Le bio bourgeonne dans la campagne vaudoise
AgricultureLa lente transhumance vers une production agricole verte s’accélère dans le canton de Vaud. État des lieux à quelques jours de la deuxième foire Bio-Agri de Moudon.
À la fin des années 2000, le constat était clair. Pour chaque exploitation vaudoise passant d’une agriculture conventionnelle au cahier des charges de Bio Suisse, une autre faisait le chemin inverse. Le bio stagnait dans nos campagnes. Dix ans plus tard, la situation est tout autre, alors que la seconde édition de la foire Bio-Agri de Grange-Verney à Moudon s’attend à accueillir quelque 25 000 visiteurs du 11 au 13 mai (lire ci-dessous) . En 2017, sur 279 nouveaux producteurs inscrits auprès de Bio Suisse, 42 provenaient du canton de Vaud, soit la seconde marche du podium à deux unités de Berne.
Selon les derniers chiffres de la faîtière biologique au niveau suisse, la surface agricole cultivée en bio a progressé de 11 000 hectares en 2017 pour atteindre 151 000 ha, soit une proportion de 14,4%. Au niveau des exploitations, l’agriculture écologique a conquis 13,6% des agriculteurs et viticulteurs. Dans les campagnes vaudoises, la progression est encore plus marquée, même si les proportions restent toujours inférieures aux moyennes nationales. Selon Bio Suisse, 6,9% des exploitations cantonales bénéficiaient du label Bourgeon en 2017. Et selon les chiffres officiels du Service de l’agriculture et de la viticulture (SAVI), 187 exploitants cultivaient leurs terres selon les préceptes biologiques en 2013, contre 275 en 2017. Des données qui tiennent compte également des fermes en reconversion. «Vaud est l’un des cantons les plus dynamiques dans le domaine, confirme Pascal Olivier, responsable de l’antenne romande de Bio Suisse. Alors que le bio était encore parfois décrié il y a dix ans, une stratégie a été mise en place dès 2010 et porte désormais ses fruits.»
En poussant l’analyse dans le détail, de nettes disparités sont constatées en fonction de la typologie des terres cultivables: plus les terrains sont vallonnés, plus le bio semble s’imposer. Le district le moins vert est ainsi Broye-Vully avec à peine plus de 3% des surfaces, tandis qu’en Riviera-Pays-d’Enhaut, plus de 21% des terres sont biologiques.
Reconnaissance cantonale
Depuis 2011, le SAVI a pour objectif d’atteindre un ratio de 10% des surfaces cultivées en bio. «Cela passe par plusieurs axes comme une participation à l’organisation du marché ou des cours de vulgarisation avec soutien technique. Mais le plus important à mes yeux est d’avoir donné une reconnaissance officielle du Canton à la filière bio», commente Frédéric Brand, directeur du SAVI. Il y a quelques années, la reconversion d’une exploitation impliquait encore souvent des regards biaisés des voisins, voire des critiques. Ce n’est désormais plus le cas. Et si l’incitation financière cantonale à la reconversion pourrait disparaître des budgets, le Canton ne va pas pour autant diminuer son soutien à la filière. En mars, il annonçait ainsi l’ouverture d’une classe exclusivement bio dès la rentrée 2019.
«Cela va dans le sens de la prise de conscience que l’agriculture vaudoise a une carte à jouer dans le domaine. Et cela me réjouit d’autant plus que seule la troisième année de cours sera spécifique à ce mode de culture, car il est important à mes yeux d’éviter de recréer des clivages entre les deux modes de production», glisse Cédric Chezeaux, de Juriens, président de Bio Vaud et figure du film «Révolution silencieuse», qui présentait sa transition vers une agriculture plus douce. Pour les 880 périodes d’enseignement de troisième année, les apprentis suivant cette voie auront des cours répartis sur toute l’année, mais dont l’essentiel se fera en hiver. Une base commune de 120 périodes sera dispensée avec les écoles d’agriculture romandes et les 760 restantes le seront sur le site de Grange-Verney.
À Missy, dans la Broye vaudoise, Benoît Marti a entrepris son CFC sans l’option biologique. Cela ne l’empêchera pas d’opérer la transition dès sa récolte 2018. «Je ne fais que répondre à la demande. Je vends de la viande de manière directe dans une boucherie à Salavaux et de plus en plus de clients souhaitent des produits bio», répond le jeune agriculteur quand on lui demande pourquoi il a décidé de s’orienter vers l’agriculture biologique. Dans cette région du canton, la démarche est encore rarissime. Les grandes cultures telles que les pommes de terre, la betterave sucrière, le tabac ou le colza sont délicates sans apports de traitements phytosanitaires. Sur les 30 hectares de son exploitation, le jeune exploitant a décidé de cesser la production de betterave, qui nécessiterait beaucoup plus de temps à désherber. Et pour contrer les attaques de mildiou dans ses patates, il sera contraint de les traiter au cuivre, soit des métaux lourds, à l’instar de ce que font les viticulteurs dans leurs vignes.
Marché en progression
Mais force est de constater que la demande est là. En 2017, chaque Suisse a dépensé 320 francs pour s’alimenter en produits biologiques, indique le dernier bulletin du marché de l’Office fédéral de l’agriculture (OFAG), soit 150 francs de plus qu’il y a dix ans. Dans le même temps, le chiffre d’affaires annuel du secteur bio s’est monté à 2,707 milliards de francs, soit plus du double du montant atteint en 2007. Et si les deux géants Coop et Migros réalisent ensemble plus de 77% des ventes, les statistiques indiquent aussi que plus de 5% des produits sont écoulés de manière directe par les producteurs.
C’est justement le créneau choisi par la Ferme du Nord, une exploitation de 90 hectares sise à Ferlens, dans le district Lavaux-Oron, et bénéficiant du label Bourgeon depuis cette année. «Notre objectif est de commercialiser le maximum possible de nos produits en vente directe, afin de les valoriser le mieux possible, sans passer par des intermédiaires», raconte Jonas Porchet, exploitant associé avec Alexandre Delisle. Le bio demandant une plus grande part de prairies, les deux exploitants ont développé un élevage d’engraissement de porc et de vaches allaitantes, qu’ils valorisent une fois par mois lors d’un marché à la ferme. Diversifiant leurs cultures afin de pouvoir remplir le panier de la ménagère lors d’une seule visite à la ferme, ils écoulent également leurs produits au nouveau marché bio de la Sallaz, à Lausanne. Et il y a tout lieu de croire que la tendance d’un marché à la hausse se maintiendra en 2018.
Créé: 08.05.2018, 06h42
Dénominations
Ordonnance bio
Concerne les producteurs respectant le cahier des charges minimal imposé par la Confédération, sans faire partie d’un label.
Bourgeon
Label officiel de Bio Suisse, qui demande que les produits contiennent au moins 95% de production nationale pour pouvoir afficher le logo comportant le drapeau à croix blanche.
Demeter
Label appliqué aux producteurs respectant le cahier des charges du Bourgeon, ainsi que des normes de biodynamie plus contraignantes, comme des bêtes avec cornes pour le bétail.
La fête du bio à Moudon
«C’est le Woodstock de l’agriculture et de la viticulture bio à Moudon!» Président d’organisation de la foire Bio-Agri pour Bio Vaud, Frank Siffert ne tarit pas d’éloges au sujet de la plus grande foire bio de Suisse, prévue du 11 au 13 mai sur le site de Grange-Verney à Moudon. En 2016, la première édition avait attiré plus de 15 000 visiteurs, un succès qui avait pris de cours les organisateurs.
Cette fin de semaine, les infrastructures ont été dimensionnées pour accueillir 25 000 curieux sur plus de 100 000 m2. «La plupart des stands ont doublé de surface et les capacités de restauration sont triplées», ajoute le président d’organisation, qui entend ainsi permettre la rencontre entre producteurs et consommateurs. Plus de 260 stands seront réunis, parmi lesquels près de 50 de vignerons bio, dont le salon Bio-Vino sera organisé pour la première fois. Hôte d’honneur du secteur viticole, le canton des Grisons fera déguster les spécialités d’un territoire comptant plus de 60% de paysans bio. Écurie, marché bio, vente de plantons, démonstrations et nombreuses conférences rythmeront aussi les trois jours de festivités.
www.bio-agri.ch
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