Pourquoi l’armée frappe les éoliennes vaudoises

EnergieUn courrier du Département de la défense sème l’émoi chez les partisans d’Eole. Cette fois-ci, c’est un des plus grands projets éoliens qui est visé. La situation est complexe.

La base de Payerne, principale piste militaire du pays, bloque des projets éoliens.

La base de Payerne, principale piste militaire du pays, bloque des projets éoliens. Image: Jean-Paul Guinnard

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Les Forces aériennes ont fait une démonstration de leur potentiel de frappe au sol là où on ne s’y attendait pas. Mi-septembre, les promoteurs du parc éolien de Provence, dans le Nord vaudois, ont reçu un bref courrier du Département de la défense (DDPS) les avertissant que leur projet pouvait être «remis – en tout ou en partie – en question» en raison de leur proximité avec les installations de l’aérodrome militaire de Payerne. De quoi sérieusement retarder, si ce n’est condamner, un des plus grands projets éoliens du canton.

Les partisans de l’éolien vaudois n’en sont pas à leur première déconvenue militaire. Début 2016, les projets de Tous-Vents, Vaud’Air et Chavannes-sur-Moudon avaient déjà été visés par un veto temporaire du DDPS pour les mêmes raisons: ces parcs sont prévus dans un rayon de 20 km autour de la base broyarde et de l’antenne de Torny (FR), et pourraient, dans certaines conditions, provoquer des interférences avec les radars.

Reste que la missive de Provence a provoqué une importante onde de choc chez les partisans de l’éolien vaudois. Et pour cause: ce gros projet situé près du Val-de-Travers et du Creux-du-Van avait été minutieusement négocié avec le Conseil d’Etat neuchâtelois. Lancé il y a plus de sept ans, le parc avait également été patiemment élaboré avec les acteurs locaux, les fonctionnaires, les biologistes et les habitants. Pis. C’est fort de plusieurs préavis positifs – dont deux émis par le Ministère de la défense – que le plan du parc devait enfin être mis à l’enquête début 2017.

Outre le soudain revirement de l’armée, c’est surtout le contraste entre les radars civils et les installations militaires qui surprend les spécialistes du milieu. Par exemple avec Skyguide, qui assure le contrôle aérien en Suisse et participe au groupe de travail fédéral visant à mettre en place la stratégie énergétique 2050, les interférences liées aux éoliennes sont connues. Des parcs ont eu la vie sauve en déplaçant des hélices trop proches des voies utilisées par le vol aux instruments.

Tandis qu’à Essertines-sur-Rolle, les «fantômes» créés par les éoliennes devraient disparaître du futur radar primaire de Cointrin. Ailleurs, il avait été imaginé d’ajouter un radar secondaire, d’apprendre aux radars à reconnaître la signature des éoliennes, ou encore de «blanchir» des zones. Avec les militaires par contre, la situation semble plus complexe. Le DDPS se limite à parler «d’obstacles à la navigation aérienne» et de «conséquences sur les systèmes de radars» ou de communication de l’armée.

Lionel Perret, responsable du Centre info Romandie du lobby Suisse Eole, cache mal une légère fatigue. «La problématique est connue, elle est internationale. Il y a des éoliennes près d’aéroports comme à Copenhague.» Pour lui, c’est une question de dialogue. «Ici, on a maintenant besoin d’études plus précises pour élaborer des solutions. Mais les résultats tardent à venir. Au fond, c’est un problème de communication.»

Secret défense

Ce qui explique l’attitude de l’armée, c’est une grande prudence sur les éléments divulgués. Car en réalité, la base de Payerne ne serait pas l’unique infrastructure militaire en cause. Selon nos informations, d’autres antennes, bases ou installations classées «secret défense» ont posé à plusieurs reprises problème aux promoteurs des parcs jurassiens.

Il leur avait alors fallu dûment accréditer une poignée de techniciens, puis les faire certifier auprès du DDPS pour parvenir à sauver les hélices. Au silence de la grande muette, s’ajoute une politique stricte. «S’il y a le moindre risque d’accident avec un avion, il faut dire stop et chercher des solutions», résume le porte-parole de l’armée, Renato Kalbermatten.

En l’occurrence, le nouveau préavis du DDPS à Provence s’explique par le déplacement, de quelques mètres, de six des dix-sept futures éoliennes. Romande Energie explique avoir légèrement modifié ses plans – sans toutefois sortir du périmètre en place – afin de réduire l’impact du parc sur les populations d’alouettes lulu. Ce qui aurait eu pour effet de pousser les hélices dans le fatidique rayon de 20 km qui fait office de stricte zone d’alerte pour l’armée.

Reste-t-il une chance pour les éoliennes de Provence et les autres parcs actuellement bloqués? Car outre les vaudois, les projets fribourgeois (lire ci-contre) sont en stand-by. Il va sans dire que Romande Energie a demandé illico un rendez-vous avec le DDPS. Il faudra en revanche espérer la publication d’une étude d’Armasuisse sur la question de la base payernoise pour voir la situation évoluer. Cette fameuse analyse devait être livrée «à la fin de l’été». L’armée parle maintenant d’un délai de «quelques semaines».

Créé: 24.10.2016, 07h49

En chiffres

Détenu à 60% par Romande Energie et à 40% par la Ville de Zurich, le projet de Provence prévoit 17 éoliennes. Avec le parc de la Grandsonnaz, qui en prévoit également 17 sur les hauts de Bullet, ce sont les deux plus grands projets vaudois.

Dans le cas de Provence, le potentiel électrique annuel est estimé entre 100 et 130?GWh, soit la consommation de 28?000 ménages. C’est un contributeur non négligeable dans la planification éolienne vaudoise (19 parcs et 151 mâts) qui, à terme, devrait fournir une production de 1116?GWh par an.

L’Etat rappelle volontiers à ce titre que la Confédération s’attend, dans le cadre de la Stratégie énergétique 2050, à voir le canton de Vaud produire 25 à 35% de l’énergie éolienne Suisse. A noter que le projet de Provence a fait l’objet d’une démarche participative avec les habitants qui ont pu se prononcer sur les mesures de compensations. Ce type de procédure a été mis en place dans 5 parcs vaudois.

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