Carmen Tanner est la première municipale en congé maternité

YverdonLa Nord-Vaudoise va laisser son dicastère durant quatre mois, une situation inédite dans le canton. Pour elle, c’est un combat.

L’heureux événement attendu en juin par Carmen Tanner a été annoncé par un communiqué de la Ville d’Yverdon.

L’heureux événement attendu en juin par Carmen Tanner a été annoncé par un communiqué de la Ville d’Yverdon. Image: VQH/Christian Brun

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C’est curieux, mais le cas ne s’était que rarement présenté en Suisse, et jamais dans une Municipalité de ville vaudoise. À 37 ans, l’écologiste Carmen Tanner, en charge de la Culture et de l’Agenda 21, doit donner naissance à une ou un petit Yverdonnois en juin prochain. Suivront quatre mois de congé maternité. L’Exécutif de la deuxième ville du canton a dû trouver une solution sans bases légales. Le municipal socialiste Pierre Dessemontet assurera l’intérim, un membre du service remplacera l’élue dans les conseils de fondation où elle siège et d’autres municipaux la suppléeront dans diverses commissions. La Ville continuera à lui verser son salaire. Félicitations, dragées et affaire classée? Pas vraiment. Tout n’a pas été simple, selon la future mère, qui tient à faire de sa grossesse un acte politique.


A lire l'édito: La question qui ne devrait pas se poser


Carmen Tanner, à quelles fins médiatisez-vous votre congé maternité?
Au début, je ne pensais pas le faire. Quand mon ventre a commencé à se voir, notre secrétariat général est parti à la recherche de précédents, et il n’en a pas trouvé, simplement. C’est là qu’on a pris conscience de cette réalité. Avant, de jeunes femmes n’arrivaient pas à des Exécutifs de ville. Mais combien ont renoncé à leur mandat ou à leur grossesse? Il y a encore un combat à mener, et il ne sera remporté que quand un congé maternité à ce poste sera devenu banal.

Parce que ce droit au congé maternité, vous ne l’avez pas?
Je le revendique du moins, et mes collègues en ont la même lecture. Mon salaire est versé par la Ville et j’y paie mes cotisations. Mais à l’heure où Yverdon revoit le statut de ses employés communaux sous l’angle de l’égalité, et surtout à l’heure où on parle du congé paternité, les femmes ont un rôle à jouer. Le congé maternité, c’est aussi soixante ans de combat derrière nous. En tant que politicienne je devais et voulais utiliser ce droit et m’en montrer digne.

Un détracteur pourra vous dire que vous avez été élue pour accomplir un mandat. Vous trahissez vos électeurs?
Absolument pas! Ils choisissent des gens pour les valeurs qu’ils incarnent et pour ce qu’ils représentent de la société, dans mon cas une jeune femme et bientôt une jeune mère. Et même: on ne pose pas la question à un élu en service militaire.

Votre combat s’inscrit dans la suite de celles qui allaitaient au parlement ou faisaient campagne en étant enceintes?
Je ne sais pas s’il faut faire cette gradation. C’est une suite logique. La question commence par le choix des partis quand ils composent les listes, ensuite par la place des femmes en politique. Vous releviez dans un article que les femmes ne représentent qu’un quart des Exécutifs vaudois. Maintenant, il faut montrer aux femmes que concilier une grossesse et un mandat est possible. Cela implique aussi de sensibiliser les collègues et de faire bouger les mentalités. Comme dans le monde professionnel, le monde politique doit faire sauter le «plafond de mère». Il faut trouver des solutions, s’arranger pour que les collègues ne vous laissent pas en marge des décisions importantes.

Pensez-vous écourter votre arrêt en cas de besoin?
J’espère mener à bien cette grossesse et prendre ces quatre mois auxquels on a droit comme toute mère. Mon absence devrait aussi tomber en plein été, quand l’activité du service est ralentie. Avant mon retour, j’anticiperai peut-être des réunions avec le chef de service et mon remplaçant. Par contre, j’aimerais être là au moment où se discutera le budget du dicastère, car ces discussions déterminent toute une année politique.

Vous n’allez donc pas couper complètement avec la politique?
Il le faudra. Par contre, c’est vrai que pour une élue qui devient mère il y a cette tension de rester dans le circuit, d’anticiper.

Vous choisissez donc de perdre une partie de votre vie privée?
On peut dire ça. Après, je ne donnerai pas tous les éléments non plus. Mais je tiens à montrer que la maternité ne doit pas être un frein en politique et dans l’Exécutif d’une ville. On a toujours dit aux femmes ce qu’elles devaient dire. Maintenant, qu’on nous laisse notre parole et notre utérus.

Créé: 07.02.2019, 06h48

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Aucune base légale

Seul un cas de politicienne en Exécutif et enceinte est connu à ce jour dans une ville suisse. C’est celui de Sandrine Salerno, à Genève, en 2008. Autre cas célèbre, Marina Masoni: en 1999, elle avait caché sa grossesse à ses collègues du Conseil d’État tessinois ainsi qu’à tout son monde.

Pas de quoi pousser les législations, en tout cas pas celle du canton de Vaud, à se mettre à la page. «La question ne s’est simplement jamais posée», nous glisse un juriste. La question? Les élus vaudois sont payés par leurs communes par commodité. Mais il s’agit d’indemnités, pas d’un vrai salaire, indique le Service des communes. Leur statut n’est donc pas celui d’employé, ils n’ont pas de contrat de travail. Or c’est en partie sur la notion d’employé que reposent les allocations maternité.

En l’état, la pratique veut qu’un élu absent pour diverses raisons soit remplacé par son suppléant. Le Conseil d’État ne nommant de remplaçant que dans les cas de perte de nombreux membres, comme actuellement à Vevey. Une révision de la loi sur les communes pourrait permettre de préciser ces cas de figure, à terme.

Erwan Le Bec

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