe Gendret. En sachant que le plus difficile est de prioriser et de se coordonner avec les autres services.»

Le gros problème d’Yverdon, c’est qu’elle repère ses fuites, mais trop tard, quand le trottoir s’effondre sous l’effet de l’érosion souterraine. Auparavant, des millions de litres ont disparu sans qu’on s’en aperçoive. D’où une nouvelle politique de suivi qui doit se déployer l’an prochain (lire ci-contre).

Curage et arrosage

Pour ce qui est de l’arrosage des plates-bandes et des surfaces gérées par la Ville, le Service des sports, pour le stade, ainsi que le Service des parcs et jardins sont de gros consommateurs. S’y ajoutent les purges des conduites et le curage des canalisations. L’eau des fontaines aussi, ainsi que l’eau nécessaire aux pompiers, gracieusement offerte par la Ville. Des utilisations qui ne font pour l’heure pas l’objet d’un comptage précis.

Les vols

Oui, ça arrive. «Une fois, on a constaté une subite baisse de pression à un endroit, se souvient Enrico Riboni, chef de la section eau-gaz-chaleur. Un coup de fil nous en a donné la raison: un agriculteur remplissait sa citerne. On n’a pas réussi à l’attraper.» Un autre s’est fait pincer par hasard, en pleine zone industrielle, stockant quelque 10 m3 d’eau dans son tracteur. Une ancienne tradition qui perdure chez certains, soupirent les fonctionnaires. Ces petites ponctions de privés restent très difficiles à repérer en l’état.

Les accidents

Ça arrive aussi. C’est rare, mais les conséquences sont là. «L’année passée, un artiste à moto a fait un rodéo et s’est vautré dans une hydrante, soupire Pierre Dessemontet. Ça a fait un geyser dans le quartier. Et ça s’est récemment reproduit en ville. Vu le débit d’une hydrante, on perd rapidement beaucoup.» (24 heures)

Créé: 06.12.2018, 06h51

Le réseau qui écoute les fuites

Yverdon n’est pas un cas isolé, mais jure de faire son maximum pour mener une guerre contre les fuites. «Ne serait-ce que pour les coûts, pour ne pas faire de dégâts chez des tiers, pour ne pas user les équipes de piquet, et par écologie, lance le chef de service Philippe Gendret. C’est de l’eau qui retourne dans la nature, mais ça ne fait pas de sens de la capter, la traiter, la chlorer pour ensuite la perdre.»

Le plan? Équiper l’année prochaine 350 points stratégiques du réseau en capteurs intelligents. «Ils vont écouter le bruit de la pression sur des points précis et le résultat sera analysé par ordinateur, explique le chef de section Enrico Riboni. Le contrôle final restera humain. L’avantage, c’est qu’on pourra faire un contrôle général une fois par mois, ça permettra de localiser les fuites ou futures fuites bien plus vite.» Ce réseau plus intelligent pourra aussi mieux calculer les utilisations internes ou les vols.

S’y ajoutent des mesures plus ciblées. Anticiper les défaillances des points faibles, notamment au niveau des cales autrefois installées sous les conduites. «On a remarqué que si un endroit de la conduite avait une fuite, un point suivant avait toutes les chances de s’y mettre dans les années suivantes», poursuit le spécialiste. Plus d’attention lors des réparations sur les matériaux utilisés, avec des anodes sacrificielles, doit aussi éviter les effets indésirables sur le métal en place.

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