L’agriculture broyarde devra changer pour ne pas mourir de soif en 2050

EtudeDes chercheurs ont étudié l’impact de l’évolution du climat sur l’agriculture dans la Broye. L’irrigation est au centre des préoccupations.

Les épisodes de canicule, comme ici en 2003, pourraient devenir plus fréquents.

Les épisodes de canicule, comme ici en 2003, pourraient devenir plus fréquents. Image: JEAN-PAUL GUINNARD-ARCHIVE

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Région hautement agricole, la Broye a besoin d’eau mais en a peu à disposition. Rivière emblématique de la région à qui elle a donné son nom, la Broye fait office de réservoir pour l’irrigation des cultures durant les mois secs. Tous les étés n’étant pas aussi humides que celui de 2014, le cours d’eau est passablement sollicité, au point que des interdictions de pompage sont régulièrement promulguées.

Ce déséquilibre entre les besoins et les ressources a fait de la région un cas intéressant pour une étude menée par le professeur Jürg Fuhrer avec une équipe d’Agroscope et de l’EPFZ dans le cadre du programme national de recherche «Gestion durable de l’eau». Un projet qui vise plus précisément à élaborer des solutions pour diminuer l’impact des changements climatiques sur l’agriculture. Les conclusions ont été présentées en 2014.

Des habitudes à changer
Prédire la météo de 2050 est certes extrêmement complexe, mais il semble dans les grandes lignes que les températures moyennes vont continuer d’augmenter, que le volume des précipitations va diminuer et que les canicules estivales seront plus fréquentes. «La Broye est une région qui dépend de la pluie, indique le professeur Fuhrer. On ne dispose pas de glacier, comme en Valais par exemple, pour assurer l’approvisionnement en eau.» De quoi inquiéter les producteurs, qui ont justement besoin de davantage d’eau à cette saison.

«Quand on nous a dit que d’ici à 2050 il ne serait plus possible de pratiquer comme on le fait aujourd’hui, nous étions tous un peu ébahis.» Agriculteur à Curtilles, Felix Lunder a participé avec d’autres agriculteurs broyards à une journée d’information et d’échanges organisée par le professeur Fuhrer et ses collaborateurs. «Même si on n’est pas forcément d’accord avec toutes leurs prévisions, on observe déjà des changements: on a déjà des difficultés avec les interdictions de pompage en été. L’irrigation devient de plus en plus une préoccupation», poursuit Felix Lunder.

Perspectives à long terme
Même si les perspectives paraissent lointaines, il est essentiel d’envisager des solutions le plus tôt possible car leur réalisation peut prendre beaucoup de temps. «Il est important de mettre à profit le temps dont on dispose pour élaborer des solutions, relève Eric Chatelanat, président de l’association Broye Source de Vie. Si on ne fait rien et qu’on continue à pomper comme on le fait aujourd’hui, les agriculteurs risquent d’être confrontés à des interdictions de plus en plus fréquentes, menaçant leur production et leurs revenus.»

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Entre 1998 et 2011, le Canton a interdit sept fois le pompage dans les rivières pour cause de sécheresse.

Parmi les pistes évoquées par le professeur Fuhrer figure notamment la sensibilisation. «Il est possible de changer les pratiques pour diminuer les besoins en eau, relève le responsable de l’étude. Actuellement, on a tendance à trop arroser, mieux contrôler l’irrigation grâce à de nouvelles techniques peut par exemple aider. Les agriculteurs sont très intéressés et d’autres étés secs pourraient en motiver encore davantage.» La fixation de quotas ou l’augmentation du prix de l’eau sont également évoquées. Réduire les besoins est l’une des clés, tout comme trouver des sources d’arrosage alternatives. «Il existe différentes solutions, comme stocker l’eau durant les périodes où elle est abondante, pomper dans les lacs de Neuchâtel et de Morat ou puiser dans la nappe phréatique quand c’est possible, énumère Eric Chatelanat. Je ne pense pas qu’on pourra appliquer une solution unique partout dans la région, ce sera plutôt un mélange de différentes idées.» Encore faudra-t-il peser les intérêts entre les coûts induits par ces mesures et les bienfaits qu’on peut espérer en retirer.

Les pistes sont nombreuses et les réflexions continuent pour trouver un équilibre entre préoccupations écologiques et économiques. «L’irrigation en Suisse n’a pas vraiment d’histoire. Il n’existe par exemple pas de bureau responsable, tout est à mettre en place», conclut le professeur Fuhrer.

Créé: 07.01.2015, 10h22

Renaturation et irrigation

L’association Broye Source de Vie a été créée en 2009 par des passionnés de la région pour venir au secours de la rivière mal en point. L’endiguement, l’absence d’arbres sur les rives pour atténuer le réchauffement de l’eau en été, le pompage parfois intensif pour l’irrigation: tous ces éléments conjugués ont eu un impact négatif sur le cours d’eau et sur les poissons qui y vivent. «Notre objectif est la renaturation de la Broye, mais on ne peut pas s’occuper de ça sans penser en même temps à l’irrigation, explique Eric Chatelanat, président de l’association. Renaturer signifie parfois élargir un peu le cours d’eau, ce qui peut empiéter sur les terres agricoles. Il est impératif de proposer des contreparties aux producteurs, sans leur soutien on ne pourrait rien faire.» L’association a déjà rendu à la nature une portion de 1 kilomètre du tracé du cours d’eau vers Villeneuve (FR). La renaturation des 37 km de la rivière entre Moudon et Morat est en mains des Cantons. «Les choses se mettent en place. Avant de se lancer, il faut élaborer un plan d’action et fixer des priorités.»

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