«Il faut construire des ponts et non des murs»

AvenchesA la tête de la Commission consultative Suisses-immigrés, Hakim Boukhit vit la multiculturalité à la ville et en famille.

La problématique du vivre ensemble a toujours concerné de près Hakim Boukhit. Encore plus aujourd’hui: ce Français d’origine musulmane est marié à Einat, une juive d’Israël.

La problématique du vivre ensemble a toujours concerné de près Hakim Boukhit. Encore plus aujourd’hui: ce Français d’origine musulmane est marié à Einat, une juive d’Israël. Image: Florian Cella

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Après une année passée à la tête de la Commission consultative Suisses-immigrés (CCSI) d’Avenches, Hakim Boukhit rendra son tablier en juin. Une année riche à plus d’un titre, puisqu’elle coïncide avec l’arrivée dans la commune, en janvier dernier, d’une cinquantaine de réfugiés. C’est lui qui a été chargé par la Municipalité de trouver des bénévoles prêts à donner un coup de main à ces nouveaux venus pour s’intégrer. Pas moins d’une quarantaine de personnes ont répondu à son appel. «C’est un bel élan de solidarité, se félicite-t-il. Ça confirme ce que je dis toujours: «Il faut construire des ponts et non des murs.» Marié et père de deux enfants, ce Français d’origine musulmane sait de quoi il parle. Né à Perpignan, il grandit à Paris, «au cœur d’un quartier où le monde entier était représenté», se souvient-il. Et ce, bien sûr, avec les problèmes de cohabitation entre les différentes communautés que cela peut engendrer. «Je pense que cette période de ma vie explique pourquoi j’aime m’investir autant pour l’intégration et le vivre ensemble», indique-t-il.

Mariage mixte

Aujourd’hui, il vit encore la multiculturalité au quotidien. Que ce soit au sein de la CCSI, bien entendu, dans le cadre de son activité professionnelle, puisqu’il enseigne le français à des expatriés, mais également au sein de sa propre famille. Avec son épouse, Einat Betzalel, ils forment en effet ce que l’on appelle un couple mixte.

De mère yéménite et de père bulgare, Einat est née en Israël dans une famille juive, alors que Hakim est issu d’une famille musulmane. La rivalité de leurs origines respectives aurait plutôt voulu qu’ils ne se fréquentent jamais. «Nous avons beau être laïcs tous les deux, la nouvelle de notre mariage a été un choc pour nos proches, raconte Hakim Boukhit. Mais aujourd’hui, les choses se sont tassées. Nous avons fait de nos différences une richesse.» Et ce ne sont pas leurs deux fils, Oriah (4 ans) et Ilaï (2 ans), qui vont dire le contraire. Elevés à la croisée de plusieurs cultures, l’arabe, l’hébreu, le français ou encore l’anglais sont des langues qu’ils manient parfaitement.

Fuir les tensions

Après leur mariage, en 2011, ils s’établissent dans le pays d’origine d’Einat, à Tel-Aviv, où naît leur premier enfant. Mais, au vu de la situation quelque peu tendue sur le terrain, ils décident de s’en aller. «Un jour, j’étais en voiture, avec mon fils à l’arrière, lorsque nous avons été pris dans une attaque de roquettes, raconte-t-il, encore ému. Les sirènes ont retenti, j’ai pris mon enfant et nous sommes allés nous réfugier dans la cage d’escalier d’un immeuble. A mon retour à la maison, j’ai dit à ma femme qu’il fallait partir pour assurer à nos enfants un avenir plus serein.»

C’est la Suisse qui s’impose à eux tout naturellement. Un pays qu’Hakim connaît déjà bien, puisqu’il y a vécu quelques années (lire ci-contre). Ils s’installent à Avenches en 2012, où naît leur deuxième fils. «La Suisse est idéale pour voir grandir ses enfants», se réjouit le père de famille.

«La Suisse est idéale pour voir grandir ses enfants»

Sur certains aspects, Hakim se reconnaît dans les histoires que lui racontent les réfugiés d’Avenches qu’il côtoie régulièrement. «Si la situation en Israël n’est de loin pas la même qu’en Syrie ou en Erythrée, je les comprends, car beaucoup ont également fui pour offrir à leurs enfants un avenir décent dans un pays sûr.»

Créé: 04.03.2016, 18h42

«La musique nous a réunis»

Hakim Boukhit a rencontré sa femme, Einat Betzalel, par hasard en 2007. «C’est la musique qui nous a rapprochés», sourit l’homme de 46 ans, également bassiste et passionné de jazz. Einat est une chanteuse relativement connue en Israël. A l’âge de 18 ans, lors de son service militaire, elle fait partie de la troupe musicale de l’armée israélienne et chante aux côtés d’une certaine Yaël Naïm, chanteuse franco-israélienne aujourd’hui connue en France, et avec qui elle a gardé contact. C’est à la suite de ça qu’Einat intègre une école de jazz et commence à se faire un nom.

De son côté, Hakim a quitté Paris pour la Suisse, où il fréquente le Conservatoire de musique jazz de la Riviera. Un jour, alors qu’il navigue sur MySpace, un réseau social de partage musical, il repère celle qui deviendra sa femme. «Un ami m’avait conseillé d’aller écouter ce que faisait Yaël Naïm, et je suis tombé sur un lien qui renvoyait à ce que faisait Einat.»

S’ensuit toute une série d’échanges virtuels. Jusqu’à ce qu’Einat l’invite à venir se produire sur scène avec elle en Israël. «Je lui ai tout de suite dit que j’étais musulman et que ça n’était peut-être pas une bonne idée de me rendre là-bas. Mais elle a insisté. En Europe, on a une perspective assez limitée de ce qu’il se passe réellement sur place. Ce n’est pas tout blanc ou tout noir, c’est plus complexe que cela.» Depuis, ils ne se quittent plus et font toujours de la musique. Une musique métissée empreinte d’optimisme, de spiritualité et de positivité. A l’image de leur histoire.

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