Pour la directrice, l’essentiel est d’aimer les élèves

Yverdon-les-BainsLa nouvelle responsable du Centre professionnel du Nord vaudois, Oriane Cochand rêve d’une école moins institutionnalisée.

Après avoir assumé la direction du CPNV pendant six mois à titre intérimaire, Oriane Cochand a été nommée à ce poste en janvier.

Après avoir assumé la direction du CPNV pendant six mois à titre intérimaire, Oriane Cochand a été nommée à ce poste en janvier. Image: JEAN-PAUL GUINNARD

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Si, d’un simple coup de baguette magique, Oriane Cochand pouvait allonger les journées de quelques heures, la nouvelle directrice du Centre professionnel du Nord vaudois (CPNV) n’hésiterait pas une seconde. Non pas pour donner corps à son «côté rêve et étoiles», mais pour que sa vie soit un peu moins proche de la rengaine parisienne «métro-boulot-dodo». Car, depuis six mois, chaque minute compte dans la vie de cette mère de famille qui deviendra quadra en mai. «Heureusement qu’il me reste les week-ends pour passer un peu de temps avec mes filles», soupire-t-elle, sans se plaindre.

Nommée en janvier à la tête de la plus grande école de formation vaudoise, l’enseignante a dû s’acheter un agenda de ministre. Notamment pour y caler les cours de formation qu’elle doit suivre encore un an afin d’être légitimée à son poste. «Ensuite, je pourrai de nouveau avoir des relations sociales, inviter des gens», sourit-elle, ses yeux bleus tournés vers cet avenir qui paraît encore bien lointain.

En attendant, la rouquine aux longues boucles a dû renoncer à un joli projet. En mars pour les Brandons, elle aurait dû participer au come-back musical d’artistes yverdonnois avec qui elle a chanté au tournant des années 2000. Des regrets, elle en a. Sans en faire une maladie. «C’est un peu mon style… J’ai une réelle faculté à me glisser dans des situations compliquées.» Et ça ne date pas d’hier. Lors de son second passage sur les bancs universitaires, Oriane est devenue maman pour la première fois. C’était en 2009. «Quand Taïscielle est née, j’étais entre mon bachelor en sciences de l’éducation à Neuchâtel et le master, que j’ai obtenu à Genève. Je tirais mon lait dans les toilettes de l’uni, c’était vraiment un peu chaud…» Sans compter qu’en parallèle la famille accueille Calliope, fille d’un ami décédé. Pour couronner le tout, la maman étudiante participe au montage de l’expo que son compagnon d’alors, le père de ses filles, s’apprête à présenter dans un important centre culturel du Japon.

Culture et enseignement: tels sont les deux héritages familiaux qu’Oriane assume pleinement. Rosemarie, sa maman, est maîtresse de 5e et 6e années primaires. Quant à Daniel, son papa pasteur et guide de montagne, il exerce comme professeur à l’École normale (dont Oriane fréquentera la dernière volée avant sa fermeture). La voie semble toute tracée. «J’ai ressenti un véritable coup de cœur lors de mon premier remplacement.» Elle exercera cinq ans avant de quitter le navire, déçue du manque de pédagogie de l’école vaudoise. «J’avais l’impression de faire partie d’une école administrative. J’ai eu besoin d’air et de retrouver un peu de stimulation intellectuelle.» Elle retrouve donc les bancs académiques presque dix ans plus tard, alors que la musique a pris une place importante dans sa vie.

À l’aise dans le jazz ou la salsa

Avec des amis, celle qui se rêvait danseuse se découvre à la fin des années 1990 un joli brin de voix. Dans des registres aussi différents que le jazz ou la salsa, la jeune femme chante avec des formations, comme elle le faisait enfant, en famille au coin du feu. «Tous les soirs mon père prenait sa guitare ou se mettait au piano. Avec ma mère, ma sœur et mes frères, on entonnait tout plein de chansons françaises. Du Brel et du Bécaud, surtout.» Quand elle parle de ses parents, on sent l’admiration, la reconnaissance. Et pourtant. «Ils nous donnaient beaucoup, mais étaient peu démonstratifs. Pour moi qui le suis beaucoup, c’était déstabilisant.» Du coup, la relation qu’elle entretient avec eux à l’adolescence n’est pas idéale. «À 17 ans, je n’étais plus beaucoup à la maison, que j’ai quittée deux ans plus tard. Sans doute aussi parce que ma maman voulait qu’on soit débrouille, qu’on soit autonome et responsable.»

Les choses évolueront au début de la vingtaine. La famille est aujourd’hui très soudée. Et la nouvelle génération – ses deux filles ont cinq cousins – semble bien partie pour perpétuer la tradition. Oriane reproduit d’ailleurs avec elles les soirées de son enfance. «C’est un peu moins souvent le cas maintenant, à cause du boulot, mais à chaque fois qu’on peut on chante et on danse.»

Vie de famille et vie professionnelle sont évidemment deux mondes différents. Reste qu’imaginer la scène en se rappelant qu’Oriane Cochand dirige – et sans baguette – une équipe de 300 profs peut sembler étrange. Mais la directrice a eu le temps de faire ses preuves pendant quatre semestres en tant qu’adjointe. Son style peut toutefois surprendre. «Des fois, on me dit que je suis une allumée», sourit-elle. Il faut dire que, lors de son premier conseil de direction, la jeune femme avait pour le moins déstabilisé ses collègues. «J’avais dit aux profs que l’important était qu’ils aiment leurs élèves. En soulignant que, pour moi, il est impossible de créer de bonnes conditions d’apprentissage si ce n’est pas le cas. Il aurait fallu filmer la tête de certains», rigole-t-elle. Un épisode qui la caractérise à la perfection selon Michel Tatti, qu’elle a remplacé au CPNV. «Oriane est quelqu’un qui bouscule les cadres, dans les deux sens du terme. Mais elle n’oublie ni de soutenir ceux qu’elle a bousculés, ni de les accompagner dans les changements qu’elle demande.»

Ses collaborateurs apprécient son accessibilité, le fait qu’elle confie des responsabilités valorisant leurs compétences. Pas étonnant au final qu’elle ait été portée à la direction par les enseignants, quand son prédécesseur a annoncé son départ au Département de la formation et de la jeunesse. «Ils voient aussi que je vais jusqu’au bout de mes idées.» Ce qui signifie que, quand Oriane dit vouloir retrouver une vraie vie sociale et active d’ici à un an, elle s’y tiendra. Et ce ne sont pas ses filles ni Olivier, l’homme qui partage aujourd’hui sa vie, qui s’en plaindront.

(24 heures)

Créé: 09.02.2018, 14h06

Bio

1978 Oriane voit le jour le 16 mai à Lausanne, aînée d’une famille de quatre enfants.
1988 D’un seul coup, la famille s’agrandit de deux personnes avec l’arrivée d’un cousin et d’une cousine dont la maman vient de décéder.
1996 Oriane séjourne six mois à New York. «Parce que je voulais faire de la comédie musicale.» Elle prend des cours à l’école STEP.
1997 Le jazzman yverdonnois Colin Vallon l’incite à chanter du jazz.
2000 Elle passe à la salsa, avec le groupe yverdonnois Palatimba.
2002 Premiers pas dans l’enseignement à Sainte-Croix.
2009 Naissance de la première de ses deux filles, Taïscielle, entre son bachelor à Neuchâtel et son master à Genève, en sciences de l’éducation. 2011 Maïwen vient compléter la famille.
2016 Devient directrice adjointe du Centre professionnel du Nord vaudois (CPNV).
2018 Est nommée le 1er janvier à la direction de cette même école.

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