Yverdon veut redonner son lustre à la nuit

Pollution lumineuseLa deuxième ville du canton peaufine son plan directeur et l'avenir de son éclairage public, 100% dynamique. Un ambitieux éclairage à la demande. Une façon d'économiser 4/5e de la consommation électrique.

C'est ce cliché du photographe Boris Bron, pris depuis un drone sur les hauts de Cuarny, qui a révélé au grand public le résultat des premiers efforts d'Yverdon pour lutter contre la pollution lumineuse. Grâce à l'éclairage dynamique, les quartiers résidentiels (1er plan et au fond à droite notamment) ont presque disparus.

C'est ce cliché du photographe Boris Bron, pris depuis un drone sur les hauts de Cuarny, qui a révélé au grand public le résultat des premiers efforts d'Yverdon pour lutter contre la pollution lumineuse. Grâce à l'éclairage dynamique, les quartiers résidentiels (1er plan et au fond à droite notamment) ont presque disparus. Image: Copyright: SWISS-FLY BORIS BRON

Signaler une erreur

Vous voulez communiquer un renseignement ou vous avez repéré une erreur ?

C’est cette image bluffante, prise par le photographe Boris Bron avec un drone, qui a révélé récemment au grand public le nouveau visage nocturne d’Yverdon. Là où s’étalaient encore il y a quelques années de monotones lampadaires de quartiers de villas, il n’y a plus rien. Seulement un bref spot blanc pâle qui apparaît au rythme d’un piéton ou d’une voiture. Puis le silence et les étoiles. Yverdon redécouvre sa nuit.


A lire, l'édito : Le Père Noël, autre ampoule à débrancher


Voilà huit ans que la deuxième ville du canton s’est lancée dans l’éclairage dynamique. Un laboratoire de la nuit urbaine que les autres villes suisses viennent de temps à autre observer. «On est de moins en moins seuls. Tout le monde tâtonne, et c’est tant mieux», fait observer le chef du réseau électrique yverdonnois, Jean-Marc Sutterlet. Comment ça marche? Ce système équipe déjà un tiers des rues, où la lumière est désormais sur demande. Des capteurs repèrent les passants ou le trafic, puis transmettent de manière programmée l’allumage progressif puis de nouveau l’extinction des points lumineux de dernière génération, installés le plus souvent dans des vieux lampadaires réadaptés. Résultat? Peu ou pas de plaintes des usagers, au contraire. Et une chute drastique de la consommation. Avec le 100% dynamique, Yverdon devrait économiser les quatre cinquièmes de sa consommation d’ici à 2024.

Faire machine arrière

«On ne s’est pas rendu compte, mais on a tous, sans faire exprès, pollué la nuit en éclairant partout, parfois sans raison. Maintenant il faut faire machine arrière, et on y arrive», souligne le municipal yverdonnois des Énergies, Pierre Dessemontet, accessoirement féru d’astronomie et d’ornithologie. Deux domaines où le surplus d’éclairage fait des ravages majeurs. En vingt ans, l’éclairage dirigé – en pure perte – vers le ciel a augmenté de 70% en Suisse, selon l’OFEV (Office fédéral de l’environnement). Notamment sous l’effet des LED, si économes d’utilisation. À tel point qu’il faudrait désormais se réfugier au Piz Uffiern pour espérer trouver une nuit à peu près sombre.

Sans aller jusque dans les Grisons, Jean-Marc Sutterlet a commencé à s’attaquer aux ampoules de son quartier, les Près-du-Lac et le quai du Mujon. «J’ai eu l’idée de prolonger aux rues l’éclairage automatique des couloirs d’accès des maisons, sourit-il. Il a ensuite fallu trouver la technologie et les paramètres d’allumage pour éviter un effet «disco». Ensuite on a multiplié les essais et les calculs. Suivant comment, on est plus efficace qu’en éteignant tout durant la nuit.» L’idée a plu, et a survécu à trois municipaux de tous bords. Notamment parce que la mesure s’autofinance (1,5 million d’ici à 2024) grâce aux économies d’électricité et au budget ordinaire. «L’extinction nocturne devient populaire, il y a une prise de conscience, avance le municipal. Et surtout, les habitants et usagers voient directement nos résultats sur le terrain. Alors que les politiques d’économies énergétiques sont souvent peu visibles.»

Recherche de compatibilité

Restent plusieurs difficultés. À Yverdon, les années 2018-2019 seront déterminantes, avec des essais sur plusieurs routes et avec différents outils. Le skatepark est en phase test, de même qu’Y-Parc, futur morceau de choix. «Il faut maintenant trouver les meilleures technologies et surtout les faire interopérer entre elles. On ne peut pas fonctionner avec plusieurs écrans de contrôle à la fois, poursuit Jean-Marc Sutterlet. On va par exemple renoncer à un fournisseur dont l’éclairage dynamique fonctionne bien mais qu’on ne peut pas contrôler à distance.»

S’y ajoute la problématique des grands axes. Là, la dynamique peine. «Avec un capteur par lampadaire, le système repère bien les voitures. Or, ce sont les piétons et cyclistes qui ont surtout besoin de lumière, reprend le spécialiste. On va sans doute devoir poser d’autres capteurs ailleurs, avec des conséquences en termes de manutention.»

Ce à quoi Yverdon n’échappera pas, c’est une réflexion de fond sur ce qu’elle est en train de mettre en place, à savoir une «smart» city via son réseau de capteurs sur lampadaires. Car ailleurs, on se rend compte que si des capteurs peuvent repérer un passant, ils pourraient tout aussi bien capter le gel, la qualité de l’air, les degrés, le nombre de mouvements, les connexions wi-fi et, évidemment, les vitesses des véhicules… «Le potentiel, c’est avoir accès en temps réel à n’importe quelle ampoule et n’importe quel point. C’est vite une usine à gaz, plaisante Jean-Marc Sutterlet. Il faut savoir où on s’arrête.»

«Soft power» pour les privés

Yverdon est en tout cas persuadé d’avoir le début d’un plan directeur bien plus large, et ensuite le gros morceau. Les particuliers. Les vitrines commerciales de la périphérie (notamment En Chamard, Montagny) et les autres surfaces. «On va y arriver, soutient Pierre Dessemontet. C’est en étant, nous, exemplaires que d’autres vont se rendre compte qu’il n’y a aucun intérêt à laisser allumé un parking toute la nuit. On doit aussi cet effort à toute la région. Du ciel, Yverdon est un gros point lumineux entre Besançon, Lausanne et Neuchâtel. Le défi, c’est de rendre la nuit à tout un territoire.»


«La question écologique est très récente»

Quand est-ce qu’on voit les premières questions liées à l’éclairage des villes?
Au XVIIIe siècle, notamment sous l’aspect sécuritaire. C’est une des mesures qui apparaissent dans les villes, comme les numéros de rues. Mais c’est aussi sous l’impulsion des cours princières, qui voient dans les fêtes nocturnes un moyen de montrer le goût, le luxe, le pouvoir. C’est finalement le rapport à la nuit qui change. Ce n’est plus l’obscurité où l’on se renferme chez soi ou dans les villes. Il devient possible, et même bien vu, de se déplacer de nuit. Par extension les lieux de sociabilisation deviennent légitimes.

La lumière nocturne, c’est alors la culture, pas la circulation?
Disons que les villes rivalisent pour avoir le plus de lumière et jouer une carte. Comme plus tard le «Paris by night». Le mobilier urbain comme le lampadaire va devenir quelque chose qu’on soigne et qui a un grand coût. Le trafic vient tardivement, mais très tôt il y a la question des accidents et des lanternes sur les carrosses.

Et la question écologique?
C’est très récent. On ne parle de pollution lumineuse que depuis une quarantaine d’années. Les réticences, il y en a en revanche très tôt, quand il faut par exemple un impôt pour l’éclairage au gaz à Genève. C’était très lourd à financer. Mais finalement le fond du débat reste peu l’aspect technique. L’éclairage est le lieu de politiques publiques volontaristes. Il donne un statut, une image. Ce qui est intéressant c’est ce qu’on y projette.

Créé: 13.12.2018, 06h48

En chiffres

3300


C’est le nombre de points lumineux à Yverdon. Un tiers est en dynamique. Près de 2000 sont encore au sodium.

144


En MWh, c’est la consommation de courant pour éclairer Yverdon en 2017. Ce n’est pas rien. C’est ce que la Grande- Dixence produit en moyenne en 6h30.

Lausanne favorise la baisse fixe

Plan lumière

Ce qu’Yverdon espère secrètement, c’est démontrer que l’éclairage dynamique fonctionne pour des villes de taille moyenne afin de convaincre les plus grandes d’essayer le concept. Ce n’est pas gagné.

Le milieu observe l’éclairage dynamique avec respect, le considérant parfois comme un phénomène de mode. Quant à Lausanne et Genève, autres ambitieuses en termes d’éclairage nocturne innovant, elles privilégient d’autres outils. «Lausanne a trop de zones résidentielles éparpillées et des ensembles contigus, ce n’est pas le terrain idéal, relève le municipal Jean-Yves Pidoux. On fait des essais, notamment à Sauvabelin. Mais on reste sur un principe de pilotage fin, dans l’idée de différencier les zones par mobilité et teintes de couleurs. On se rend compte en revanche que baisser de manière modulaire la lumière de 30% sur certaines routes apporte des résultats intéressants.»

Lancé en 2013, le Plan lumière lausannois suit son cours et tient, selon l’élu, ses objectifs. «Une des difficultés, c’est aussi de concilier des intérêts contradictoires, la recherche de la lumière pour la sécurité et la volonté de pouvoir voir la Voie lactée depuis son balcon», conclut le municipal.

Le site du photographe Boris Bron

www.swiss-fly.ch/

Articles en relation

Grandson se lance dans le combat contre la pollution lumineuse «inutile»

Politique Un postulat demande à l’exécutif grandsonnois d’établir un «plan lumière». Plus...

Le futur éclairage public semble avoir conquis les observateurs

Yverdon-les-Bains Après un premier test décevant en 2016, la lumière des nouveaux candélabres a éclairé un soir la place Pestalozzi. Plus...

Yverdon fête son 1000e lampadaire LED dynamique et poursuit ses tests

Energie La Cité des bains a joué un rôle pionnier dans le développement de cette technologie. Et elle ne baisse pas les bras Plus...

Publier un nouveau commentaire

Nous vous invitons ici à donner votre point de vue, vos informations, vos arguments. Nous vous prions d’utiliser votre nom complet, la discussion est plus authentique ainsi. Vous pouvez vous connecter via Facebook ou créer un compte utilisateur, selon votre choix. Les fausses identités seront bannies. Nous refusons les messages haineux, diffamatoires, racistes ou xénophobes, les menaces, incitations à la violence ou autres injures. Merci de garder un ton respectueux et de penser que de nombreuses personnes vous lisent.
La rédaction

Caractères restants:

J'ai lu et j'accepte la Charte des commentaires.

No connection to facebook possible. Please try again. There was a problem while transmitting your comment. Please try again.