Encore un 1er Août explosif à Yverdon

SécuritéA chaque fête nationale, le quartier de La Villette est secoué par des jeunes «qui veulent en découdre». Reportage.

Situation tendue dans le quartier de La Villette. Des jeunes venus même de Paris provoquent les forces de l’ordre avec des articles de feux d’artifice interdits.

Situation tendue dans le quartier de La Villette. Des jeunes venus même de Paris provoquent les forces de l’ordre avec des articles de feux d’artifice interdits. Image: Marius Affolter

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Les festivités du 1er Août avaient bien commencé à Yverdon. Jeudi, peu avant midi, la foule a pu assister, notamment, aux interventions du conseiller fédéral Alain Berset et de l’écoexplorateur Raphaël Domjan. Puis, dès midi et jusqu’à tard dans la soirée, «plus de 10 000 personnes sont venues célébrer la fête nationale au bord du lac», relate la Ville dans un communiqué. Cependant, à quelques centaines de mètres de là, dans le quartier de la Villette, proche du centre-ville, l’ambiance n’était pas à la fête.

Connue pour les débordements qui s’y répètent année après année lors de la fête nationale, la zone résidentielle composée de locatifs, d’ordinaire tranquille, a vécu une nouvelle nuit mouvementée, comme c’est la coutume depuis maintenant environ vingt ans. Immersion dans une nuit qui attire des jeunes de toute la Suisse romande, et même de France.

Les hostilités débutent tôt

À 21 h, la Villette n’est déjà plus le même quartier que durant les 364 autres jours de l’année. Une soixantaine de jeunes, âgés de 13 à 25 ans, s’affrontent à coups de pétards, fusées et autres engins explosifs en tout genre. Certains sont faits artisanalement, à l’instar des dizaines de mortiers au tube de carton jonchant le bitume. «On n’en peut plus, hurle une retraitée qui a quitté son appartement pour rejoindre la rue. Pourquoi la police les protège (ndlr: elle pointe du doigt un groupe de jeunes au loin)? Mon mari leur a fait une remarque et ils ont riposté en lui lançant un pétard dessus. Il est tombé par terre. La police devrait foncer dans le tas!»

Depuis deux heures maintenant, les voisins supportent d’impressionnantes détonations en séries. «On se fait la guerre, explique un garçon tout juste âgé de 16 ans. C’est comme ça ici. On s’allume dans tout le quartier.» Les vidéos de ces affrontements sont publiées en direct sur le réseau social Snapchat, via un compte intitulé «La Purge». Une référence à un film américain dans lequel, une fois par an, tous les crimes sont permis. «Ici, c’est chez nous, poursuit-il en gesticulant des bras. Et on le montre.»

Des jeunes de Fribourg, de Bienne, de Morges, de Renens et de Paris ont fait le déplacement. «On vient pour l’événement, rigole un jeune Français domicilié dans la capitale. On a tous de la famille ici ou entendu parler de cette soirée. Maintenant, on attend les flics pour que la fête commence vraiment.» Pour «faire venir» les forces de l’ordre, un petit groupe boute le feu à un container à poubelles. La réaction ne se fait pas attendre. Quelques minutes plus tard, vers 22 h 40, plusieurs véhicules déboulent dans le quartier, sirènes hurlantes. Les forces de l’ordre surprennent les fauteurs de troubles par leur nombre. Ces derniers sont rapidement coincés contre le mur du seul commerce de la Villette. Loin de se calmer, les jeunes invectivent alors le cordon policier les entourant, dans un face-à-face qui va durer plus de 30 minutes.

«On a tous de la famille ici ou entendu parler de cette soirée. Maintenant, on attend les flics pour que la fête commence vraiment»

«Tu vas faire quoi boloss? ose un jeune, à l’intention d’un agent de sécurité privé venu en renfort. Viens me chercher!» Certains lancent des mèches allumées en direction des policiers et s’amusent de les voir reculer à tire-d’aile: «Allez, danse! Danse!» Les minutes passent et les provocations s’intensifient. De leur côté, les forces de l’ordre ne bougent toujours pas. «Nous devons trouver la bonne mesure, confie le capitaine Raphaël Cavin, chef de la Division opérationnelle de Police Nord vaudois, venu nous rejoindre à quelques pas de là. Nous devons assurer la protection des personnes, des biens et la tranquillité du voisinage sans jeter de l’huile sur le feu.»

«On se croirait en Syrie»

D’un coup, une consigne résonne dans les radios des forces de l’ordre: «Resserrez le dispositif, serrez-les contre le mur.» Alors que les agents s’approchent de la vingtaine de crieurs restants, un individu au visage masqué par sa capuche jette cette fois un «vrai» engin pyrotechnique au milieu de l’attroupement. Quelques jeunes profitent de la cohue pour échapper à la police. D’autres, les meneurs, sont immédiatement interpellés et tenus à l’écart, manu militari.

Un habitant, vêtu uniquement de son pyjama, assiste à la scène, impuissant: «Je réside dans le quartier depuis cinquante ans et je n’ai jamais vu ça. Cette année, les explosions sont d’une telle intensité qu’on se croirait en Syrie. On a tous peur. Pour nous et pour nos biens. Ces jeunes ne font pas la fête; ils provoquent et veulent se battre.» Raphaël Cavin, qui n’avait pas hésité à parler de scènes de «quasi-guérilla urbaine» l’année dernière, tempère: «C’est globalement calme. Je sais bien que le voisinage ne le vit pas ainsi et que c’est difficile pour eux, mais les débordements sont très vite maîtrisés.» Il ajoute: «Nous resterons sur place aussi longtemps que nécessaire pour éviter que les pétarades recommencent au petit matin.»

15 personnes interpellées

Le lendemain, à l’heure du bilan, la police indique être restée dans le quartier jusqu’aux environs de 4 h du matin. Au total, elle a procédé à l’interpellation de 15 personnes. Près de 400 engins pyrotechniques divers ont été saisis et deux containers ont été incendiés. D’autres ont été préventivement inondés par les pompiers pour empêcher quiconque de les enflammer.

Nul doute que la question du 1er Août dans le quartier de la Villette sera débattue par le Conseil communal de la cité thermale à la rentrée, comme c’est devenu l’habitude depuis quelques années.


Fêtards «attaqués» au parc des Rives

«Le 1er Août a à peine commencé que la racaille a déjà commencé à tenter de le gâcher. Une bande de parasites a attaqué la Garden Part-Y cette nuit en tirant des feux d’artifice sur la foule, puis en cognant sur des gens (un nez cassé), puis en fuyant comme des lâches. Si vous avez des informations sur ces raclures de fond de chiotte, merci de faire suivre.» Ces mots du président de la section yverdonnoise de l’UDC ont fait polémique sur le groupe Facebook «T’es d’Yverdon si…», dans la nuit du 31 juillet au 1er août. Contacté, l’auteur précise ses informations. «C’était la dernière soirée gratuite electro organisée au parc des Rives, explique Ruben Ramchurn. Tout se passait bien jusqu’à ce qu’un groupe de racailles décide d’agresser des gens au hasard.» L’élu n’était pas présent au moment des faits. Il assure néanmoins que ses informations sont bonnes. «J’étais parti pour ramener mon fils à la maison. On m’a téléphoné pour m’alerter et j’y suis retourné.»

L’organisateur de la soirée, qui réunissait entre 250 et 300 personnes, confirme. «Cela s’est produit vers 1 h du matin, confie Boris Fischbach. Un petit groupe de jeunes tirait des pétards autour de la foule avant de commencer à viser des gens.» Selon l’organisateur, plusieurs personnes sont alors allées à la rencontre des fauteurs de troubles pour essayer de les raisonner. «Cela n’a servi à rien, regrette Boris Fischbach. Pire, ils ont menacé de venir taper toutes les personnes qu’ils croisaient sur leur chemin.»

Les médiateurs improvisés se sont alors ravisés et ont rejoint le dancefloor éphémère. «Une autre personne s’est ensuite dirigée vers le groupe pour calmer les jeunes. Ces derniers l’ont tabassée, provoquant ainsi une sorte de baston générale.» L’organisateur raconte en substance qu’une dizaine de personnes se sont précipitées à son secours. «Des tables et des bancs ont été utilisés dans la bagarre», précise-t-il.

De son côté, la Police Nord Vaudois confirme avoir pris en charge un individu blessé au nez et à un genou. «Cette personne a été amenée à l’hôpital, explique le capitaine Raphaël Cavin. Il n’y a cependant eu aucune interpellation dans ce cadre-là.» Boris Fischbach, lui, se veut rassurant: «La fête n’a pas été gâchée et cela a rappelé des souvenirs d’Expo.02. Nous voulons retenter l’expérience. Mais peut-être pas autour du 1er Août.»

Créé: 02.08.2019, 16h49

«Le bilan policier est positif»

«Tout était terminé à minuit, assure Jean-Daniel Carrard, le syndic d’Yverdon. Les services de la Ville travaillent depuis plusieurs années, notamment avec Caritas, pour créer du lien avec les habitants. Ces efforts fonctionnent.» Questionné sur les événements survenus lors de la soirée du 1er Août à La Villette, l’édile joue cartes sur table. «Cette nuit-là, ces jeunes viennent pour en découdre. C’est un phénomène inquiétant. Heureusement, il n’y a ni blessé ni dégâts sérieux. On ne peut que remercier la police pour son excellent travail.»

Comment expliquer que des personnes de toute la Suisse romande et même de France viennent à Yverdon pour défier les forces de l’ordre? «On peut spéculer et imaginer différentes hypothèses, renchérit Jean-Daniel Carrard. En grandissant, certains enfants difficiles du quartier ont déménagé et quitté la ville. Il n’est pas impossible qu’ils reviennent chaque année. Il y a aussi les réseaux sociaux. Les jeunes peuvent les utiliser pour aller marcher pour le climat, mais aussi pour des choses plus négatives, comme c’est le cas à La Villette.»

Concernant les inquiétudes des riverains qui estiment que les autorités devraient serrer la vis, le syndic affirme que cela a déjà été fait. «Cette année, la police nous a montré un dispositif extrêmement costaud, confie Jean-Daniel Carrard. Il y avait plusieurs dizaines d’employés mobilisés.» En outre, le Service de la jeunesse et de la cohésion sociale a œuvré en journée conjointement à la police de proximité. Est-ce toutefois suffisant, vu l’ampleur des événements? «Nous sommes conscients de ce qui se passe à La Villette et des engins qui y sont utilisés, parfois au risque d’y laisser une main. La situation est toujours réévaluée. Mais le bilan de la police est positif et les nuisances n’ont pas duré.»

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