Avenches révèle les vestiges des plus vieux parcs vaudois

PatrimoineA Avenches, les archéologues exposent les vestiges des plus anciens jardins du canton pendant des Journées du patrimoine.

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L’ancienne capitale des Helvètes était loin de constituer un triste dédale de pavés, de murs de briques et de colonnes en pierre. C’était au contraire un vaste havre de verdure. Une cité arborée où le soin porté aux haies, aux potagers et aux patios peuplés d’arbres fruitiers et de petites fontaines a atteint un raffinement insoupçonné.

Ce week-end, curieux et passionnés se sont rendus en nombre (lire ci-contre) aux 23e Journées du patrimoine, consacrées cette année aux «oasis des villes et des champs».

Graines antiques

«Papa, c’est qui Bacchus?» demande une tête blonde. Dans le dépôt archéologique du Musée romain d’Avenches, les curieux défilent entre les morceaux de statues, de fontaines, les colonnes et, plus rare, les vieilles graines soigneusement conservées. Les archéologues d’Avenches se sont donné pour difficile mission de faire parler les jardins depuis longtemps disparus de l’Helvétie romaine.

«L’archéologie des jardins est un domaine peu connu», explique d’emblée, entre deux caisses de céramiques, la conservatrice des collections du musée, Sophie Delbarre-Bärtschi. «C’est un domaine difficile, abonde l’archéologue Pierre Blanc. Les végétaux laissent peu de traces. Les indices sont souvent ténus. Il faut savoir ce qu’on cherche.»

L’origine du jardin

Malgré tout, après des années de recherches, les spécialistes commencent à y voir un peu plus clair sur le talent des jardiniers d’antan et les premiers espaces verts du canton.

«A l’époque, on cherchait à aménager des endroits calmes, poursuit la conservatrice. C’est un peu l’origine du cloître. Il y avait des fontaines avec des petits jets d’eau et un choix pointu d’arbustes, d’arbres et de plantes. La pelouse n’était sans doute pas coupée à l’anglaise. L’équilibre était recherché, mais aussi le plaisir des yeux et des sens.» Avec un goût pour la mise en scène: la fouille d’une demeure avenchoise cossue a révélé l’existence d’une vaste cour, avec au centre un bassin imposant et un petit pavillon, le tout encadré d’une colonnade. Le comble du chic.

Quant aux plantes, oubliez les haies de thuyas et les hibiscus de nos quartiers résidentiels. L’époque romaine est celle du noyer, du raisin et des vergers, avec notamment les cerisiers. Comment le sait-on? Grâce aux antiques graines retrouvées, carbonisées, dans les nécropoles. Ou encore grâce aux pollens, conservés dans les puits ou les zones humides pendant deux millénaires.

Plantes identifiées

Ces deux domaines, l’archéobotanique et la palynologie (étude des pollens) permettent, grâce à une discipline de bénédictin, de restituer la biodiversité d’un jardin, d’une ville ou d’une région. «Dans les jardins de la villa gallo-romaine de Vallon (FR), les analyses ont permis d’identifier beaucoup de légumineuses, détaille Pierre Blanc. Les espaces devaient être partagés entre production maraîchère et d’agrément.» Autrement dit, ce n’est pas parce qu’on est un riche patricien qu’on n’a pas le droit de cultiver son jardin.

«Les jardins de Pompéi, outre le fait d’être bien conservés, sont très bien étudiés, relève Sophie Delbarre-Bärtschi. Là-bas, on peut exactement savoir ce qui était planté, et à quel endroit. Les peintures murales sont une source importante de connaissance, elles donnent une idée précise des plantes, des oiseaux et des décors utilisés pour l’ornementation. Ces jardins étaient très élaborés. De véritables havres de paix. Ça donne vraiment envie de poursuivre les recherches.» (24 heures)

Créé: 11.09.2016, 20h08

Bilan des Journées du patrimoine

2016 a été une édition plus intimiste

Les Vaudois ont quelque peu hésité à découvrir leurs parcs, jardins et autres oasis de verdures patrimoniaux ce week-end. Le Canton relève une fréquentation proche des 6000 visiteurs sur les deux jours. Soit peu, par rapport à la moyenne des dernières éditions, plus proches des 10?000 entrées. «C’est toutefois une édition extraordinaire, se réjouit Laura Bottiglieri, coordinatrice vaudoise des Journées du patrimoine. Surtout compte tenu des conditions de visite. Cette année, nous avions moins de sites ouverts et plusieurs d’entre eux offraient des conditions de visites limitées. Mais le public a répondu présent et il était intéressé. Vraiment, les gens avaient faim de patrimoine.»

Les organisateurs parlent volontiers d’un public d’avantage documenté et passionné que les années précédentes. Ainsi que d’un renouvellement progressif des jeunes visiteurs. «C’est important, c’est le public de demain. Il aura aussi un patrimoine à valoriser», conclut la spécialiste. Rendez-vous l’an prochain pour «L’héritage du pouvoir.»

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