L’ex président des Brandons accusé d’avoir piqué dans la caisse

Yverdon-les-BainsLe bénévole aurait dérobé 12'000 francs à l’association. Il nie tout en bloc.

La prochaine édition du grand raout aura lieu du 6 au 8 mars.

La prochaine édition du grand raout aura lieu du 6 au 8 mars. Image: Oliver Allenspach/Photo d'archive

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L’épilogue de l’affaire qui a mené l’ancien comité des Brandons d’Yverdon au bord de la banqueroute n’est pas pour demain. Selon nos informations, une plainte pour vol a été déposée contre l’ancien président de la manifestation. Ce dernier avait quitté le navire fin 2018, peu de temps avant que la Municipalité annonce que l’édition 2019 de la fête n’aurait pas lieu, en raison des «importants déficits de ces dernières années».

Pour connaître les causes de ses déboires financiers, le comité des Brandons d’alors avait demandé à la Ville de financer un audit externe, ce qui a été fait. Malgré notre demande, le Service de la culture a refusé de nous transmettre le document, arguant dans un courriel que, «dans la mesure où l’audit a été commandé par l’association et qu’il concerne son fonctionnement, c’est à elle qu’il revient d’en communiquer ou non les résultats».

Tourner la page

Les nouveaux organisateurs bénévoles, qui indiquent en substance ne pas en vouloir à l’ancien comité, ne souhaitent pas non plus faire publiquement la lumière sur cette affaire. «Une procédure est en cours et nous sommes très attachés au fait que la justice puisse faire son travail sereinement», insiste Sébastien Gonin, président de l’association, qui veut tourner la page au plus vite pour pouvoir se concentrer «sur l’avenir» du grand raout, dont la prochaine édition aura lieu du 6 au 8 mars. «Nous ne ferons aucun commentaire sur l’enquête qui a débuté», précise-t-il encore, non sans assurer que le fonctionnement de son équipe «n’a pas grand-chose à voir avec celui de la précédente».

Toujours selon nos sources et certains documents que «24 heures» a pu consulter, les conclusions de l’audit pointent du doigt l’absence de pièces comptables pour justifier bon nombre de dépenses et de retraits effectués à des bancomats par des personnes en possession de la carte bancaire des Brandons. «Son code était connu de plusieurs membres et elle circulait de main en main sans qu’il y ait véritablement de contrôle, explique un proche du précédent comité. L’association fonctionnait comme une bande de potes: tout le monde se faisait confiance. Jusqu’à ce que les problèmes d’argent surviennent.»

Retraits à l’étranger

Ce qui pousse aujourd’hui plusieurs personnes à accuser l’ancien président de vol, c’est que des retraits ont été faits dans des pays étrangers, à des dates où il s’y trouvait. «Il y a de tout dans les prélèvements injustifiés qu’il a commis, comme des tournées en boîte de nuit, confie une source bien informée. Face à ces faits, et lorsque la Ville a essayé de mettre son nez dans le bordel administratif de l’association, il a assuré qu’il rembourserait la somme due mais qu’il fallait se méfier des autorités qui voulaient dénaturer la manifestation en faisant passer à la trappe son côté populaire et irrévérencieux. Son charisme a incité la majorité travailleuse et honnête à le suivre. Même s’il a creusé un trou d’au moins 12'000 francs sur un budget total d’environ 140'000 francs.»

Après son départ de l’organisation de la fête chère aux Yverdonnois, l’ancien président, présumé innocent, est parti sans laisser d’adresse, a changé de numéro de téléphone et supprimé son profil Facebook. «Je n’ai pas cherché à disparaître, tonne-t-il au téléphone, jeudi matin. Quand j’ai reçu une poursuite d’environ 12'000 francs, je suis tombé sur le cul. J’admets deux retraits: un à l’aéroport d’Oslo en raison de problèmes avec ma carte personnelle et un en Aquitaine. Mais je ne les ai jamais cachés et j’avais demandé l’autorisation de les faire.»

«Aucune preuve»

Celui qui clame son innocence prétend même avoir voulu rembourser la somme qu’il devait, «qui est bien inférieure à 12'000 francs», mais n’avoir jamais reçu le détail de sa dette. «Je refuse de payer pour des choses que je n’ai pas commises. Rien ne prouve que j’ai effectué les autres retraits. J’ai confiance en la justice et je me rendrai sereinement à une audition agendée ces prochains jours.» Il tacle au passage le Service de la culture: «Il veut faire des Brandons une fête pour bobo-gauchistes. S’il oublie le côté populaire de la manifestation et programme un violoniste unijambiste polonais comme activité du vendredi soir, c’est son problème.»

Fête «boboïsée»?

Le grand raout risque-t-il vraiment de se «boboïser» à cause des autorités? «Je serais curieuse de savoir ce que veut dire «boboïser», car c’est un fourre-tout un peu facile, rétorque Carmen Tanner, municipale verte chargée du dicastère. Et je serais aussi intéressée de savoir sur quoi se fondent les personnes qui émettent cette critique. Bref, il me semble de prime abord que cette crainte se fonde sur peu de choses. Ce qui est sûr, c’est l’actuelle position de mon service sur ce dossier, qui est la même qu’hier. Elle vise à renforcer l’ancrage de la manifestation auprès des Yverdonnois, à faire perdurer la tradition et à faire en sorte qu’elle soit viable financièrement. Ni plus ni moins. Je tiens à rappeler aussi que la liberté de programmation est laissée aux associations, dans toutes nos collaborations.»

Reste encore la question financière. Sous la présidence du Nord-Vaudois aujourd’hui accusé de vol, l’association a touché 40'000 francs de subvention en 2017 et en 2018. Sur quoi se basaient donc les autorités pour octroyer leur soutien si l’organisation ne disposait pas de comptabilité digne de ce nom?


Lire aussi: Brandons et satire, un droit menacé?


La Ville, explique en substance l’édile, a empoigné le dossier des Brandons en 2016. La manifestation traversait déjà des problèmes de trésorerie. «Dès 2017, la Ville a accompagné l’assainissement financier des Brandons en partenariat avec les partenaires privés, détaille Carmen Tanner. L’édition 2017 a obtenu un résultat presque à l’équilibre. Or, après l’édition 2018, un déficit plus important a resurgi. Le Service a recommandé à l’association les mesures suivantes: la démission du président, un audit financier et la suspension de l’édition 2019.»

Par ailleurs, la municipale explique que la Ville n’a pas déposé de plainte, car ce serait à l’association d’entamer ou non des démarches.

Créé: 06.02.2020, 21h28

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