Le duel sur la place d’Armes laisse la gauche yverdonnoise divisée

PolitiqueLe oui socialiste au projet de parking souterrain crispe au sein du camp rose-vert. Une crise aux effets durables.

La place d'Armes, c'est le coeur d'Yverdon. La Ville veut la transformer en enterrant 1000 places de parc sous un futur parc végétal. Une révolution urbaine, dont seule la partie parking souterrain est validée pour l'heure par des élus, divisés.

La place d'Armes, c'est le coeur d'Yverdon. La Ville veut la transformer en enterrant 1000 places de parc sous un futur parc végétal. Une révolution urbaine, dont seule la partie parking souterrain est validée pour l'heure par des élus, divisés. Image: Olivier Allenspach/A

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Parole d’élus yverdonnois, il faut remonter à longtemps pour retrouver pareille brouille au sein du camp rose-vert. Autrefois alliées comme pas deux, les formations socialiste et écologiste (respectivement 30 et 15 élus sur 100 au Conseil), qui font figure de forces d’opposition à la majorité bourgeoise en place, en sont désormais à s’éviter dans la rue, bouder les réunions communes et s’échanger des noms d’oiseaux en coulisses. Loin d’être une chamaillerie d’écolier, le malaise est réel. Il est encore bel et bien présent deux semaines après le vote du projet de parking souterrain de la place d’Armes, qui a déclenché la crise.

Comment ces deux groupes, qui gouvernaient la Ville de concert avant les élections de 2016, en sont-ils arrivés là? Les Verts n’avalent pas la «trahison» de leurs alliés, qui ont profité de négociations entre municipaux pour signer un deal interparti «voitures contre crèches». Les socialistes ont ainsi accepté le projet qu’ils avaient jusque-là sévèrement critiqué en échange d’investissements massifs dans les UAPE dans le budget yverdonnois. «Une avancée sociale majeure» et «une stature de parti gouvernemental capable de compromis», se justifie le parti à la rose, pendant que Les Verts s’étranglent.

Le souvenir de Blur

«Des tensions, il y en a déjà eu sur des objets d’importance, quand il a fallu quitter les positions partisanes et prendre des positions plus personnelles et pragmatiques», réagit le chef de groupe socialiste, Gildo Dall’Aglio, qui cite le cas du projet du réaménagement du nuage d’Expo.02 en maison de l’espace. «On reste d’accord avec Les Verts sur 80% des cas, et je respecte leurs positions. Mais un dossier par législature, il faut savoir avancer.» Surtout, allez vous opposer à un parking souterrain et surtout à son revêtement végétal en plein centre, attendu par tous les Yverdonnois ou presque. «Ce sujet est l’occasion de revenir aux questions essentielles. Qu’est-ce qu’on veut de cette alliance et sous quelles formes, enchaîne la socialiste Natacha Ribeaud Eddahbi. Il va falloir remettre les choses sur la table et débriefer.» En face, on va dans le même sens. «On peut espérer une nouvelle dynamique et construire une nouvelle alliance d’opposition, abonde le Vert Benoist Guillard. La question est de savoir comment saisir ce défi.»

En réalité, la grogne (qui n’a pas été officiellement traitée par les sections cantonales) des Verts a d’autres motifs. Les membres ont été avertis tardivement des négociations interpartis, à la suite d’un couac de communication interne semble-t-il. Les écologistes, très revendicatifs sur cet accord, ont de même été surpris que les socialistes ne suivent pas leurs propres commissaires, tous deux opposés au parking souterrain. Surtout, la gauche a perdu, à en croire les stratèges du parti au tournesol, l’occasion en or de s’opposer en bloc au projet phare de la législature et de se positionner en vue d’une reprise de la majorité.

«Reconstruire l’alliance»

«Il y aura d’autres occasions», relativise un socialiste, sous couvert d’anonymat. Sujet sensible oblige, les déclarations sont au diapason chez les camarades. «Par contre il va effectivement falloir reconstruire l’alliance, poursuit l’édile. Les Verts ont peu apprécié une opposition sur un sujet qui leur est cher: la mobilité motorisée. Mais la raison va l’emporter en vue des élections de 2021.»

Dans les rangs socialistes, l’heure est encore à la thérapie de groupe. Fortement divisés sur la position à adopter vis-à-vis du parking (on a relevé plusieurs non et abstentions lors des votes, après de longs débats internes), les élus confient débriefer entre eux et mettre de l’arnica sur les bosses: «Chez nous, ça passera. Par contre Les Verts vont nous le faire payer.»

Des chicanes, des abstentions sur des sujets mineurs? Les écologistes nient vertement. «On n’a jamais fait de la politique comme ça, répond la conseillère Fanny Spichiger. Par contre c’est vrai qu’il va y avoir des séquelles. Il faudra retrouver des façons de travailler ensemble, et ça va prendre du temps. Il va falloir trouver les interlocuteurs, les méthodes, et définir un programme commun. Des questions qu’on ne s’était peut-être pas assez posées avant.»

Créé: 22.03.2019, 07h08

«C’est l’occasion de revenir aux questions essentielles»

Natacha Ribeaud Eddahbi, conseillère communale PS

«Il faudra retrouver des façons de travailler ensemble»

Fanny Spichiger, conseillère communale Les Verts

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