Un conflit du travail sous très haute tension

Droit du travailSimple litige sur le recouvrement d'arriérés de salaires et de frais, une grève menée par Unia chez un électricien vaudois vire au casse-tête. Des employés ont été renvoyés, et la police est intervenue.

Le premier syndicat du pays s'inquiète de la tournure d'une grève à Yverdon et dénonce l'intervention de la police. Cette dernière se justifie, et l'entreprise en cause dénonce les méthodes du syndicat.

Le premier syndicat du pays s'inquiète de la tournure d'une grève à Yverdon et dénonce l'intervention de la police. Cette dernière se justifie, et l'entreprise en cause dénonce les méthodes du syndicat. Image: Keystone

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Un conflit syndical a pris une tournure tout électrique à Yverdon en début de semaine. L’enjeu? Au départ il s’agissait d’un litige portant sur la récupération de 85'000 francs d’arriérés, un conflit entre une poignée d’employés et Électricité 2020, une PME généraliste installée à Échallens. Les sommes en question portent sur les trajets jusqu’aux chantiers, les repas de midi et les heures de travail impayées. Une première convention avait été signée fin janvier sur le remboursement. Depuis, le ton est monté.

Des banderoles et du matériel posé par les grévistes auraient été arrachés. Quatre de ces derniers ont été licenciés avec effet immédiat lundi. Les discussions sont rompues, l’affaire a été portée au Tribunal et une plainte déposée pour agression – on en serait venu aux mains.

Le syndicat Unia s’insurge contre l’intervention de la police lors de son action sur les chantiers de l’entreprise. À Treycovagnes lundi matin, puis à Yverdon lundi après-midi et mardi, les forces de l’ordre ont, d’après le syndicat, «joué le rôle du patronat» et mis fin aux actions syndicales. «C’est la première fois depuis des années que le droit constitutionnel de faire grève est ainsi entravé. C’est grave et j’attends des explications», souligne Nicolas Rochat Fernandez, en qualité de secrétaire ad interim de la section Nord vaudois d’Unia. Un syndicat qui a demandé des précisions à la Ville d’Yverdon et entend bien faire remonter la chose au niveau cantonal, sur le terrain politique.

La municipale yverdonnoise Valérie Jaggi Wepf livre sa version des faits: «Mardi matin, on m’a parlé d’une manifestation sur l’avenue de Grandson, un endroit étroit avec beaucoup de passage. D’un point de vue sécuritaire, ça posait problème. Mais, quand l’officier de service est arrivé, ils ont dit qu’ils partaient de toute manière. C’est tout et absolument tout. Une manifestation sur la voie publique est soumise à autorisation. Ils auraient pu au moins nous passer un coup de fil pour qu’on sécurise la chose.» De son côté, le syndicat parle plutôt d’agents de la Police Nord Vaudois ouvrant le piquet de grève pour laisser passer d’autres employés sur ledit chantier. La police cantonale confirme cette intervention, mais souligne qu’une solution a été trouvée dans le dialogue et dans le respect de sa mission d’ordre public.

Si le ton monte, c’est aussi parce que la branche des électriciens est dans le collimateur des syndicats. «C’est un milieu où les conventions peinent à s’appliquer et où on peut parler de fraudes systématiques sur les normes», relève le secrétaire syndical Laurent Tettamanti, d’autant plus vigilant qu’une nouvelle CCT nationale est en discussion.

L’avocat d’Électricité 2020, Me Alexandre Reil, dénonce l’attitude des syndicats. «Mon client paie plusieurs de ses employés au-dessus du minimum de la CCT. Il a reconnu des erreurs sur certains calculs et on a demandé un délai pour examiner les arriérés qu’on ne conteste pas. Mais analyser ce qu’a fait un employé pendant cinq ans ne se fait pas en cinq minutes. À la place, ils ont plutôt fait grève et porté préjudice à l’entreprise: deux contrats ont été cassés, d’autres entreprises ont été lésées. Quelqu’un devra le payer et c’est le Tribunal qui décidera.»

Les prud’hommes auront aussi affaire à une jolie querelle de juristes. Unia assure que sa grève était licite: proportionnelle, en dernier recours, et non soumise à autorisation. En face, on rétorque que l’affaire n’a rien de proportionnel et que les objets couverts par une CCT ne sont pas concernés par le droit de manifester. Ce que conteste Unia, vu que ladite entreprise n’est pas signataire… Au milieu de tout ça, les quatre électriciens licenciés disent espérer retrouver du travail rapidement. (24 heures)

Créé: 14.02.2018, 21h46

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