Champvent repense à sa Schubertiade, 39 ans après

MusiqueLa 20e édition de la biennale aura lieu dans douze jours à Yverdon. En 1978, la toute première s’était tenue à Champvent. Souvenirs.

9 juillet 1978, Jacques Pache dirige l’orchestre des collèges lausannois à Champvent.

9 juillet 1978, Jacques Pache dirige l’orchestre des collèges lausannois à Champvent. Image: JEAN-CLAUDE CURCHOD - A

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L’âme de Franz Schubert va à nouveau planer sur Champvent et la musique emplir ses rues, le 2 septembre prochain (lire ci-dessous) . Trente-neuf ans plus tôt, le dimanche 9 juillet 1978, le village nord-vaudois avait été le berceau arrosé par le ciel de la première Schubertiade, vers laquelle plus de 5000 personnes avaient déferlé, répondant à l’invitation d’André Charlet, l’instigateur d’un événement déjà orchestré par la Radio romande.

Municipal à l’époque, Daniel Urfer se souvient: «Un piano avait été installé devant chez nous. Et comme le concert était prévu à 16 h, il avait fallu traire une heure plus tôt. Notre maison est située sur le chemin qui conduit au château, qui avait ouvert ses portes à une partie du public pour un autre concert, programmé plus ou moins en même temps dans sa cour. Il y avait tellement de monde devant chez nous que les gens ne pouvaient plus passer. Alors certains ont traversé par le fond de mon écurie!»

Ces scènes champêtres reflètent exactement ce que recherchait André Charlet pour concrétiser en terre romande ce qu’il avait découvert dans les rues de Vienne, vingt-quatre ans plus tôt. «Il a connu Champvent parce qu’il y a fait du service militaire, reprend le retraité. Il avait trouvé l’endroit sympa.» «Et ses fontaines magnifiques», complète Françoise Turrian, épouse du «régent» de l’époque.

Des propos corroborés par le chef de chœur, décédé il y a trois ans, lors d’une interview accordée à la RSR en 2001: «Lors d’une garde de nuit, je me suis promené dans les rues. Et j’ai trouvé cet endroit, avec ce château qui domine la plaine, merveilleux pour y organiser des concerts en plein air.» Un environnement champêtre, qui rappelle au chef que les Schubertiades originales se tenaient aussi en campagne, dans le Wienerwald. Il en fera lui-même l’expérience, comme s’en rappelle Henri Chautems, lui aussi municipal en ce temps-là: «Charlet dirigeait un chœur en fin de matinée. Soudain, il fut interrompu par le carillon de la tour toute proche, qui sonnait chaque jour à 11 h 45. «Qu’est-ce que c’est que ça?» demande-t-il en arrêtant ses musiciens. «Les cloches du village, lui répond-on. Vous voulez qu’on les stoppe?» «Non, c’est génial, c’est ça l’esprit d’une Schubertiade.» Quand j’y repense aujourd’hui, ça me fait encore sourire.»

Les fleurs sont restées

Si la première édition de cet événement devenu biennal a rassemblé 300 musiciens pour une trentaine de concerts, c’est bien tout un village qui s’est mis au service du maestro autrichien mort cent cinquante ans plus tôt. A la demande de l’organisateur, les Chanvannais ont ainsi fleuri leurs fontaines. «Elles le sont encore aujourd’hui», reprend Françoise Turrian. Elle n’est pas la seule à lui en être reconnaissante. «Ma femme l’a interpellé quand elle l’a vu passer. Elle voulait le remercier, parce que, grâce à lui, elle a eu le droit de fleurir ses fenêtres. Et elle n’a jamais cessé depuis», rigole Daniel Urfer.

Les enfants aussi ont été mis à contribution. Ce sont eux qui confectionnèrent en classe avec Claude Turrian les cocardes en bois – vendues 3 fr. – qui donnaient accès au village. «Il n’y en a pas eu assez», souligne l’instituteur. C’est que la foule déferlait sur Champvent. Un agriculteur, préposé au parking, expliquait aux journalistes présents qu’il y avait «trois pauses de voitures» dans les champs aux alentours. Il n’y aura pourtant aucun débordement. Et les musiciens laissaient même leurs instruments sur les tables où les gens se restauraient. Du moins quand ils le pouvaient. Car les organisateurs imaginaient attirer moins de 1000 personnes. Or ils furent cinq fois plus, au point que la radio avait demandé d’arrêter de venir à Champvent. A 11 h 30, le restaurateur n’avait plus rien à offrir. Ni à boire ni à manger. Certains disent même qu’il courait dans les villages avoisinants pour trouver des sachets de thé et du café. C’est sans doute ce qui s’appelle la rançon du succès.

Presque quarante ans plus tard, Champvent en parle encore, même s’il reste peu de traces tangibles de cette première Schubertiade. «La RSR devait nous inviter pour visiter ses locaux de la Sallaz. On attend toujours…» conclut malicieusement Henri Chautems.

Créé: 28.08.2017, 10h46

Un retour aux sources d’une journée

Si Champvent se souvient de la musique de Schubert, Yverdon l’attend. La capitale nord-vaudoise, qui accueille les 9 et 10 septembre la 20e Schubertiade, a mis sur pied dès le mois de mars une série d’événements labellisés «En attendant Schubert».

Logiquement, les autorités d’Yverdon et la RTS se sont approchées de celles de Champvent pour leur demander si elles étaient prêtes à mettre sur pied l’ultime rendez-vous avant le grand jour. «En clair, nous avons accepté d’organiser la répétition générale», sourit Frédéric Glauser, président de l’Ecole de Musique Champvent-Baulmes, qui a pris les rênes du bastringue.

Une bonne partie de la localité sera donc mobilisée le 2 septembre. «Comme il y a quarante ans, le centre du village sera bloqué. Il faudra acquérir le badge de la fête pour accéder à ses rues décorées spécialement pour l’occasion», reprend-il. Des grandes toiles de couleur, agrémentées de notes de musique, seront disposées sur les façades des maisons.

Au chapitre de la musique, sept scènes seront réparties autour du centre, dans le préau, dans des granges. «Le cœur de la fête sera installé entre l’Auberge et la tour, où sera dressée la scène principale», reprend Frédéric Glauser.

Quinze formations d’horizons divers – soit du Nord vaudois, de Suisse, mais aussi de Serbie, de Colombie et de Roumanie – s’y produiront. Des chorales, des duos, des trios, des solos et du piano feront résonner les pierres du village, jusque dans la cour de la Cure, de 10 h à 18 h .




Champvent, samedi 2 septembre Renseignements: schubert-champvent.ch

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