Archéologues et constructeur finissent au Tribunal

AvenchesUne entreprise de construction fribourgeoise fait recours contre une amende de 550 frs. Elle est accusée par les archéologues d'avoir passé au tractopelle les premières couches d'une parcelle sensible.

Vendredi, une entreprise générale de construction comparaissait devant le Tribunal d’Yverdon.(Archives)

Vendredi, une entreprise générale de construction comparaissait devant le Tribunal d’Yverdon.(Archives) Image: Keystone

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Quand il s’agit de creuser le sous-sol d’Avenches, tout le monde n’a pas la même approche. La preuve. Vendredi, une entreprise générale de construction comparaissait devant le Tribunal d’Yverdon. Elle faisait opposition à une amende – 550 francs – prononcée par la préfecture de la Broye pour des faits remontant au printemps dernier. L’ouest de l’antique cité romaine est alors en pleine ébullition. Entre l’extension du collège communal et les projets immobiliers divers, le secteur est la proie des truelles des archéologues et des tractopelles des promoteurs.

Au milieu du quartier Sur Fourches, une dernière parcelle de libre doit justement accueillir deux immeubles résidentiels. Or il s’agit d’un site sensible. A quelques pas de là, le terrain a livré son lot de nécropoles, de vestiges romains, de fragiles traces d’occupation gauloise, période méconnue de l’ancienne capitale helvète. Les archéologues émettent un préavis: les travaux doivent être surveillés par un professionnel, au cas où. Jusqu’ici, tout le monde est d’accord.

C’est dans la pratique que ça s’envenime. «J’ai envoyé le 5 février le planning du chantier. Mais il y a eu du retard. Ensuite, ce n’est plus moi qui ai géré le dossier», défend un solide cadre de l’entreprise générale fribourgeoise. «Vous avez averti les archéologues du retard?» demande le président du Tribunal. «Non, répond à sa suite la cheffe de chantier. J’ai essayé de les joindre une semaine avant le début des travaux. Ensuite, je les ai appelés le 11 avril. Je leur ai dit que les machines arrivaient et que ça démarrait le jour même.» La défense sort un relevé d’appels comme preuves. «Ils ont appelé le 12 pour dire que ça commençait dans dix jours», plaide au contraire un archéologue à la barre. Ça s’embrouille. «En passant le 14 sur site, ajoute-t-il, je vois les machines en route. L’ouvrier m’a dit qu’une machine s’était libérée et qu’ils ont pu y aller. J’ai demandé de tout arrêter.» Trop tard.

Pression immobilière dans le canton

Le terrassement a déjà entamé tout le sous-sol d’une trentaine de centimètres. Les dégâts aux vestiges resteront inconnus: sous l’effet de la pluie et des pelles, la terre est méconnaissable. La suite du chantier se serait par contre déroulée en bonne intelligence. «On a changé de benne et on a ralenti le rythme en fonction d’eux», plaide la cheffe de chantier. Autre point litigieux, la pose d’un collecteur à 3 mètres de profondeur résulte visiblement d’un problème de communication. Il n’a pas été retenu par le préfet.

Pour les fouilleurs, l’affaire est surtout emblématique de la pression immobilière dans le canton: trois plaintes similaires ont été déposées dans la Broye l’an passé. Avec des atteintes parfois graves dans les structures antiques. Les archéologues évoquent des soucis de coordination, des calendriers serrés, une réalité qui conduit parfois à leur absence lors des premiers coups de pelles. Le cadre de l’entreprise fribourgeoise, qui dit mettre un point d’honneur à respecter les règles, s’est refusé à tout commentaire. Son avocat demande l’acquittement. (24 heures)

Créé: 05.03.2017, 17h43

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