«Même condamnée, la société Eldora s’obstine»

BallaiguesDes salariés dénonçaient des «humiliations» et des licenciements abusifs. Un vient de gagner en justice. Le groupe fera recours.

L’entreprise de restauration de collectivités Eldora est basée à Rolle.

L’entreprise de restauration de collectivités Eldora est basée à Rolle. Image: Jean-Paul Guinnard

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En mai 2018, trois salariés d’une petite équipe de cinq – dont quatre étaient en arrêt maladie – avaient convoqué la presse après avoir été licenciés «pour avoir dénoncé à la direction d’Eldora (ndlr: dont le siège est à Rolle) les humiliations infligées par un supérieur», sur le site de Ballaigues. Le Tribunal de prud’hommes de l’arrondissement de La Côte vient de donner raison au dernier plaignant, toujours en procédure.

«Ce verdict est une victoire pour les anciens salariés du groupe Eldora qui ont osé dénoncer les mauvais traitements qu’ils subissaient avant d’être injustement licenciés, tonne Nicolas Rochat Fernandez, juriste et responsable de la section Unia Jura-Nord vaudois. Nous demandions quatre mois de salaire et nous avons gagné.» Au total, la semaine dernière, l’entreprise de restauration de collectivités, qui comptait 2207 collaborateurs en Suisse en 2017 et qui avait alors réalisé un chiffre d’affaires consolidé de 337 millions de francs, a été condamnée à verser 22'732 francs à Julien*, un de ses anciens employés, qui suit toujours un traitement psychologique «après ce traumatisme».

«J’ai eu peur qu’il me tape»

«En vingt-cinq ans de carrière, personne ne m’avait dit «Ferme ta gueule» sur mon lieu de travail», témoignait, face aux médias, une de ses collègues, en retenant ses sanglots. «Il (ndlr: le supérieur) est arrivé à 5 centimètres de mon visage et m’a hurlé dessus et insultée. J’ai eu peur qu’il me tape.» Ou encore: «Il nous insultait tout le temps: crétin, incompétent, menteur, casse-couilles…» surenchérissait une autre salariée, visiblement affectée par la situation.

D’après nos informations, deux des trois personnes lésées ont passé un accord avec l’entreprise Eldora devant le juge. Julien est le seul à avoir dû aller jusqu’au bout. «Durant la dernière audience, le 28 octobre, la société n’a eu de cesse de s’en prendre à la personnalité de mon mandant et a annoncé qu’elle l’attaquait au pénal pour diffamation, s’insurge Nicolas Rochat Fernandez. Elle souhaite le réduire au silence, quitte à complètement le détruire psychologiquement.» Et de reprendre: «Même condamnée pour licenciement abusif, Eldora s’obstine: elle refuse tout dialogue social alors qu’Unia, en tant que signataire de la Convention collective de travail pour l’hôtellerie-restauration, est un partenaire social reconnu. C’est d’autant plus problématique que le groupe bénéficie des deniers publics via ses mandats dans des gymnases et des écoles professionnelles, notamment.»

De son côté, Eldora confirme-t-elle avoir déposé une plainte contre son ancien employé qui vient d’avoir gain de cause au Tribunal de prud’hommes? Conteste-t-elle toujours les mauvais traitements dénoncés par ses anciens collaborateurs? Refuse-t-elle vraiment de dialoguer avec le syndicat? Nous avons posé ces questions à son directeur, Andrew Gordon. Qui n’a pas donné suite. Pour seule prise de position, l’avocat de l’entreprise dans cette affaire nous écrit dans un courriel: «Le groupe Eldora réfute tout reproche et contestera devant le Tribunal cantonal le jugement récemment rendu.» * Prénom d’emprunt

Créé: 06.11.2019, 06h37

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