Faux souvenir ou réel inceste? Le parquet lâche les charges

YverdonFait rare, le Ministère public a laissé tomber l'accusation contre un père, une mère et un frère accusés d'abus et de complicité.

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«Tout a pu arriver, comme rien n'a pu arriver et les deux sont terribles.» C'est avec cette entrée en matière que le procureur Patrick Galeuchet a annoncé ce mardi matin qu'il abandonnait l'intégralité des accusations pesant sur un père et un frère pour des abus sexuels commis durant toute l'enfance de leur fille et sœur. Accusée de complicité de ces viols et contraintes, la mère voit également ses charges tomber.

Impossible pour le Parquet d'étayer les effroyables révélations d'une Yverdonnoise de 27 ans, faites en août 2016 au cours d'un processus psycho-thérapeutique: «Je la crois. Dans ce qu'elle a raconté, il y a des choses dont je me suis dit qu'elles ne s'inventent pas. Mais en face il y a deux parents qui nient tout, depuis toujours et qui donnent aussi une impression de sincérité. Je crois tout le monde mais je ne suis sûr de rien.»

Il s'est passé quelque chose, mais quoi?

Dans son réquisitoire, le représentant du Parquet a énuméré les écueils sur lesquels son dossier a buté, durant l'enquête comme aux débats: «Des affirmations de la plaignante, on déduit qu'il s'est passé quelque chose. Mais on ne sait pas trop quoi, on ne sait pas trop quand, on ne sait pas vraiment par qui. Son frère? Oui, mais alors dans ce cas combien de temps. Cela me pose quand même un problème. J'ose admettre aujourd'hui que je ne sais pas.»

A l'annonce de l'abandon des charges, deux personnes ont fondu en sanglots. A l'opposé l'un de l'autre aux extrémités des longues tables occupées par les parties, le père et sa fille se sont écroulés. Des larmes aux significations insondables qu'il appartiendra aux juges de tenter de décrypter d'ici mercredi, jour du verdict.

«Il n’y a aucun doute. Quand on invente des souvenirs, on ne donne pas ce genre de détails»

D’autres émotions vives ont marqué ce second jour de procès. Alors qu’il énumérait les dénonciations pour les remettre en question, l’avocat du père a dû s’interrompre: la maman est tombée évanouie sur son pupitre. Ranimée par ses sœurs et un bonbon du procureur, elle a écouté plaidoiries en tremblant, visage enfoui dans une main.

«J'ai été victime de mon frère, mais pour moi c'est vous les coupables»

Aux interrogations sans réponses du Parquet, Patrick Michod, défenseur du père, certifie avoir la réponse: «Moi je sais!» a-t-il lancé, relisant les premières lignes d’une lettre adressée par la plaignante à ses parents, quand elle leur a confié les abus subis par son frère, en février 2016. «Papa, maman, j’ai été victime de mon frère aîné. Mais pour moi, c’est vous les coupables.» Ce sont les mots de la vérité. Elle leur en veut! Et à mesure qu’a grandi en elle cette colère, alors que remontaient à la surface les souvenirs des abus, elle a fait une confusion et fini par accuser son père.»

Réclamant un acquittement général, il a été suivi dans cette thèse des «faux souvenirs» par le défenseur de la mère, quand l’avocat du frère a plaidé l’incompétence de la Cour pour son dossier: l’épisode d’attouchements admis remonterait à une époque où le trentenaire était mineur, les faits étant donc prescrits.

Souvenirs trop détaillés pour être faux

Que reste-t-il des récits d’une femme dont tout le monde s’accorde à dire qu’elle est sincère et que sa souffrance est réelle? «Il n’y a aucun doute, s’est offusquée Coralie Germond, son avocate. Ma cliente a fait des déclarations constantes et concordantes. Avec des images, des odeurs, des sensations. Elle a raconté avec ses mots d’enfants qu’elle avait mal entre les jambes, qu’elle entendait encore le son de la ceinture, qu’elle a vu sa main grandir au fil des ans en la mesurant au pénis de son père. Quand on invente des souvenirs, on ne donne pas ce genre de détails.»

Créé: 10.12.2019, 14h04

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