Le féru de fourmis devient défenseur des oiseaux

PortraitLe biologiste français Arnaud Maeder est le nouveau directeur du Centre-nature BirdLife La Sauge, à Cudrefin.

«Je me souviens qu’on était arrivés de nuit et que je suis resté bouche bée tout le week-end à l’écoute du professeur Cherix», dit Arnaud Maeder au sujet de son mentor.

«Je me souviens qu’on était arrivés de nuit et que je suis resté bouche bée tout le week-end à l’écoute du professeur Cherix», dit Arnaud Maeder au sujet de son mentor. Image: JEAN-PAUL GUINNARD

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En juin dernier, le jour de la diffusion de l’offre d’emploi pour le poste de directeur du Centre-nature BirdLife La Sauge, à Cudrefin, Arnaud Maeder appelait le directeur suisse romand, François Turrian, pour lui faire part de son intérêt. «Dans le milieu de la biologie, les places ne sont pas légion, explique le biologiste français pour justifier son empressement. Et là, mis à part pour la maîtrise de l’allemand, que je travaille intensivement depuis, j’avais l’impression de remplir tous les critères, c’est rare.»

Le sourire timide raconte un peu celui qui auparavant était à la tête du Musée d’histoire naturelle et du Zoo du Bois du Petit-Château de La Chaux-de-Fonds. Une année avant ce mois de juin, la non-reconduction de son contrat pour des raisons budgétaires avait suscité une vaste mobilisation. Dans le sanctuaire broyard de l’observation ornithologique, le quadragénaire a vu la possibilité de retrouver une institution grand public, avec visites guidées. «Il n’y a plus de gestion des collections dans mes missions, mais toujours des expositions à organiser et du vivant à gérer, mais en mieux, car en liberté.» Deux ans plus tôt, il avait déjà été titillé par la mise au concours du même poste, décroché par sa prédécesseure Anna Lisa Mascitti.

«Il correspondait à ce que l’on cherchait en matière d’expérience de conduite d’une équipe, de communication ou d’éducation à la conservation du patrimoine, sans compter que le facteur humain a aussi joué son rôle, puisqu’il était disponible», se réjouit François Turrian, son directeur. En fonction depuis début octobre, celui qui travaille aussi à 20% sur la stratégie sur les espèces exotiques envahissantes pour le compte du Canton vient de vernir sa première exposition. «Ça grouille dans la mare!» s’intéresse aux invertébrés aquatiques, dont certains insectes.

Ceinture noire 3e dan

Le spécialiste des fourmis des bois défend désormais les oiseaux, mais on ne peut s’empêcher de penser qu’il revient à ses premières amours. «Cette exposition tombe à pic, mais elle était déjà planifiée», précise-t-il. Montée par le Centre-nature BirdLife de Neerach (ZU), l’exposition allie une approche classique avec des textes, des dessins ou des séquences vidéo et des découvertes en aquariums, où des animaux capturés dans les mares broyardes sont présentés. «Certaines espèces ont été capturées le jour même du vernissage!» s’anime-t-il.

Né à Grenoble (Isère) en 1974, le passionné de guitare et d’images animalières (photo et vidéo) s’oriente rapidement vers une carrière en biologie, dans le sillage de sa maman, directrice administrative d’une fédération de protection de la nature. Chaque été, ce randonneur patenté, par ailleurs ceinture noire 3e dan en Jiseido Tokitsu-ryu, apprécie les balades en montagne à la rencontre de son mammifère favori, le chamois. À l’issue de son bachelor à l’Université de Grenoble, il enchaîne par un master à Rennes, puis un diplôme d’études approfondies, sur le comportement d’une espèce de blatte africaine. À cette époque, il est basé dans la forêt de Brocéliande, à Paimpont, où il rencontre sa compagne Claire, spécialiste des vers de terre.

En parallèle, Arnaud Maeder traverse la frontière plus fréquemment, pour travailler pour le myrmécologue de l’UNIL, Daniel Cherix. «Ma mère m’avait proposé de suivre une animation sur la plus grosse fourmilière du monde, pour laquelle des places s’étaient libérées. En fait, il s’agissait de la fameuse supercolonie de fourmis des bois, réunissant quelque 1200 fourmilières sur 70 hectares, à proximité du col du Marchairuz. Je me souviens qu’on était arrivés de nuit et que je suis resté bouche bée tout le week-end à l’écoute du professeur Cherix», raconte le directeur au sujet de celui qu’il considère comme son mentor.

«Retrouver un regard d’enfance»

En septembre 1998, il pose ses valises à Lausanne, devenant son assistant à l’université. «Arnaud est un naturaliste tout-terrain, un homme généreux de sa personne, très responsable et plein d’humour», commente Daniel Cherix. Huit ans plus tard, ils signeront le livre «Fourmis des bois du Parc jurassien vaudois» aux côtés d’Anne Freitag. «À l’époque, le but était de vulgariser nos découvertes pour le grand public, retrouver un regard d’enfance et c’est intéressant, car c’est exactement l’objectif du Centre La Sauge», raconte celui qui a collaboré deux fois avec le rédacteur scientifique et naturaliste britannique David Attenborough.

«Arnaud est un naturaliste tout-terrain, un homme généreux de sa personne, très responsable et plein d’humour»

Chargé des animations au Musée cantonal de zoologie à Lausanne au terme de son parcours académique, celui qui se passionne encore pour les chauves-souris postule dans les Montagnes neuchâteloises en 2007. Et il est retenu à sa grande surprise, alors qu’il n’avait jamais été conservateur auparavant. S’il a désormais passé l’épreuve de la non-reconduction de son contrat, il avoue avoir traversé des moments difficiles, avant d’être engagé par l’association de protection des oiseaux, qui recense quelque 65 000 membres en Suisse.

«Mon but est de travailler dans la continuité en amenant des améliorations là où cela me semble possible», détaille le nouveau patron. BirdLife porte son attention sur les oiseaux, mais ne délaisse par pour autant le reste du vivant (faune et flore) et se consacre à sensibiliser le public sur la diminution alarmante de la biodiversité en Suisse. Chaque année, près de 15 000 visiteurs franchissent les portes du centre vaudois. L’idée est d’améliorer ce score, en légère diminution au fil des ans. Pour cela, la première marque du Français au programme de La Sauge est le Grand Jour, fêté le 22 juin. Une journée portes ouvertes, du lever au coucher du soleil, le lendemain du solstice d’été.

Créé: 12.03.2019, 08h59

Bio

1974
Naissance à Grenoble. Il a un frère aîné, un père enseignant puis formateur de formateurs, une mère directrice d’une fédération de protection de la nature.
1995
Licence en biologie à l’Université de Grenoble puis maîtrise et diplôme d’études approfondies à l’Université de Rennes. Premiers stages en Suisse, auprès de Daniel Cherix et son équipe.
1997
Chargé d’études au Conservatoire d’espaces naturels d’Isère (service civil).
1998
Commence son contrat d’assistant doctorant à l’Université de Lausanne, avec une thèse sur l’écologie des fourmis des bois.
2006
Publication d’un livre de sensibilisation du grand public sur les fourmis des bois.
2007
Directeur du Musée d’histoire naturelle et du Zoo du Bois du Petit-Château, à La Chaux-de-Fonds, durant deux mandats de cinq ans.
2018
Directeur du Centre-nature BirdLife de La Sauge, il travaille aussi sur la stratégie cantonale sur les espèces exotiques envahissantes.

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