L’automatier François Junod crée une sublime fée

TendancesOndine et ses délicats mouvements ont été ciselés pour la marque Van Cleef & Arpels.

Selon la volonté de son créateur, 
François Junod, «La fée Ondine» et son univers racontent une histoire.

Selon la volonté de son créateur, François Junod, «La fée Ondine» et son univers racontent une histoire. Image: VAN CLEEF & ARPELS

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Elle scintille de mille feux, cette petite fée d’or blanc serti de diamants. Immobile, la pièce créée pour Van Cleef & Arpels est déjà exceptionnelle. Que dire alors lorsque la scène se met en mouvement, que la feuille de nénuphar en argent sur laquelle elle repose commence à onduler, comme mue par le courant, que les ailes frêles d’Ondine battent doucement l’air et que son visage sorti de sa torpeur se tourne vers la plus grande des deux fleurs d’argent qui s’ouvre pour libérer le papillon d’or blanc et pierres précieuses qu’elle renfermait? L’animation limpide, gracieuse de cette œuvre d’art unique dure une cinquantaine de secondes. Une toute petite minute que la maison fondée à Paris en 1896 doit à François Junod. L’automatier de Sainte-Croix fait en effet partie de la vingtaine d’artisans hors pair, triés sur le volet qui ont finement ciselé la création unique sortie de son esprit fertile.

Malgré la réputation internationale dont il jouit, l’artisan nord-vaudois a reçu la commande du joaillier installé au 22 de la place Vendôme comme un honneur. «Travailler avec des gens qui sont à la pointe de la joaillerie, c’est une belle récompense», sourit-il. L’artisan ne boude pas son plaisir en évoquant «la plus belle pièce de joaillerie» qu’il ait jamais réalisée. Un univers dans lequel la référence absolue reste pour lui les œufs de Karl Fabergé, à la fin du XIXe siècle.

«Mais attention, prévient-il en revenant à ses propres créations, je ne compare pas les automates entre eux. Parce que ceux que j’ai faits avec des écrivains ou des dessinateurs composent un monde totalement différent de celui d’Ondine.» Un monde, le terme n’est pas choisi au hasard. François Junod l’affirme: il ne fait pas une œuvre d’art pour faire une œuvre d’art. «C’est mon côté beaux-arts. Un automate, ce n’est pas juste un objet qu’on remonte et qui bouge. J’ai envie de raconter une histoire, de provoquer l’étonnement et de donner de la magie. C’est un peu mon métier, la magie.»

Cette magie, elle répond en tout cas à l’idée précise que s’en faisait Nicolas Bos, le CEO de la firme parisienne qui déclarait en janvier dernier au site spécialisé combien La fée Ondine correspondait à la dimension narratrice et poétique de la maison. «Cet objet s’inscrit dans tout un univers visuel et magique qui nous plaît et nous inspire», poursuivait-il.

Réussite indiscutable à l’arrivée, Ondine a notamment été l’une des stars du Salon international de la haute horlogerie de Genève en janvier dernier et de l’exposition Masterpiece de Londres en juin. Pourtant, ce premier «objet extraordinaire» de Van Cleef & Arpels a bien failli ne jamais franchir l’étape de la maquette. «On peut dire que c’est un projet à rebondissements qui a débuté voilà presque dix ans», confirme l’automatier sainte-crix. À l’époque, le sujet était identique – une fée –, mais le contexte différent. Elle devait se tenir sous un arbre dont une branche aurait été habitée par un oiseau.

Nénuphar et tapis volant

La crise de 2008 semble signifier le clap de fin de l’aventure. «Pour moi, le projet était mort.» Mais la direction de la prestigieuse marque change, reprend langue quelques années plus tard avec François Junod qui se rend à Paris pour en discuter. Ressorti du fond de son tiroir, le projet lui semble soudain désuet. «Une fée sous un arbre, ça résonnait trop comme un automate ancien.»

Les joailliers lui remettent alors des catalogues qui présentent les différents objets et univers griffés Van Cleef & Arpels. Parmi ceux-ci figure un nénuphar qui lui fait irrémédiablement penser au tapis volant qu’il a créé une quinzaine d’années plus tôt pour les cafés La Semeuse. La nouvelle Ondine est sur le point de naître. «Certes, je suis au service de mes clients, mais j’essaie toujours de mettre dans mes créations un maximum de moi-même.»

Comme d’autres pièces qu’il a créées (lire ci-contre), sa fée Ondine s’est envolée vers d’autres horizons. À Hongkong plus précisément où François Junod se rendra prochainement pour installer ce petit bijou de précision dans son nouvel écrin asiatique.


La fluidité comme défi de taille

Quand on demande à François Junod ce qui a fait la spécificité de son travail sur La fée Ondine, l’automatier n’hésite pas une seconde. «Donner un côté fluide aux mouvements, loin des poupées automates de nos grands-mères», répond-il. La synchronisation de la cinématique de l’ensemble a constitué un autre défi de taille. La fée Ondine, c’est pas juste un automate qui bouge, ce sont plusieurs pièces (la fée, la feuille de nénuphar, les fleurs, le papillon) qui doivent interagir dans un timing réglé à la microseconde.

Autre gageure pour lui et les six collaborateurs de son atelier: cacher tout le mécanisme à l’intérieur même de ces objets de joaillerie. Si les quelque 2500 composants ne sont pas constitués de matériaux particuliers, la complexité de certaines pièces a nécessité le concours du site sainte-crix du Centre professionnel du Nord vaudois. Leur machine cinq axes a permis leur usinage. (24 heures)

Créé: 25.11.2017, 18h41

François Junod en quelques œuvres

«Tapis volant»


(FLASH PRESS - A)

En 2000, il réalise cette pièce pour le 100e anniversaire de la marque de café La Semeuse. Le mouvement du tapis volant qui supporte le Turc buveur de café lui inspirera une dizaine d’années plus tard l’ondulation délicate de la feuille de nénuphar sur laquelle est posée la fée Ondine. Il est aujourd’hui exposé au Musée international d’horlogerie de La Chaux-de-Fonds.


«La danseuse»


(DR)

Des automates, François Junod en a conçu beaucoup. Dans cet univers animé, La danseuse tient pourtant une place particulière, puisqu’elle est au centre d’une production scénique. En 2009, elle exécute les gestes millimétrés voulus par Christian Denisart, le metteur en scène de la pièce Robots.


«Alexandre Pouchkine»


(OLIVIER ALLENSPACH)

3658 composants pour 1458 poèmes: c’est en deux chiffres le défi réussi par François Junod en 2010. Sur commande d’un habitant de la Silicon Valley, il conçoit un automate de 93 centimètres et 55,19 kilos à l’image du célèbre poète russe. Comme son modèle de chair et d’os, il compose, combinant aléatoirement les six sujets, six verbes, six adjectifs, six adverbes et douze compléments dont il dispose.


«L’ermite d’Arlesheim»


(FRANCOIS JUNOD)

En 2014, François Junod se prête au jeu de la réplique à l’identique. La Fondation de l’Ermitage d’Arlesheim (BL) lui demande de reproduire son «icône» qui n’a que trop subi les outrages du temps. Il reconstruit donc Der Arlesheimer Waldbruder (son nom original) en bois. La pièce mesure 170 cm, pèse 40 kilos. Créée en 1785, elle est l’un des plus vieux automates de Suisse.

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