Champagne pousse le bouchon encore plus loin

ConflitPour pouvoir remettre le nom du village sur leurs bouteilles, les vignerons vaudois tentent d’obtenir une IGP.

Un chasselas de 1996, qui pouvait encore arborer le nom du village.

Un chasselas de 1996, qui pouvait encore arborer le nom du village. Image: Flash Press - A

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«Vin de la commune de Champagne, vin tranquille, AOC Bonvillars». Surmontée en gros caractères du cépage concerné, telle est l’inscription que les 38 propriétaires de vignes du village veulent pouvoir coller sur leurs bouteilles. Submergés par la puissance économique de la Champagne française, ils ont dû renoncer au mot Champagne, en 2004. Ils conduisent depuis une lutte pour retrouver ce qu’ils considèrent comme leur identité propre.

Emmenés par l’ex-syndic du village, Albert Banderet, ils repartent à l’assaut des instances européennes. Ils vont demander à Bruxelles une Indication géographique protégée (IGP), qui leur octroierait du même coup le droit de produire à nouveau du «Champagne», comme l’a révélé le journaliste Pierre Thomas sur son blog. «Pour cela, nous allons créer une interprofession qui répond aux critères européens. Le cahier des charges est prêt, notre assemblée constitutive aura lieu le 14 avril», relève Albert Banderet.

Question d’homonymie
Ce combat de David (180'000 bouteilles produites en 2013) contre Goliath (304 millions de flacons), les vignerons de Champagne le conduisent au nom de leur village et selon le principe d’homonymie que reconnaît l’Organisation mondiale de la propriété intellectuelle. «Cette dernière accepte que deux produits portent le même nom géographique pour autant qu’ils ne prêtent pas à confusion pour le consommateur», relève Frédéric Brand, chef du Service vaudois de l’agriculture. Des homonymies ont du reste déjà été prévues dans le cadre des accords bilatéraux entre l’Union européenne et la Suisse. Champagne n’en fait pas partie.

Le combat n’est-il donc pas perdu d’avance? Une source proche du dossier souligne qu’en cas de refus de Bruxelles Champagne n’aurait toutefois pas tout perdu. «Une voie de recours serait ainsi ouverte. Et la Confédération, qui demande depuis plusieurs années au Canton de radier l’AOC communale Champagne, n’insistera pas tant que cette affaire sera pendante au niveau supérieur…»

Et puis, «qui ne tente rien n’a rien», lance Nicolas Joss, directeur de l’Office des vins vaudois. Président de la Communauté interprofessionnelle des vins vaudois, Gilles Cornut reprend: «C’est aussi le combat de ceux qui en ont marre de se faire dicter des lois parce qu’ils sont plus petits.»

Certes, mais cet acharnement n’est-il pas un combat d’arrière-garde, après toutes les défaites essuyées côté vaudois? «Non! s’exclame Nicolas Joss. Cette interdiction doit être rediscutée. Ces vignerons se battent pour la liberté individuelle. Champagne, c’est le nom de leur village, où il y a de la vigne depuis très longtemps.»

Reste que cet entêtement pourrait agacer le monde politique qui a soutenu les vignerons nord-vaudois. Surtout dans le contexte délicat de l’après-9 février. Albert Banderet s’était d’ailleurs fait remettre à l’ordre par le conseiller d’Etat Philippe Leuba. Il affirme cependant que le ministre a mis, depuis, un peu d’eau dans son vin. «D’un point de vue sentimental, je comprends tout à fait leur démarche», souligne l’édile. Il n’en dira pas plus.

Quoi qu’il en soit, la forme choisie interpelle. Déjà parce qu’en Suisse aucun vin ne se réclame d’une IGP, «label» réservé à d’autres produits alimentaires. Et en créant une Interprofession Champagne, Albert Banderet et ses pairs vont rajouter une couche au mille-feuille qui en compte déjà deux. Champagne fait en effet partie de l’AOC Bonvillars, qui a sa propre interprofession. Une AOC qui fait elle-même partie de l’Interprofession des vins vaudois. (24 heures)

Créé: 22.03.2014, 10h15

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