Un agriculteur bio transforme le roseau de la Grande Cariçaie en litière à cheval

La matière première est valorisée au Séchoir de la plaine de l’Orbe où cette paille est broyée, séchée et compactée en granulés. Une vraie solution de proximité.

Anthony Wypart transforme les roseaux de la Grande Cariçaie en granulés.

Anthony Wypart transforme les roseaux de la Grande Cariçaie en granulés. Image: JEAN-PAUL GUINNARD

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Comment valoriser la végétation fauchée chaque automne dans la Grande Cariçaie? C’est la question à laquelle pourrait bien avoir répondu Anthony Wypart. Agriculteur bio et entrepreneur en travaux agricoles à Suscévaz, le trentenaire offre en tout cas une alternative intéressante aux débouchés connus actuellement – compost, paillage de culture – des gestionnaires du marais qui borde la rive sud du lac de Neuchâtel. «Avec ces tonnes de roseaux (ndlr: en fait un mélange de trois plantes qui poussent dans ce milieu humide, lire ci-dessous), on peut faire de la litière pour chevaux», affirme-t-il avec conviction, une pleine poignée de pellets végétaux dans la main.

Parce que c’est bien des granulés, et non pas de la paille, que le jeune homme élabore au Séchoir à herbe de la plaine de l’Orbe, dont il est membre. «J’aime bien chercher des solutions innovantes. Je travaille beaucoup avec des manèges. Je leur apporte du fourrage et je leur reprends le fumier, dont je sais que le volume pose problème», explique-t-il. En début d’hiver, il a donc conduit un essai qui s’est révélé concluant.

«Certains propriétaires de chevaux font venir de l’étranger des granulés de blé, mais ils présentent un problème majeur: les animaux ont tendance à les manger…» Vendredi matin, il en a livré un stock à Conny Kummer. «J’ai présenté ce produit à mes sept chevaux. Certains n’y ont pas touché, d’autres l’ont goûté mais ont immédiatement recraché», se réjouit cette cavalière de Vuarrens. À titre d’essai, elle en a donc rempli un box. «Il est encore trop tôt pour tirer des conclusions, mais l’expérience est plutôt encourageante. Ces bouchons occasionnent peu de poussière. Et ça sent très bon.»

Selon Anthony Wypart, son «invention» présente d’autres avantages. Plus fibreux, les granulés seraient ainsi 2,5 fois plus absorbants que les autres pellets de paille ou de bois qui existent sur le marché. Ce qui compenserait largement leur prix d’achat un peu supérieur. Quant à l’entretien du box, il s’en trouve facilité, le crottin étant plus simple à retirer des granulés que de la paille, matière qui se souille en outre plus rapidement.

«Mais c’est surtout une vraie solution régionale», s’enthousiasme l’agriculteur. Son unique composant est en effet pris en charge à 10 kilomètres du lieu où il est valorisé. Pour son essai, l’entrepreneur est allé chercher les balles de roseaux dans la Grande Cariçaie pour les conduire au séchoir construit il y a quelques mois à deux pas des établissements pénitentiaires de la plaine de l’Orbe. Il les a alors passées dans une ensileuse pour en faire de la paille hachée. «J’envisage d’effectuer directement cette première opération au bord du lac», souffle-t-il. La matière est ensuite passée au séchoir à une température de 200 degrés durant quatre minutes, puis dans une presse qui la compacte en granulés prêts à l’emploi. (24 heures)

Créé: 17.03.2018, 10h28

100 ha fauchés par année

La matière première de cette litière provient donc d’une réserve naturelle. Chaque année, le marais qui longe la rive sud du lac de Neuchâtel fait l’objet d’un entretien visant à prévenir l’embuissonnement naturel qui met en péril sa remarquable diversité. «On fauche environ 100 hectares de prairies de ce marais de 800 hectares», explique Michel Baudraz, directeur de l’Association Grande Cariçaie. La moitié de la surface fauchée – celle d’où provient à la base la litière – est constituée de prairies très humides qui sont entretenues selon un plan qui s’étale sur quatre ans. «Ces surfaces sont composées de trois types de végétations: des carex, des marisques et des roseaux», précise Michel Baudraz.
L’«élimination» de ces pailles constitue un casse-tête pour l’association. «Nous avons remis à M. Wypart 500 des 2000 balles récoltées l’automne dernier. Pour nous, c’est très intéressant de trouver des débouchés offrant de la plus-value.» Le solde est remis à une compostière ou à des agriculteurs qui l’utilisent pour le paillage de cultures.

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