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Au Café du Pont de Granges-Marnand, la patronne veille depuis 50 ans

Claudine Cotting fêtera prochainement son demi-siècle à la tête de ce bistrot traditionnel et authentique.

À la tête du Café du Pont depuis juillet 1970, Claudine Cotting peut compter sur le fidèle soutien de son employée Isabelle Graz pour le service.
À la tête du Café du Pont depuis juillet 1970, Claudine Cotting peut compter sur le fidèle soutien de son employée Isabelle Graz pour le service.
JEAN-PAUL GUINNARD

Des bistrots comme le Café du Pont de Granges-près-Marnand, il n’en reste probablement plus beaucoup dans le canton. Les murs boisés plongent directement le visiteur dans un décor du passé. Ce qui n’empêche pas les clients de se montrer fidèles de l’échoppe de «Claudine du Pont», la patronne Claudine Cotting, à la barre depuis… 1970! Pendus aux murs, Claudine aligne ses diplômes de membre d’honneur des sociétés locales ou les photos de César, le dernier des trois saint-bernards qui l’a accompagnée dans les lieux. Quant à sa licence de 2010, elle est encore signée par feu le conseiller d’État Jean-Claude Mermoud. «J’ai reçu la nouvelle il y a déjà un moment, mais je ne l’ai pas encore affichée», sourit la pimpante septuagénaire, qui se décrit comme une lève-tôt, qui aime bien travailler.

Sur les lourdes tables patinées par le temps, la serveuse Isabelle, à ses côtés depuis plus de 30 ans, dépose des tickets sortis d’une caisse enregistreuse, qui ravirait n’importe quel brocanteur avec sa mécanique d’antan. Ici, pas de tablette tactile pour passer commande, mais le bruit d’une bonne vieille concasseuse, actionnée par de grosses touches.

«Si le Seigneur est d’accord, j’espère pouvoir finir mes jours dans ces murs»

Et à 76 ans, Claudine, déjà arrière-grand-maman, n’a toujours pas prévu de passer le flambeau. «Je suis une bonne vivante et j’ai besoin d’accueillir du monde. Restaurateur est un métier magnifique que j’ai toujours apprécié. Si le Seigneur est d’accord, j’espère pouvoir finir mes jours dans ces murs», raconte-t-elle, perchée sur un escabeau dans sa cuisine, histoire de pouvoir surveiller ce qui mijote dans sa marmite. En ce vendredi comme environ une fois par mois, ce sera pieds de porc en menu. Mais aussi un émincé pour ceux qui n’apprécient pas trop les abats. Tous les jeudis, la patronne cuisine la langue de bœuf et sa sauce aux câpres. Et sa carte propose encore les tripes en hiver ou les filets de perche du lac en été.

«Je connaissais les anciens propriétaires et quand je me suis séparée, je devais gagner ma vie, donc je me suis approchée d’eux pour reprendre l’exploitation», se souvient cette Singinoise d’origine, arrivée avec ses deux enfants en juillet 1970. Dans le village bourgeois de Granges, l’arrivée de cette Fribourgeoise, catholique et divorcée, n’était pas forcément bien perçue. «Au début, j’ai pleuré bien des fois de la connerie que j’avais faite de venir ici, mais maintenant, je ne partirais pour rien au monde», ajoute la tenancière. Car finalement, la mayonnaise a pris assez rapidement, si bien que Claudine pouvait racheter les murs de ce qui était alors un hôtel de huit chambres en 1978.

«Ici, la salle est fumeur et la patronne sympa. Enfin, pas tout le temps. Mais je la comprends, car il faut être fou pour faire ce qu’elle fait encore à son âge», rigole Pierre-André Décosterd, ancien restaurateur et chauffeur venu avec sa chienne Shana boire le café et fumer une cigarette. Oui, parce que la fumée est autorisée dans l’arrière-salle du Café du Pont. C’est là aussi que vient Eric Bader, voisin et garagiste à Combremont-le-Petit, client depuis plus de 30 ans. «C’est un peu mon église et on y mange toujours très bien», glisse-t-il.

Dans le restaurant, le fumet des pieds de porc au madère commence à gagner toutes les tables. Un mets authentique qui draine son lot d’habitués comme Florian Déglon, venu se régaler avec sa sœur et un ami. «Je me déplace volontiers pour déguster ces spécialités qu’on ne retrouve malheureusement plus à toutes les cartes», sourit Jean-Claude Terrin, venu de Treycovagnes pour l’occasion.

«Même si on a parfois des tiraillées, Claudine est une patronne extraordinaire», commente son employée Isabelle Graz entre deux allers-retours de la salle à la cuisine. Devenue veuve jeune, elle aussi a dû travailler, mais désormais son activité a tout du plaisir. Une fois par mois, les deux femmes proposent ainsi une tablée avec l’association Pro Senectute de la région, qui réunit facilement une trentaine de convives.

Si les seniors sont alors les rois, les jeunes viennent aussi volontiers dans le bistrot. Notamment pour regarder les grands rendez-vous de sport avec Claudine, qui se définit comme une vraie passionnée. Et dans les moments les plus calmes, Claudine et Isabelle s’accordent volontiers pour caresser la chatte Ninette, derrière arrivée dans la bâtisse. «Elle s’est retrouvée enfermée dans le garage et elle n’est jamais repartie», conclut la dynamique patronne.

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