À Orbe, le cannabis «communal» fait tousser

CannabisUn paysan, dans son bon droit, a planté du chanvre légal sans alerter la Ville, à qui il loue ses terres. Et l’odeur fait râler.

Deux vigiles surveillent la plantation de l’agriculteur urbigène 24 h/24.

Deux vigiles surveillent la plantation de l’agriculteur urbigène 24 h/24. Image: Vanessa Cardoso

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«Ça sent vraiment fort et c’est très désagréable. Pourquoi ne pas planter ce cannabis dans des serres?» «L’odeur me dérange et m’écœure.» «Elle me donne mal à la tête.» «On ne va pas se mentir, ça pue affreusement.» À Orbe, les critiques formulées par des habitants mécontents fusent sur les réseaux sociaux et dans les bistrots depuis plusieurs jours. En cause: le parfum dégagé par une impressionnante plantation à ciel ouvert de cannabis légal de 2,5 hectares, qui comptabilise 25'000 plants au total, située au nord de la commune.

Si les plantons ont été mis en terre le printemps dernier, ce n’est que maintenant que la population découvre le pot aux roses: la récolte approchant, les effluves de cannabis portés au gré du vent sont de plus en plus insistants. Où l’histoire prend tout son sel, c’est que ce champ de chanvre thérapeutique se trouve sur le domaine agricole communal, juste à côté des célèbres mosaïques romaines. Ce dont doutaient bon nombre de nos interlocuteurs qui ignoraient tout de l’affaire. «Je ne peux pas vous dire avec certitude que la parcelle concernée appartient à la Ville, explique Jean-Marc Ducotterd, chef du Service urbigène du patrimoine et du développement durable. Tout a été contrôlé, notamment par la police. Ce cannabis est légal puisque sa teneur en THC, la substance stupéfiante, n’excède pas 1%.» Il ajoute, dubitatif: «Il y a dix-quinze ans, plusieurs agriculteurs s’étaient déjà tournés vers le chanvre dans la région. Il n’y avait pas eu une telle levée de boucliers.»


De son côté, Henri Germond, syndic d’Orbe, confirme que le terrain utilisé pour la plantation appartient à la Commune. «Elle se trouve à la ferme de Boscéaz, précise-t-il. Nous louons le domaine à un agriculteur. Ce dernier, dans son bon droit, ne nous avertit pas de ce qu’il y plante. Nous sommes dans un marché libre.» Comme l’explique Jean-Marc Ducotterd, «c’est le paysan qui décide de la rotation des cultures. Les autorités n’y mettent par leur nez.»

Cela pourrait changer. «Nous ne fixions aucune condition dans le bail, confie Henri Germond. Nous pourrions peut-être envisager d’être plus restrictifs en éloignant du bourg ce cannabis légal pour limiter l’odeur. Mais, avant toute chose, la Municipalité va rencontrer l’agriculteur en question pour discuter. Il y a encore trop d’inconnues avant de pouvoir se prononcer.»

La Ville ne dit pas tout

Dans un premier temps, la Ville a décidé de publier un communiqué sur sa page Facebook pour informer les habitants. «Il était important de couper court à certaines rumeurs en précisant, notamment, que le séchoir à herbe situé en bordure d’autoroute n’est pas lié à toute cette histoire», insiste le syndic. Cependant, dans le texte mis en ligne, la Municipalité ne dit à aucun moment que le terrain pointé du doigt appartient à la Commune. Était-elle embarrassée par la polémique, au point de cacher certains éléments? «Pas du tout, rétorque Henri Germond. Nous n’y avons tout simplement pas pensé sur le moment. Nous abordons la question en totale transparence. Le fait que cette plantation se trouve sur nos terres nous permettra justement d’agir.»

«Nous pourrions peut-être envisager d’être plus restrictifs en éloignant du bourg ce cannabis légal pour limiter l’odeur»

L’agriculteur à la tête de ces 25'000 plants a accepté de nous accueillir chez lui. Il s’agace de la réaction de certains Urbigènes. «Plutôt que de raconter tout et n’importe quoi sur les réseaux sociaux, ils feraient mieux de venir me voir pour discuter, regrette Fabrice Brechbühl. C’est la première fois que je tente l’expérience et je la reconduirai l’année prochaine. Cette culture est bio, naturelle et pousse quasi toute seule: j’ai uniquement dû répandre du compost.»

«Préserver les sols»

Le paysan, totalement convaincu par les bienfaits thérapeutiques de son herbe, défend son travail. «Je peux planter ce que je veux ici, dit-il en pointant du doigt le champ qu’il occupe. Des pommes de terre, du maïs, des salades et même du CBD (ndlr: le cannabis légal). Le but est de diversifier ce que je produis et de préserver les sols.» Au même moment, devant la ferme, deux retraitées font leur apparition. «Ça vient de Hollande?, demande la première à l’agriculteur, en rigolant. Ça se fume?» Fabrice Brechbühl explique alors qu’il travaille avec une entreprise située sur l’arc lémanique.

«Tout va être fauché, normalement la semaine prochaine, détaille-t-il. Ensuite, la société en fera de l’huile. Vous voyez, ça ne sent pas si fort que ça. Certains exagèrent.» Visiblement satisfaites, les deux femmes reprennent leur route. «Si tout le monde pouvait avoir la même attitude, poursuit le paysan. La majorité des gens préfère râler. Je ne fais rien de mal et je gagne même un peu mieux ma vie.» À ce propos, Fabrice Brechbühl refuse de dire combien lui rapportera sa récolte. «Plus que si c’était du blé», indique-t-il seulement. À voir la caravane parquée au milieu de son champ, occupée par deux vigiles en poste vingt-quatre heures sur vingt-quatre, l’affaire semble effectivement florissante.

Créé: 24.10.2019, 06h32

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