Le combat pour le paysage passe par un hangar de Villars-Épeney

AménagementLes défenseurs de la protection du paysage veulent revaloriser l'inventaire fédéral ISOS avec une affaire de hangar agricole hors zone à bâtir à Villars-Épeney. L'enjeu est important.

Un projet de nouveau hangar à Villars-Épeney troublerait le paysage du site, selon les ONG.

Un projet de nouveau hangar à Villars-Épeney troublerait le paysage du site, selon les ONG. Image: Patrick Martin

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Le joli village de Villars-Épeney, près d’Yvonand, quatrième plus petite commune du canton avec 106 âmes recensées, pourrait bien sortir de sa relative discrétion et avoir une influence décisive sur la protection du paysage. L’ONG qui veille sur nos panoramas de carte postale, la Fondation suisse pour le paysage, fait opposition – et fera sans doute ensuite recours – contre la construction d’un hangar agricole. Ils entendent y décrocher une jurisprudence décisive: clarifier le rôle et surtout les effets d’un classement fédéral aux contours et aux effets pas toujours évidents, l’ISOS.

L’ISOS, c’est un cas unique au monde. L’Inventaire fédéral des sites construits à protéger. Un classement associant demeures historiques et leur environnement naturel ou architectural. On y relève de manière scientifique la valeur d’un point de vue. Par exemple les lignes de fuite des rues, l’intégration d’édifices dans leur contexte, la forme des toitures, le rythme des façades, ce qui constitue le caractère champêtre d’un hameau, etc. Des conseils pour préserver ces petits bijoux (le bourg médiéval de Romainmôtier, le village viticole de Vinzel par exemple) y sont notés avec une précision toute bernoise. Car pour la Confédération, ce vaste travail d’expert – qui protège bon nombre de sites (505 en tout rien que sur Vaud, dont 141 d’importance nationale) – est contraignant pour les plans directeurs cantonaux, et représente surtout «une base de décision» à utiliser systématiquement. Mais c’est loin d’être le cas partout.

«Coquille vide»

En réalité, l’ISOS est controversé. «C’est une coquille vide qu’on invoque quand il n’y a plus d’argument, sans qu’elle soit utilisée par le Canton ou valorisée auprès du public», s’agace un syndic du Nord vaudois dont le village est justement couvert par l’ISOS. «Au contraire, c’est un outil primordial, rétorque le responsable romand de la Fondation pour le paysage, Roman Hapka. L’ISOS devrait d’ailleurs être plus accessible avec sa digitalisation et une nouvelle ordonnance qui lui donne des périmètres définis. On espère qu’il sera mieux reconnu par les administrations.»

Cette opposition au hangar de Villars-Épeney ne tombe pas du ciel. Pour le Canton de Vaud qui, pour tout commentaire, renvoie au plan directeur cantonal, l’ISOS n’a pas force contraignante, mais seulement un «effet d’alerte.» Un outil pour repérer les soucis lors de projets. S’y ajoute le fait que, ces dernières années, la majorité des jurisprudences n’a pas été dans le sens d’une sacralisation des paysages, loin de là.

Revers à Lausanne

À Lucerne, l’ISOS n’a pas empêché une antenne de téléphonie de s’installer sur un toit. Ni, à Lugano, la construction de deux bâtiments modernes dans un quartier historique. À Coire, il s’est incliné devant le principe de la propriété privée dans une affaire de volets de bois en vieille ville. À Rivaz, où on refaisait le toit d’une maison vigneronne, il a été relevé que l’ISOS n’était pas atteint tant que les «éléments caractéristiques», autrement dit la substantifique moelle des paysages classés, étaient en soi conservés. Plus récemment à Lausanne, les juges ont également repoussé l’ISOS dans ses retranchements. À la Gottettaz, le remplacement d’une villa par un locatif a peut-être été refusé en 2017 parce que contraire aux objectifs de sauvegarde «A» de l’ISOS. Soit la conservation du minimum du minimum. Par contre, le mois dernier, un toit plat a été autorisé par les juges à Chailly. L’ISOS y mettait une sauvegarde de caractère «C». Bref. Pour les protecteurs du paysage, l’heure est venue de renverser la vapeur, surtout en zone agricole, où Roman Hapka critique volontiers des marges de tolérance accordées trop généreusement aux exploitations par les services de Jacqueline de Quattro et Philippe Leuba.

À Villars-Épeney, on préfère regarder tout ça sans faire de remous. «Pas de commentaire officiel», réagit le syndic des «Chats-Crevés», Michel Cornamusaz. La Municipalité est en effet plutôt mal prise, elle a intégré la protection du paysage dans son règlement communal, et s’était déjà opposée au premier projet d’abri tunnel (250 m2), aujourd’hui remplacé par le hangar litigieux (600 m2). Un premier local de stockage qui avait d’ailleurs été refusé par le Tribunal fédéral en 2016.

Pour les défenseurs des panoramas, Villars-Épeney est intéressante parce que reconnue par l’ISOS régional, le dernier échelon de l’inventaire et sans doute le moins contraignant pour l’heure, et le moins connu. Il faut en effet se glisser dans les tréfonds du cadastre pour en trouver une trace. Revaloriser cette norme n’est pas d’un intérêt moindre: c’est renforcer le classement par le bas, ce qui toucherait l’ensemble des cas de figure. Surtout à l’heure où trois ONG – Pro Natura, la Fondation pour le paysage et BirdLife – fomentent une initiative contre la révision de la loi fédérale sur l’aménagement du territoire, pour plus de protection des sols non constructibles… On n’a pas fini d’entendre parler du paysage. (24 heures)

Créé: 09.01.2019, 09h13

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