En «coloc», les malades d’Alzheimer vivent mieux

PsychogériatrieLe projet de colocation Alzheimer lancé à Orbe a fait ses preuves. Une nouvelle structure vient d’ouvrir à Yverdon.

Cosmo Cotugno apprécie la vie en colocation. «Tout va bien, vive la liberté!»

Cosmo Cotugno apprécie la vie en colocation. «Tout va bien, vive la liberté!» Image: Olivier Allenspach

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L’entrée du spacieux appartement, situé en contrebas de la Résidence Agate, sur la colline yverdonnoise de Bellevue, est discrète. A l’image de ses deux habitants, Cosmo Cotugno et Ruth Tellenbach, respectivement âgés de 79 et 83 ans. Il est 9 h, et autour de la grande table en bois qui offre une échappée sur le lac, ils terminent leur petit-déjeuner dans un calme olympien. Chacun plongé dans ses pensées. Les échanges sont timides. Mais il faut dire que le duo se connaît seulement depuis quelques mois. Car Cosmo et Ruth ne vivent pas en couple, mais en colocation. Lui vient d’Orbe, elle d’Aigle. Tous les deux atteints de la maladie d’Alzheimer, ce sont les premiers locataires de la colocation Rubis.

«Leur état de santé s’est stabilisé malgré la progression de la maladie»

Intégré au futur pôle gériatrique de Bellevue, leur appartement se calque sur le modèle de Topaze, à Orbe. Soit un projet pilote de colocation pour les malades d’Alzheimer lancé il y a deux ans, et dont le bilan vient d’être établi. «C’est beau à voir, les colocataires ont réussi à trouver leur place, leur état de santé s’est stabilisé malgré la progression de la maladie, et on a remarqué qu’elles (ndlr: à Orbe, ce sont uniquement des femmes) avaient besoin de moins de soins. Toutes les colocataires ont également pris du poids, se nourrissant mieux, ce qui est un signal encourageant», commente Nicole Gadient, collaboratrice scientifique auprès de l’association Alzheimer Suisse, initiatrice du projet en partenariat avec la Fondation Saphir.

«Soignés comme des rois»

Plus capables de vivre seuls à domicile, mais pas assez atteints dans leur santé pour aller en EMS, Cosmo et Ruth ont emménagé respectivement en janvier et en mars. «On est bien ici, on est soignés comme des rois», sourit l’ancien mécanicien, qui a conservé l’accent italien de ses origines. Le fait de bénéficier de compagnie, des autres colocataires, mais aussi des accompagnants présents durant la journée, permet d’apaiser des troubles annexes comme l’angoisse ou la dépression.

«Leur mémoire à long terme fonctionne, et nous pouvons discuter tout à fait normalement, mais il faut savoir que leur mémoire à court terme est d’une à cinq minutes, précise Annelise Givel, responsable des colocations Alzheimer auprès de la Fondation Saphir. Et les personnes que nous accueillons se rendent encore compte de leur maladie, ce qui peut entraîner une grande souffrance, nous essayons donc de les entourer au mieux, pour qu’elles se sentent bien. Le but est que leur vie soit la plus proche de celle qu’elles avaient à la maison.»

Ni réveil ni programme

Les locataires disposent chacun d’une chambre qu’ils meublent à leur guise. Et il n’y a pas de réveil aux aurores, ni de programme arrêté pour la journée, excepté pour les repas, qui se font en commun de la préparation à la consommation. «Comme ça, ils peuvent regarder la quantité qu’on avale», lance Cosmo d’un air taquin. Après le petit-déjeuner, il s’assied dans le salon commun pour lire un magazine. Ruth, fatiguée, se retire dans sa chambre.

Pour l’instant, ils sont deux, mais l’appartement peut accueillir jusqu’à six «colocs». L’encadrement familial, non médicalisé, de ce type d’hébergement – coûtant environ un tiers moins cher qu’une chambre en EMS – séduit. Mais la sélection est difficile. «Les personnes doivent être indépendantes physiquement et leur comportement est essentiel. Dans un groupe de six, il suffit d’une personne toxique pour que tout s’écroule», constate Annelise Givel. Dans quelques semaines, deux nouvelles «colocs» rejoindront Rubis. «Je serai le coq dans le poulailler», rigole Cosmo. (24 heures)

Créé: 21.04.2016, 07h35

Du domicile à l'EMS, penser la transition

Le vieillissement croissant de la population invite à réfléchir à des solutions pour l’hébergement de personnes du 3e et du 4e?âge. «Le canton de Vaud a un taux de placement en EMS parmi les plus bas de Suisse et la prise en charge des personnes à domicile y est très élevée. Mais les prévisions montrent que, d’ici à 2020-2025, le nombre annuel de personnes atteignant l’âge de 75?ans (actuellement 900) va plus que doubler. On doit donc encore s’améliorer», souligne Fabrice Ghelfi, chef du Service des assurances sociales et de l’hébergement.

Subventionnées par le Canton, les colocations Topaze et Rubis sont un exemple concluant de transition entre le domicile et l’EMS. Et le concept fait des émules. Le Canton de Fribourg s’est montré intéressé et le CMS de Sierre (VS) prévoit une colocation Alzheimer d’ici à la fin de l’année. Précurseur dans le domaine de la «coloc» pour personnes âgées, le Valais dispose déjà de neuf appartements Domino (Domicile nouvelle option), gérés par le CMS. Dans le canton de Vaud, la colocation pour seniors avec encadrement médico-social peine par contre à se développer. La faute à un manque de demandes. Illustration de ce désintérêt, l’appartement Domino créé dans la résidence Agate va être transformé en centre d’accueil temporaire.

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