Le coq du clocher contenait un mot de son grand-père

Vallée de JouxSurprise pour le ferblantier Dominique Bonny, qui a ouvert le coq de la Tour de L'Abbaye, en restauration. L'oiseau contenait un mot de l'ouvrier qui l'avait posé en 1940. Ouvrier qui s'est révélé être le grand-père du Combier.

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Dominique Bonny, ancien député de la vallée de Joux, mais surtout ferblantier de profession, se souviendra longtemps de ce lundi de mi-juin. Alors qu’ils travaillent à la restauration de la tour de L’Abbaye (lire encadré), lui et ses collègues, à bord d’une nacelle, décrochent avec soin le vénérable coq qui trône au sommet. Au sol, la petite équipe ouvre le bel oiseau patiné. Rien. Vide. Seulement un trou laissé par une balle de mousqueton. Sans doute le résultat d’un pari – réussi – de deux fins guidons ivres, un beau soir de pleine lune.

Les ouvriers s’attaquent ensuite à la boule soutenant le coq. Endommagée, la calotte cède sans peine. La boule livre alors «un amas avec un fil de métal rouillé, entourant du plastique qui s’effrite», décrit Dominique Bonny. Les ouvriers déplient la relique doucement, et commencent à lire ce billet d’un ancêtre, rongé par le temps. Un mot simple (encadré), daté de «l’an de guerre 1940», et signé par un certain Richard Imboden. «Mon grand-père!» souffle le ferblantier.

«C’est lui qui avait fondé l’entreprise au Pont, en 1937, raconte, ému, Dominique Bonny. J’ai été son apprenti et j’ai remis l’entreprise il y a deux ans à Sylvain Morel. Je savais que mon grand-père avait travaillé sur des clochers. Il en a fait des travaux, en quarante ans d’activité! Je me souviens de lui grimpant au clocher du Pont pour accrocher les drapeaux du 1er Août. C’étaient des acrobates à l’époque. Mais voir son nom, ça m’a fait un sacré choc.» Il y a de quoi.

Richard Imboden (1914-1999) était un personnage, sourit son petit-fils. Un Haut-Valaisan qui était venu travailler avec un confrère à la Vallée. L’aventure tourne court, et le ferblantier se met à son compte. «Le toit de la tour devait être son premier chantier, reprend le Combier. Et c’est au village qu’il a rencontré ma grand-mère.»

Mot lourd de sous-entendu

C’est aussi là qu’il déploie un sacré savoir-faire. Le coq, un fin ouvrage à une époque où il fallait savoir passer du gros œuvre à la ferblanterie d’art, a ainsi tenu 78 ans et est encore en bon état. Le bonhomme avait aussi son caractère. Dans son mot, il grogne contre les autorités de l’époque, qui lui ont refusé des documents d’archives à mettre dans la capsule destinée aux futurs ouvriers. Il prend aussi soin de noter, sans doute avec une arrière-pensée, le prix du cuivre: 2 fr. 37 le kilo. «C’était cher, note Dominique Bonny, sans doute des heures entières de travail. Aujourd’hui, le kilo varie autour de 8 fr. Il fluctue beaucoup, mais c’est abordable.»

Pour la postérité, le coq va désormais être restauré par des spécialistes. Les plumes seront alourdies un peu au plomb pour équilibrer la structure. À voir aussi si le vénérable volatile sera doré ou non.

Il faudra aussi restaurer le mécanisme de roulement: les billes de verres, brisées depuis, seront remplacées par des billes en inox. «Ça devrait tenir au moins aussi longtemps», note Dominique Bonny. Il s’agira aussi de réfléchir à ce que les Combiers d’aujourd’hui laisseront à ceux de demain.

«On trouve souvent des coupures de journaux, des paquets de cigarettes ou des pièces de monnaies dans les toits, poursuit le ferblantier. J’en ai aussi laissé quelques-unes.» Pour le coq de l’Abbaye, l’affaire prendra un peu d’ampleur. Cette fois-ci, la Commune semble bien partie pour laisser un document. De même que l’entreprise de Sylvain Morel, et l’association qui a œuvré pour la restauration de la Tour de l’ancienne abbaye. Peut-être qu’on y laissera aussi un flacon de gentiane. Avis aux petits-enfants. (24 heures)

Créé: 09.07.2018, 18h36

Vins des moines, le retour

La restauration de la tour de L’Abbaye, ultime vestige de l’abbaye des moines prémontrés, est une affaire ambitieuse: tout, de la porte au toit d’ardoise, va être refait grâce à la persévérance des Combiers. Pour la promouvoir, l’association en charge s’est lancée dans une reconstitution historique et vinicole.

Il est désormais possible d’acheter des bouteilles de vin portant l’étiquette de la tour, mais surtout issues des domaines possédés par le monastère au Moyen Âge. Celui-ci s’était en effet tissé tout un réseau de dépendances, notamment des vignes, dont les passionnés du lieu ont retrouvé les noms. C’est ainsi des vins de Ruyères (Chardonne), Chatagneréaz (Essertines-sur-Rolle) et de Lonay (Obrist à Vevey), qui ont repris le chemin de la Vallée.

Avec une entorse historique toutefois. C’est en effet les vignerons, séduits par la démarche, qui ont livré leurs bouteilles la semaine dernière à L’Abbaye, alors qu’au XVe siècle, rapportent les textes, ce sont les charrons combiers qui écopaient de la corvée une fois l’an.

www.tourdelabbaye.ch

Le message

Voici l’intégralité du mot retrouvé:



«Souvenir. En l’an de guerre 1940, cette tour fut refaite, couverture et ferblanterie et une partie de la charpente, par un Suisse établi à le Pont. J’ai fait le coq en cuivre entièrement à la main. J’ai eu deux jours et demi de travail. Les travaux furent adjugés par M. Weber, ingénieur au Département des travaux publics. La charpente fut refaite par Monsieur Lauffenburger de L’Abbaye.

Après maintes demandes auprès des autorités municipales de L’Abbaye pour avoir des archives à mettre dans cette boule, mes demandes sont restées vaines.

Je ferme cette boule avec le cœur gros. Le coq fut placé par mon ouvrier Edmond Pilliard, né en 1922 à Valeyres/Montagny. J’ai payé le cuivre deux francs trente-sept le kilogramme.
Fait à le Pont, le 6 août 1940.

Richard Imboden»

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