«Il faut une femme de droite au Conseil d’État»

PolitiqueChristelle Luisier brigue l’investiture PLR pour succéder à Jacqueline de Quattro. La syndique de Payerne met en avant son expérience, sa région et la carte féminine.

La syndique de Payerne est la première candidate à se déclarer. C’est aussi celle que tout le monde attendait.

La syndique de Payerne est la première candidate à se déclarer. C’est aussi celle que tout le monde attendait.

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Christelle Luisier met fin au pseudo-suspense créé par l’élection de Jacqueline de Quattro à Berne. Oui, la syndique de Payerne est candidate pour lui succéder au gouvernement cantonal. Depuis longtemps, la Broyarde est vue comme la prochaine ministre PLR. L’élection partielle se tiendra le 9 février. Le PLR a ouvert les candidatures à l’interne jusqu’au 22 novembre et désignera son champion lors d’un congrès agendé au 5 décembre.


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Ça y est, vous êtes candidate?
Je ne suis que «candidate à la candidature», comme on dit. Et pour ce faire j’ai déjà les soutiens unanimes du comité d’arrondissement et de la section payernoise du PLR. C’était vraiment essentiel d’avoir l’appui de la base, de ma région. Ça me fait chaud au cœur, car j’ai reçu un accueil enthousiaste.

Cela fait des années que les médias vous voient comme une future ministre. Mais vous, vous y songez depuis quand?
À ce niveau-là de fonction, on ne peut pas se dire: «Je sais que je serai candidat!» Il faut un alignement de planètes. Quand Jacqueline de Quattro a déclaré son intérêt pour le Conseil national (ndlr: durant l’été 2018), c’est devenu moins théorique.

Le PLR se doit de présenter une femme, selon vous?
Je ne crois pas aux quotas mais à l’exemplarité. Oui, c’est important qu’il y ait une femme de droite au Conseil d’État. Il y a un autre critère: la Broye n’est plus représentée au gouvernement depuis 1991. Il y a une attente des habitants de ce district, à la fois rural et urbain.

La Broye serait-elle négligée?
Je ne dirai pas cela; le Conseil d’État s’occupe de l’ensemble du Canton. Mais je sens que la population de ce qu’on appelle «l’arrière-pays» a envie d’être incarnée à Lausanne. On parle beaucoup de politique climatique. Typiquement, les zones rurales comme la mienne souffrent encore d’un déficit de transports publics.

Que pouvez-vous apporter à ce collège gouvernemental?
Dans un collège, tout le monde apporte ses racines, son vécu et ses valeurs. Je viens d’un milieu populaire. J’ai 45 ans et je suis maman de deux enfants. Ma formation d’avocate m’a rendue très sensible aux équilibres. La responsabilité, la liberté et la solidarité: ce sont mes valeurs, que j’ai chevillées au corps. Rien de grand ne se fait sans passion, et j’ai cette flamme depuis toujours. J’ai été cheffe du groupe PLR à la Constituante à l’âge de 24 ans. J’ai travaillé au Département des finances, j’ai présidé le Parti radical, je suis syndique depuis 2011, députée depuis 2012. J’ai les mains dans le cambouis.

Prête à travailler dans un collège à majorité de gauche?
Même dans une Municipalité qui compte quatre PLR sur cinq élus, trouver des compromis est mon pain quotidien. Dans un Exécutif, on ne peut pas seulement décider, on doit convaincre. Des conseillers communaux, des promoteurs, des commerçants, des associations, les Monuments historiques, etc.

Quel est votre style, alors?
Il faut chercher les compromis en affichant ses convictions, sans être d’emblée le ventre mou. Les miennes, de convictions, sont solides. Avec moi, les discussions peuvent être musclées, je suis très directe, tout en étant respectueuse. Avoir présidé le Parti radical pendant la fusion avec les libéraux, ça vous apprend à rassembler.

Aux fédérales, la population a montré ses attentes sur l’écologie. Quelles sont vos convictions face à l’urgence climatique?
Je m’inscris dans la continuité de Jacqueline de Quattro, dont je salue le travail d’avant-garde. Rappelons qu’elle a organisé l’an dernier les Assises du climat dans l’indifférence. Oui, il y a une attente de la population, ce qui donne un terreau très fertile. Il faut maintenant mettre de côté l’aspect émotionnel, se placer dans le rationnel et dégager des solutions acceptables par tous. Cela passe par une coordination avec tous les acteurs, notamment les acteurs économiques. S’il faut de nouvelles taxes, pourquoi pas? Je n’ai pas de dogme là-dessus, mais cela doit rentrer dans une balance fiscale et les zones rurales ne doivent pas être pénalisées.

Quel projet portez-vous, plus généralement?
Je me suis engagé en politique à l’époque où le Canton n’allait pas bien, avait une dette de 9 milliards. Aujourd’hui, on en est sorti, mais rien n’est acquis, et ce succès doit être pérennisé en maintenant l’attractivité du canton sans toucher à la qualité de vie. La croissance n’est pas une fin en soi, mais elle permet le développement économique, la redistribution des richesses. Les défis posés sont immenses: densification urbaine, santé, intégration des étrangers, infrastructures, équipements scolaires. Il n’y a pas de Canton fort sans Communes fortes, et à ce titre il y a besoin d’un rééquilibrage car, oui, les Communes ont fait de gros efforts à partir de 2003. Mais au-delà des questions de péréquations, horizontale et verticale, il faut instaurer une vraie relation de partenariat entre le Canton et les Communes.

Pas sûr que le siège PLR soit contesté. Une élection tacite, ce serait un peu frustrant, non?
Je n’ai pas à me prononcer sur le meilleur scénario. C’en est un parmi d’autres, voilà. Je me prépare à une campagne et à pouvoir débattre. Et même si l’élection est tacite, j’irai à la rencontre de la population.

Créé: 04.11.2019, 06h43

Bio express

Naissance
À Sion le 27 septembre 1974. Emménage à Payerne avec ses parents à l’âge de 9 ans.

Vie privée
Divorcée, en couple, mère de deux ados.

Parcours professionnel
Avocate de formation, elle entre à la Municipalité de Payerne en 2009 et en devient la syndique deux ans plus tard. Elle a travaillé dans l’état-major de Pascal Broulis au Conseil d’État entre 2006 et 2008, puis aux Retraites Populaires jusqu’en 2011.

Parcours politique
Élue radicale à la Constituante en 1998. Elle prend la présidence du Parti radical en 2008 et concrétise la fusion avec les libéraux. En 2012, elle est élue au Grand Conseil. Réélue en 2017, elle est actuellement vice-présidente du groupe PLR.

Un boulevard relie Payerne au château Saint-Maire

Qui pour barrer la route de Christelle Luisier? Peut-être quelqu’un à l’interne du PLR pour lui contester l’investiture. Mais la Broyarde passe depuis si longtemps pour la «candidate naturelle» du parti qu’il faudrait avoir beaucoup de courage pour se lancer. Le PLR étant déjà représenté par deux hommes au Conseil d’État, un profil féminin servirait l’image du parti.

Or rares sont les libérales-radicales qui ont à la fois l’assise, la notoriété mais aussi la disponibilité pour briguer ce siège. Isabelle Moret, par exemple, vient d’être réélue au National et s’apprête à en prendre la présidence.

L’adversaire pourrait alors venir d’une autre formation. Quoique. Les socialistes et les Verts ont déjà la majorité au sein du Conseil d’État. Le PS ne briguera donc pas le siège, affirme sa présidente, Jessica Jaccoud: «Il n’est pas opportun qu’un parti détienne à lui seul la majorité.» La direction des Verts n’est pas chaude non plus et l’a fait savoir le soir du 20 octobre, dès la confirmation de l’élection de Jacqueline de Quattro à Berne.

Ni l’UDC, ni les Vert’libéraux, ni le PDC ne sont motivés, selon leurs instances dirigeantes. On ne peut certes pas exclure un sursaut imprévisible de la base d’un parti, qui verrait l’assemblée générale lancer dans la course l’un de ses membres contre l’avis du comité. Scénario qui demeure très théorique. «Il y a déjà eu une complémentaire ce printemps puis les fédérales. Les campagnes coûtent de l’argent, prennent de l’énergie. On est tous crevés», résume un élu.

Le plus probable reste une candidature de combat émanant d’un petit parti, aux chances de succès infimes. Cela pourrait venir de la gauche radicale, prompte à saisir ces occasions pour mettre son programme au cœur des débats. «Nous avons sollicité une rencontre avec les autres partis de gauche pour décider d’une stratégie», évoque le secrétaire général du POP, Christophe Grand. La coalition Ensemble à Gauche est bien sûr associée à la réflexion. Les Jeunes socialistes aussi sont titillés.

Plus inattendu, le Parti pirate vaudois n’exclut pas de proposer une candidature. «C’est une option que nous envisageons au sein du comité», déclare le coprésident, Bernard Déglon. «Cela dépendra notamment de
la position des autres partis du centre.» Une occasion pour les Pirates de se faire mieux connaître; ils n’ont fait que 0,63% aux fédérales.

Sans contradicteur, Christelle Luisier – si le PLR la choisit – serait élue tacitement. Au premier tour d’une complémentaire au Conseil d’État, ce serait un événement singulier. Une «cooptation peu démocratique» aux yeux de certains, une «économie pour le contribuable», disent d’autres. Organiser une élection coûte un demi-million de francs, entre l’impression, la mise sous pli et l’envoi du matériel de vote, ainsi que la paie du personnel étatique le jour de l’élection.

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