Un deal «crèche contre voiture» pour assurer le projet du siècle

Yverdon-les-BainsD’intenses tractations ont lieu entre les élus, farouchement divisés, à la veille du vote sur le parking de la place d’Armes.

Projet de la législature à Yverdon, si ce n'est plus, la construction sur l'actuelle place d'Armes d'un parking souterrain doublé d'un vaste parc en surface est soumis au vote jeudi soir. Un séance du Conseil communale décisive pour la deuxième ville du canton. Image: Olivier Allenspach/A

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Compromis dynamique à la sauce yverdonnoise ou drôle de négoce entre élus? Alors que le Conseil communal se prononce jeudi soir sur le parking souterrain qui doit métamorphoser la place d’Armes et le cœur d’Yverdon, un projet du siècle à plus de 15 millions pour les finances publiques, les rebondissements en coulisses se multiplient. D’après nos informations, le Parti socialiste yverdonnois, fer de lance de l’opposition au Conseil, était mardi après-midi à deux doigts de signer un accord avec le PLR, parti majoritaire dont les élus à l’Exécutif pilotent ce projet qui divise toujours. Le parking est aujourd’hui traité de «démesuré», «dangereux» ou «dépassé» par la gauche, qui l’avait pourtant lancé. Rappelons que le camp rose-vert milite pour une structure de 800 places au maximum, alors que le PLR en veut 1000. En sachant que l’accord-cadre est déjà calibré et signé avec le promoteur.

Le marché? Les socialistes acceptent de ne plus soutenir le rapport minoritaire (signé par ses membres) qui cherchait à torpiller le projet. En échange, la majorité bourgeoise s’engage à faire passer un investissement annuel de 800'000 francs en faveur des UAPE, dans le dicastère du socialiste Jean-Claude Ruchet. Des fonds proportionnellement prélevés dans les autres dicastères.

Officiellement, le parti à la rose se refuse à commenter cet accord avec son adversaire politique. «Des discussions ont lieu entre tout le monde, c’est un sujet à préparer minutieusement», note le coprésident, Julien Wicki.

«Ce serait irresponsable de gâcher une chance historique pour 200 places»

Le PLR n’en dit pas plus. «C’est un bon projet, capital, et comme toujours il faut essayer de rallier le plus de monde possible, réagit le président, Laurent Roquier. Ce serait irresponsable de gâcher une chance historique pour 200 places.»

L’UDC, également très discrète, serait désormais sur le point de s’abstenir ou de voter en faveur du projet. Officiellement sans rien en échange. Alors que les stratèges du camp rose-vert comptaient sur cette formation, toutefois en pleine reconstruction à la suite du renouvellement de ses instances dirigeantes, pour faire capoter le vote. Une alliance de raison qui s’est déjà vue. Mais cette fois c’est raté. «Avec le soutien du PLR à la candidature de Pascal Dessauges au Conseil d’État, une section UDC ne pouvait simplement pas faire capoter un projet aussi important pour le PLR», commente un élu bien en place.

Dans les rangs socialistes, l’idée de l’accord interparti divise. «L’assemblée de l’autre soir était houleuse, entre ceux qui voulaient défendre mordicus nos valeurs et ceux qui voulaient obtenir un compromis», glisse un conseiller. En fait, le parti s’est simplement rendu compte que trouver une majorité pour renvoyer le projet dans ses cartons était mathématiquement risqué, voire impossible.

L’exemple du Canton

«Des places dans les UAPE, c’est certes loin d’un parking, avoue un autre socialiste. Mais c’est le pendant des concessions sociales obtenues au niveau cantonal. Tout le monde va en bénéficier. Et surtout on obtiendrait des garanties sur des mesures-cadres.» C’est-à-dire des adaptations pour la mobilité douce, un ratio sur le type de stationnement souterrain, etc. De quoi «garder la main» sur la politique de mobilité en somme, alors que le camp rose-vert craignait une perte de manœuvre face à l’investisseur privé du parking.

La gauche est désormais divisée comme jamais, à deux ans des élections. Les Verts, furieux de voir leurs alliés opter pour le compromis, n’auraient, eux, rien obtenu de leurs propositions interpartis. Ils demandaient plus de suppressions de places en surface (un millier) pour faire baisser la création de nouveaux stationnements, un moratoire sur la vente du patrimoine communal, des investissements pour la mobilité douce, etc. Balayés. «Il va y avoir 25'000 voitures par jour arrivant au centre-ville, une vision figée dans les années 1960… Ce projet doit être rejeté à tout prix avec tous les outils possibles», répond le Vert Benoist Guillard. Et parmi ces outils beaucoup parlent désormais de référendum (lire encadré).

Créé: 06.03.2019, 06h56

Le risque du référendum

La perspective d’un référendum bruisse depuis plusieurs semaines. Surtout à gauche. Pour l’opposition, profiler un référendum spontané (soumettre au vote citoyen la décision du Conseil) ou communal (aller récolter des signatures dans la rue) est une piste envisagée. Selon nos informations, le PLR aurait également suggéré de porter le sujet aux urnes en cas d’échec en plénum. À voir. Officiellement, le président, Laurent Roquier, en appelle à «la responsabilité» des élus.

Surtout, la gauche sait que l’option est risquée pour elle. «On ne peut pas passer pour des tueurs de parking, tous les Yverdonnois l’attendent. Et expliquer dans la rue pourquoi 800 places conviennent et pas 1000, c’est compliqué», tranche un élu.
S’y ajoute le précédent de «Stop aux bouchons», l’initiative du PLR qui a plébiscité en 2012 la route de contournement et préfiguré la victoire politique de la droite. Depuis, chacun sait qu’on ne critique pas un projet de mobilité impunément.

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