Un collectif squatte l’ancien site Reuge de Sainte-Croix

VaudDes membres d’une association bernoise veulent créer des espaces et des lieux d’échange dans ces bâtiments inoccupés.

Ondine Yaffi et Gilles Strambini sont les permanents à Sainte-Croix d'un collectif qui squatte l'ancien site Reuge.

Ondine Yaffi et Gilles Strambini sont les permanents à Sainte-Croix d'un collectif qui squatte l'ancien site Reuge. Image: CHRISTIAN BRUN

Signaler une erreur

Vous voulez communiquer un renseignement ou vous avez repéré une erreur ?

Au premier abord, rien ne semble anormal, si ce n’est que le chemin qui conduit à l’arrière de l’immense bâtiment délaissé par l’entreprise Reuge il y a quelques années est dégagé de la neige tombée ces derniers jours sur Sainte-Croix. En y regardant de plus près, toutefois, deux feuilles A4 placardées sur la porte d’entrée de cet immeuble industriel attestent de la présence de squatteurs sur le site, comme l’a révélé mercredi le «Journal de Sainte-Croix».

Clin d’œil involontaire, l’association Collectif pour la culture a utilisé une Hermes Baby — produit phare sorti voilà des décennies des usines Paillard qui ont fait la richesse du village — pour expliquer à la population sa démarche et sa présence. C’est ce même document qu’elle a déposé à l’Administration communale et qu’elle a envoyé au propriétaire du site (lire encadré) avec qui elle souhaite avoir un dialogue.

Par ses quelques lignes, les membres du Collectif pour la culture invitent même les habitants de la région «avec plaisir et café» à venir à leur rencontre tous les jours de 15h à 20h dans l’annexe qu’ils ont investie en-dessous du bâtiment. «Quand nous avons appris leur présence, ils étaient ici depuis quelques jours déjà. Le délai était donc passé pour que nous puissions les prier de quitter les lieux sans intervention du propriétaire», souligne le syndic de Sainte-Croix, Cédric Roten. Les autorités se sont donc simplement assurées qu’il n’y avait pas de problème de sécurité, tout en les rendant attentifs à l’état général des lieux.

«Proposer une solution concrète et immédiate»

C’est justement cette situation qui les a amenés ici car leur ambition première est «de proposer une solution concrète et immédiate» en vue de la revitalisation d’une friche industrielle qu’ils jugent «promise à un lent effondrement déjà bien entamé». Et si le collectif a opté pour la politique du fait accompli, c’est parce que leurs approches plus officielles dans leur région d’origine les ont conduits de refus en refus.

Après avoir été mis à la porte de l’ancienne usine Junker à Moutier, l’association qui «défend des valeurs libertaires, égalitaires, solidaires et respectueuses de toutes natures» a en effet d’abord cherché des sites dans le Jura et le Jura bernois. Trois années de démarches infructueuses, pourtant conduites en toute transparence avec les autorités politiques, lui ont fait mettre le cap sur le Nord vaudois. Soit à mi-chemin entre Neuchâtel et Lausanne où elle dit avoir beaucoup de sympathisants.

«Pour nous, Sainte-Croix c’est un peu le Moutier du Nord vaudois, de par son glorieux passé industriel. On se doutait bien qu’on y trouverait des locaux où nous pourrions apporter la preuve de ce que nous savons faire», explique Gilles Strambini, un des deux permanents de l’association à Sainte-Croix.

Répondre aux envies

À Moutier, leur projet baptisé «Le Pantographe» avait été reconnu d’utilité publique par le Canton de Berne. Il a engendré la mise sur pied de 458 événements, 8 expositions collectives et 185 résidences de création. Ce n’est toutefois pas pour autant un tel projet que le collectif entend «remonter» sur le balcon du Jura vaudois. «On veut avant tout répondre aux envies des gens. Nous ne nous considérons pas comme les meneurs de cette démarche que nous voulons participative», souligne Ondine Yaffi, la deuxième permanente présente sur le site. Le but est ainsi de créer des espaces, des lieux d’échange où les gens pourraient venir librement: ateliers de menuiserie, de serrurerie, mais aussi de musique, de théâtre, voire —pourquoi pas — une ludothèque.

Pour y parvenir, le collectif veut avoir le soutien de la population. «Si ce n’est pas le cas, on partira, mais on a déjà ressenti un intérêt certain des gens qu’on a rencontrés depuis deux semaines», reprend Ondine Yaffi. Reste qu’il lui faut aussi trouver un terrain d’entente avec le propriétaire, Jürg Stäubli. L’association espère que l’homme d’affaires sera d’accord de conclure un contrat de prêt à usage.

Créé: 22.11.2019, 06h51

«Je déteste être mis devant le fait accompli»

2006-2016: après dix ans passés dans les locaux de l’ancienne usine Junker à Moutier (BE), l’association Collectif pour la culture pourra-t-elle conduire son projet artistique et culturel participatif à Sainte-Croix? Et pour combien de temps? La réponse dépend en grande partie du propriétaire, Jürg Stäubli.

De retour de l’étranger, l’homme d’affaires bernois installé depuis des années sur la Côte a été mis au courant de l’installation des squatteurs, mais n’a pas encore pris connaissance d’un dossier qu’il a confié à son avocat. «Peut-être que l’on trouvera une solution, mais je déteste être mis devant le fait accompli», souligne-t-il d’emblée. Et de se demander pourquoi l’association ne l’a pas contacté avant de poser armes et bagages dans cet dépendance de l’ancienne usine Reuge. «Je suis très ouvert à la culture, j’ai financé des spectacle avec ma fondation. J’aurais donc probablement dit oui, comme je l’ai fait lorsque l’école de cirque de Sainte-Croix m’a demandé si elle pouvait y disposer de locaux pour entreposer du matériel.»

Pour autant, Jürg Stäubli ne ferme pas la porte au Collectif pour la culture. Mais il rappelle que si un accord devait être trouvé, il serait de toute façon limité dans le temps. «Un procès est pendant auprès du Tribunal fédéral par rapport à cette parcelle. Reuge a pollué ce site et nous avons demandé à l’entreprise de financer les travaux de dépollution.» Le tribunal cantonal a donné raison aux nouveaux maîtres des lieux, mais la société de Sainte-Croix a recouru auprès de l’instance fédérale. «Le jugement est imminent. S’il est en notre faveur, nous réaliserons dès que possible les projets que nous avons à cet endroit. Sinon, on verra.»

Articles en relation

Redel passe la vitesse supérieure dans l'empire de la connectique

Les entreprises qui font les marques Spécialisée dans les connecteurs plastique, surtout pour le médical, la filiale de Lemo, à Sainte-Croix, veut s’agrandir. Plus...

Sainte-Croix pleure un syndic discret et respecté

Hommage Franklin Thévenaz a été emporté par la maladie mardi. Le septuagénaire avait quitté ses fonctions en juin. Plus...

La Croix Fédérale a su conserver son âme

L'Esprit des pintes L'auberge de Villars-sous-Yens est le théâtre de nombreux souvenirs. Plus...

La vieille gare de Sainte-Croix a enfin entamé sa grande mue

Travaux La ligne qui relie la commune du balcon du Jura et Yverdon séduit toujours plus de voyageurs. Elle va être modernisée pour 14,6 millions. Plus...

Publier un nouveau commentaire

Nous vous invitons ici à donner votre point de vue, vos informations, vos arguments. Nous vous prions d’utiliser votre nom complet, la discussion est plus authentique ainsi. Vous pouvez vous connecter via Facebook ou créer un compte utilisateur, selon votre choix. Les fausses identités seront bannies. Nous refusons les messages haineux, diffamatoires, racistes ou xénophobes, les menaces, incitations à la violence ou autres injures. Merci de garder un ton respectueux et de penser que de nombreuses personnes vous lisent.
La rédaction

Caractères restants:

J'ai lu et j'accepte la Charte des commentaires.

No connection to facebook possible. Please try again. There was a problem while transmitting your comment. Please try again.