Plus farouche que l’alpine, la marmotte du Jura se multiplie

VaudC’est bien à l’homme que l’on doit la présence de ce mammifère dans une région comprise entre le Chasseral, dans le Jura bernois, et le sommet du Noirmont.

Thaïs Cornaz, guide de montagne, nous explique comment se rapprocher au mieux des rongeurs sans les faire fuir.
Vidéo: ANETKA MÜHLEMANN

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Animal alpin par définition, la marmotte prolifère en Suisse. Dans le canton de Vaud, certaines d’entre elles sont même considérées comme des stars: la colonie des Rochers-de-Naye, au-dessus de Montreux, aimante l’objectif des touristes photographes et éclipse même tous les autres lieux d’observation. Au point de focaliser l’immense majorité des réponses quand on demande où il est possible d’observer ce sympathique rongeur. Dès lors, affirmer qu’il est possible d’en voir s’égayer dans des pâturages jurassiens suscite souvent une réaction d’incrédulité. Pourtant, Marmota marmota, son nom scientifique, semble désormais se plaire dans l’autre chaîne montagneuse du pays: depuis quelques années, les terriers s’y sont multipliés (lire encadré).

Du Chasseral au sommet du Noirmont
Tordons tout de suite le cou aux secrets espoirs d’une migration naturelle à travers le Plateau, c’est bien à l’homme que l’on doit la présence de ce «petit» mammifère (certains individus accusent tout de même 7 kilos sur la balance) dans une région comprise grosso modo entre le Chasseral, dans le Jura bernois, et le sommet du Noirmont, situé dans le canton de Vaud. Une réintroduction plutôt qu’une introduction, puisque cet animal, qui hiberne six mois par an, occupait tout le territoire avant la dernière glaciation.

Leur comportement pourrait laisser penser, à tort, qu’il s’agit de deux espèces différentes. Dans les Alpes, il n’est pas rare de les voir approcher les pique-niqueurs dans l’espoir de leur barboter quelques subsistances. Dans le Jura, elles sont nettement plus farouches et ne se laissent pas facilement approcher à moins de 20 mètres, comme on en a fait l’expérience, jeudi après-midi, derrière le Chasseron, au milieu de la pente verdoyant des Roches Éboulées.

Alors qu’elles avaient disparu du massif du Jura après la dernière période glaciaire, les marmottes sont de retour. Photo: DOMINIC FAVRE

Reste que les marmottes sont là et plutôt bien là. «L’autre jour, j’ai découvert des trous (ndlr: comprendre des entrées de terrier) du côté de La Merla. L’année dernière, il n’y en avait pas», témoigne un randonneur, habitué des lieux. Les marmottes jurassiennes se portent visiblement bien, conquérant de nouveaux territoires, même si les données manquent pour s’en assurer scientifiquement. «Elle ne figure pas sur la liste rouge des animaux menacés, nous n’avons donc pas de réel suivi pour cette espèce qui n’est pas chassable chez nous, contrairement à la législation en vigueur en Valais et dans les Grisons, notamment», souligne Denis Rychner, porte-parole de la Direction générale de l’environnement du canton de Vaud. Surveillant de la faune de la région Nyon-La Côte, Dominique Morel souligne de son côté que la découverte de nouveaux terriers n’implique pas forcément une expansion de l’espèce, mais peut-être tout simplement un déplacement.

«Je suis quasi certaine d’en voir à chaque fois»

Guides et promeneurs assurent au contraire qu’ils en croisent plus souvent qu’avant et dans plus d’endroits. Pour leur plus grand plaisir. Accompagnatrice en montagne, Thaïs Cornaz leur consacre même depuis quelques années une balade spécifique, à la demande de l’Office du tourisme régional. Son excursion (la prochaine aura lieu le 11 août) part derrière Sainte-Croix, entre le chalet du Sollier et le site des Pierres Éboulées, puis contourne le Chasseron. «Je suis quasi certaine d’en voir à chaque fois.» Jeudi, à ses côtés, il n’a fallu que quelques minutes pour que l’une d’elles se présente dans son attitude caractéristique, dressée sur ses pattes arrière, à un endroit où on ne l’attendait pas forcément.

Plus la température grimpe, moins les marmottes sont nombreuses à quitter leur terrier. Photo: DOMINIC FAVRE

Mais plus loin, là où une colonie est confortablement installée, il a fallu faire preuve de patience pour apercevoir la petite boule de poils bruns se dorer au sommet d’un de ces énormes blocs de calcaire posés au milieu d’un pâturage aussi verdoyant que pentu. «On est un peu tard et il fait vraiment chaud aujourd’hui», concède la guide. Sous le rocher, comme dans toute cette pente herbeuse, le nombre de trous atteste de la vitalité des bestioles qui, en l’occurrence, préféraient ronfler au frais plutôt que de batifoler et lancer leur sifflement strident d’alerte vers l’azur.

Au final, la timidité de la marmotte a rendu la rencontre de jeudi plus belle encore. Un peu comme si ce rongeur – le deuxième plus gros d’Europe après le castor – n’avait pas voulu trop se dévoiler, histoire de susciter chez le randonneur le sentiment d’avoir vécu un moment privilégié et l’envie de revenir pour y goûter à nouveau. (24 heures)

Créé: 30.07.2018, 15h30

De grands secteurs restent à coloniser

Le retour orchestré par l’homme de la marmotte dans le Jura n’était pas gagné d’avance. Il a d’ailleurs mis long à se concrétiser. Les premiers lâchers timides d’individus valaisans au début du XXe siècle dans le canton de Vaud sont même généralement oubliés quand on évoque la question avec les surveillants de la faune d’aujourd’hui. Un article de la «Feuille d’avis de la vallée de Joux» d’avril 1959 mentionne même que «le Jura n’est pas favorable à l’acclimatation de la marmotte». Le temps lui donnera tort.

Car au tournant des années 1960 et 1970, de nombreuses marmottes sont transférées des Alpes sur la quasi-totalité de l’arc jurassien vaudois et neuchâtelois, jusqu’au Chasseral bernois où on les rencontre encore aujourd’hui. Le rongeur n’en a pas pour autant proliféré. En 2000, il ne restait que 65 individus au nord du pays. Dix ans plus tard, ils étaient toutefois une quarantaine, rien que dans les cinq colonies découvertes aux Dénériaz, à la limite des cantons de Vaud et de Neuchâtel. On retrouve ce site sur la carte récemment publiée par la Société suisse de biologie de la faune (SSBF).



Pour voir en grand la carte indiquant la répartition de la marmotte en Suisse, cliquez ici.

On y découvre que la marmotte est présente, d’ouest en est, au Noirmont, au Crêt de la Neuve, au Marchairuz, au Mont-Tendre, au Mollendruz, à la Croix de Châtel, dans le massif du Chasseron, à la Poëtta-Raisse, au Creux-du-Van et au Chasseral. De grands secteurs n’ont pas encore été colonisés par ce rongeur fouisseur et diurne. C’est par exemple le cas du Suchet ou de La Dôle. Dans ce dernier lieu, cinq ou six marmottes ont pourtant été relâchées il y a quelques années. «Elles ont disparu, on ne sait pas où elles sont passées», regrette Dominique Morel, surveillant de la faune de cette région.

Certaines lacunes pourraient toutefois bientôt être comblées par des observations de promeneurs. Via le site nosvoisinssauvages.ch, la SSBF en appelle au bon vouloir des randonneurs dont les témoignages seront précieux en vue de l’élaboration du nouvel Atlas national des mammifères.

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