Une famille harcelée par des rappeurs yverdonnois

Yverdon-les-BainsUn élu UDC a demandé si la police pouvait assurer la protection rapprochée d’une mère et de ses filles.

Des armes à feu – peut-être factices – sont souvent exhibées dans les clips de gangsta rap réalisés à Yverdon et aux alentours.

Des armes à feu – peut-être factices – sont souvent exhibées dans les clips de gangsta rap réalisés à Yverdon et aux alentours. Image: DR

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«Est-il du ressort de la Police Nord vaudois de mettre en place une protection rapprochée pour qu’une famille puisse vivre tranquillement dans son quartier et non dans la peur?» Jeudi soir au Conseil communal, l’UDC Ruben Ramchurn a interpellé la Municipalité, fondant ses propos sur une sordide histoire passée en début d’année devant le Tribunal correctionnel de la Broye et du Nord vaudois.

«Alors que la situation s’était globalement améliorée au niveau sécuritaire dans la ville, des nuages gris s’amoncellent à nouveau», affirme le conseiller communal. Parmi les «actes de gravités différentes», il pointe particulièrement du doigt les agissements d’une bande de jeunes Yverdonnois qui a tourné des clips de gangsta rap tout au long de l’année dernière. «Ça aurait pu en rester là, sauf que deux d’entre eux ont été condamnés pour le viol (sic) d’une fille de 15 ans.» Et d’expliquer en substance que depuis le jugement, la famille de la jeune victime subit des menaces, y compris sa jeune sœur de 14 ans.

Peur de représailles

L’élu appuie ses dires sur le compte rendu du procès, paru chez nos confrères de «La Région», les 15 et 16 janvier. On y lit que les deux jeunes gens ont été reconnus coupables d’acte d’ordre sexuel avec un enfant et d’acte d’ordre sexuel sur une personne incapable de discernement ou de résistance (l’adolescente avait fumé un joint «plus ou moins contre son gré»).

De fait, ils ont été condamnés respectivement à 19 mois de prison avec sursis pendant quatre ans pour le premier et 23 mois ferme pour le second. Une peine assortie d’une expulsion du territoire suisse d’une durée de 8 ans pour ces deux jeunes d’origine congolaise. À noter que la justice s’était emparée de l’affaire après avoir été mise au courant par la direction de l'établissement où la victime était scolarisée, cette dernière n’ayant pas voulu déposer une plainte, par peur de représailles.

Jugement raciste dénoncé

Pour la famille, l’affaire ne s’est pas arrêtée à la porte du tribunal, où de nombreux amis des accusés n’ont pas hésité à dénoncer un jugement raciste. «Nous ne le sommes pas. S’ils ont été condamnés, c’est pour leurs actes, pas parce qu’ils sont noirs», a confié quelques jours plus tard la mère de famille à nos confrères de «La Région». Dans cet article, le quotidien affirme que les choses ont empiré depuis l’issue du procès, alors que l’adolescente était déjà harcelée dans son quartier après que l’affaire avait éclaté au grand jour. «Ma fille a préféré changer d’école, par peur et par lassitude. La police est au courant et a vu les menaces.»

La mère ne le cache pas: elle a peur. «La nuit, parfois, des gens viennent passer du rap à haut volume sous nos fenêtres. Je suis sûr que ce sont les amis du principal condamné qui cherchent à nous impressionner et ils y arrivent. On l’a vu jouer les gros bras dans un clip qu’il a publié sur YouTube. Il parade avec une arme à feu.»

C’est ce clip, ou plutôt cette série de clips, auquel Ruben Ramchurn a fait référence, s’inquiétant qui plus est des nombreuses armes –factices ou non, difficile de le dire sur la base des images– qui y sont exhibées fièrement par les membres d’un groupe qui s’est baptisé Salvatrucha Gvng Gotharien. Le nom n’a pas de quoi rassurer. Il se réfère sans doute à la Mara Salvatrucha, ancien gang de Los Angeles –d’abord créé pour protéger les immigrés salvadoriens qui s’est transformé en organisation criminelle présente dans les trois Amériques et en Espagne.

«Relativement inquiétant»

Quoi qu’il en soit, ces petits films musicaux ont été tournés dans différents quartiers d’Yverdon, mais aussi à l’extérieur de la cité. «Leurs auteurs ont-ils demandé aux autorités des autorisations pour les tourner?» s’est également enquis le conseiller communal UDC. Reconnaissant qu’ils ont quelque chose de «relativement inquiétant», le syndic Jean-Daniel Carrard a répondu par la négative, ajoutant qu’ils avaient «été tournés à Vugelles» (sic). Mais de reprendre: «Ce phénomène est largement connu des services de police. C’est entre les mains de la police cantonale, en collaboration avec la Police Nord vaudois.»

Le syndic a par ailleurs affirmé que les forces de l’ordre municipales n’avaient pas les moyens d’assurer la protection rapprochée de la famille. «Par contre, nous incitons cette dernière à saisir la justice.»

Créé: 07.02.2020, 19h34

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