Un dessin animé déterre le passé nucléaire de Lucens

BroyeL’ancienne centrale atomique broyarde refait parler d’elle dans un film d’animation de sept minutes à vocation écologique.

Le court-métrage de Marcel Barelli revient avec humour sur l'histoire de la construction, de la mise en service et de la fin de la centrale nucléaire expérimentale de Lucens.


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1968. Tous les yeux sont rivés sur Lucens, où l’on s’apprête à inaugurer la première centrale nucléaire expérimentale 100% suisse. A l’époque, l’atome incarne la technologie énergétique du futur. Toutefois, rien ne se passe comme prévu. Quelques mois plus tard, le réacteur entre en fusion, ce qui nécessite son arrêt définitif et le démantèlement de l’installation. Par chance, aucune victime n’est à déplorer et la radioactivité reste confinée dans la caverne où est enterré le réacteur.

Cette histoire, aussi lointaine qu’elle puisse paraître, refait parler d’elle depuis quelque temps. Non pas que des concentrations de radioactivité inquiétantes aient été décelées dans la région, mais parce qu’un jeune réalisateur suisse s’est amusé à la revisiter dans un court-métrage d’animation à vocation écologique.

Intitulé tout simplement Lucens, ce film fait actuellement le tour de plusieurs grands festivals à travers le monde. Après Baden, Genève, Milan ou encore Rio, voilà qu’il vient d’être primé au Festival du film de nature d’Innsbruck. Prochaine projection prévue lors du Festival international du court-métrage de Winterthour (ZH), du 3 au 8 novembre.

Sensible à l’écologie

«J’ai toujours été sensible à la question de la préservation de l’environnement», confie son réalisateur, Marcel Barelli (30 ans). Après avoir traité, dans de précédents projets, de la disparition des abeilles ou encore de celle du gypaète barbu, cet ancien étudiant de la Haute Ecole d’art et de design de Genève (HEAD) a décidé cette fois-ci de s’attaquer à la lourde problématique du nucléaire. «Mais je voulais en parler de manière originale», lance-t-il.

Enfant du Tessin, il ne connaît pas la Broye, qu’il découvre en entendant parler, par hasard, des expériences atomiques menées à Lucens dans le courant des années 1960 (lire ci-dessous). Après moult recherches, il se rend sur place et constate que l’incident n’a laissé que peu de traces. «Ça n’a clairement pas eu l’impact que ça aurait pu avoir si cela s’était passé aujourd’hui.» Il faut dire qu’à l’époque les dangers liés au nucléaire sont encore méconnus, Tchernobyl et Fukushima étant encore à venir.

Deux ans de travail

Produit par Nadasdy Film, petite société genevoise spécialisée dans les films d’animation, le jeune cinéaste se consacre pendant deux ans à la réalisation d’une sorte de documentaire mêlant images d’archives et d’animation. Et ce, tout en prenant soin de dédramatiser les événements. «Mon but n’est pas de faire peur, mais de faire rire, c’est l’un des meilleurs moyens pour inciter les gens à réfléchir», précise-t-il. Pour donner l’illusion d’un faux film d’époque, il opte pour un graphisme rappelant celui des cartoons des années 1950. L’effet est saisissant.

Du côté de la Municipalité, si l’on a eu vent du projet de Marcel Barelli, on regrette que Lucens soit toujours assimilé à sa centrale nucléaire désaffectée. «Elle fait partie du passé. On n’aime pas trop revenir là-dessus», réagit le syndic de Lucens, Etienne Berger. Avant d’ajouter: «Quoi qu’il en soit, aujourd’hui, les lieux ne représentent plus aucun danger pour la population. Les anciens locaux de la centrale font d’ailleurs office de dépôt pour les biens culturels du canton.» (24 heures)

Créé: 22.10.2015, 18h32

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Un dessin animé déterre le passé nucléaire de Lucens

Un dessin animé déterre le passé nucléaire de Lucens L'ancienne centrale atomique broyarde refait parler d'elle dans un film d'animation de 7 minutes à vocation écologique

Les lieux toujours sous contrôle

Le 21 janvier 1969, le cœur du réacteur expérimental de Lucens est entré en fusion. Les employés de la centrale réussiront de justesse à éviter la catastrophe, confinant l’incident au sous-sol. S’il ne fera aucune victime, l’événement sera toutefois, bien des années plus tard, considéré comme l’un des vingt accidents nucléaires les plus importants de l’histoire. Aujourd’hui encore, il est classé 4 sur 7 sur l’échelle internationale des événements nucléaires (INES).

Fin 2011, des mesures de l’Office fédéral de la santé publique (OFSP) ont montré un taux anormal de radioactivité dans l’eau d’écoulement du site (230 Bq/l). Mais l’OFSP s’est rapidement montré rassurant: «Cette valeur reste nettement inférieure à la valeur limite de 12'000 Bq/l fixée dans l’ordonnance sur la radioprotection», indique Daniel Dauwalder, porte-parole. Depuis, les niveaux sont redescendus.

L’OFSP maintient toutefois un rythme de surveillance mensuel du site, au moins pendant encore dix ans. Quant aux sources d’Henniez, situées à 10 km de Lucens, elles ne risquent rien, selon Nestlé Waters, propriétaire de la marque. «Il n’y a aucun lien hydrologique entre les deux sites. Nos sources se trouvent sur un autre versant», assure Cassandra Buri, chargée de communication.

Quelques dates

1961 Création de la Société nationale pour l’encouragement de la technique atomique industrielle (SNA). Sa mission: tester le premier réacteur nucléaire de Suisse. Le projet était une expérience, sans débouché commercial.

1962 Début des travaux souterrains à Lucens. Ils dureront plus de trois ans. Les coûts sont devisés à 70 millions. L’ardoise finale tutoiera les 100 millions.

1966 Premiers essais – concluants – de mise en
service.

1968 La centrale est opérationnelle, elle est connectée au réseau.

1969 L’accident. Pas de blessés, mais les environs subissent une exposition minime. La centrale est condamnée. L’enquête durera dix ans avant d’exclure une négligence humaine et conclure à une corrosion du matériel.

1971 Démantèlement de la centrale. Les déchets sont transférés et bétonnés dans des conteneurs.

1973 Fin des travaux de déblaiement. La vente de l’eau lourde permit de couvrir les frais de démontage de la centrale.

1995 La zone perd partiellement son statut de centrale nucléaire. Acquéreur des cavernes et de la colline, le canton transforme les souterrains en abri pour les biens culturels.

Septembre 2003 Bourrés de déchets radioactifs, les six conteneurs stockés sur l’ancien parking (encore propriété de la SNA) quittent la Broye. Fin de la saga.

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