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Après les flammes d'Avenches, le monde équestre est sous le choc

L'enquête se poursuit après la série de sept incendies vraisemblablement criminels qui a ravagé la Broye vaudoise et fribourgeoise. A Avenches, l'Institut équestre pleure ses équidés.

Philippe Maeder
Philippe Maeder
Philippe Maeder
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Il reste des tas de paille encore fumants. Une odeur âcre. L’amertume dans l’air. «Normalement, à cette heure-ci, les chevaux font du bruit, ils veulent sortir manger. Là, ils sont apathiques, raconte une jeune groom. Comme s’ils avaient compris ce qui s’était passé.»

Deux jours plus tard, Avenches et le monde équestre sont toujours sous le choc. Samedi peu après minuit, pas moins de sept foyers d’incendie, très vraisemblablement criminels, se sont déclarés entre la Broye vaudoise et fribourgeoise ainsi que sur le site de l’Institut équestre national (IENA). Au début, il ne s’agissait que d’un coin de champ d’orge en feu, sous le viaduc de l’A1 à Domdidier. Puis, flairant un gros coup, les pompiers intervenus en grand nombre, de Lausanne à Morat, ont réparti préventivement leurs véhicules. Ils ont bien fait.

En moins d’une heure, 2000 m2 de champs moissonnés brûlent entre Domdidier et Saint-Aubin. Une machine agricole flambe à Villars-le-Grand. Un autre champ d’orge s’enflamme à Avenches. Des balles de paille entre Salavaux et Avenches sont en feu. Pire. D’immenses flammes déchirent le ciel depuis le site de l’Institut équestre national d’Avenches. Le trafic sur l’autoroute est perturbé. Des bêtes sont prises au piège. Les pompiers découvrent un avant-goût d’enfer. En lisière des prés, la large écurie de l’Ecole des poneys trotteurs est en feu, avec 11 des 15 poneys de l’école à l’intérieur, et quatre chevaux. Au centre du complexe, de splendides écuries et une maison attenante sont cernées par les flammes. Constructions de 1925, en bois, avec des amas de paille dans les étages qui s’effondrent: il n’y a plus rien à faire sinon éviter que le sinistre ne se propage aux maisons voisines, dont l’une est surveillée anxieusement par un couple de cigognes qui ne bougera pas de la nuit.

«Qui a pu faire une chose pareille?»

Par chance, une famille et ses trois enfants – les petits-fils du directeur du site – ainsi qu’un éleveur réputé sortent des lieux quelques minutes avant l’embrasement total. Ils ont tout perdu. Un pompier d’Avenches, par ailleurs employé à l’IENA, parvient tout de même à rentrer dans les écuries et à ouvrir quelques boxes. Heureusement, plusieurs équidés ont été parqués dehors pour la nuit. Mais derrières les grilles de métal, il est déjà trop tard. Samedi, huit chevaux morts seront retrouvés dans les décombres. Tous, en majorité des trotteurs de course, appartiennent à des privés, dont Jean-Pierre Kratzer, directeur de l’IENA. Dans les victimes, il y a Chopin du Martza, Evora du Martza, Utello d’Auge. Et Dealer d’Occagnes. Il aurait dû passer la nuit dehors avec le reste de son troupeau, mais se reposait d’une course à Cluny la veille. Il avait fini 5e. Deux chevaux miraculeusement retrouvés vivants samedi matin, protégés par les lances incendie qui ont œuvré toute la nuit, ont été transportés en urgence au Tierspital de Berne. Dont Starsky, jeune cheval de thérapie équestre. Les poumons noircis de fumée, il a finalement été euthanasié dimanche matin. «C’est affreux, on a passé la nuit à attendre. Mais qui a bien pu faire une chose pareille? soupire sa cavalière, une pédopsychiatre vaudoise. Le pire, ça va être de l’expliquer aux enfants.»

A Avenches, le monde équestre est dévasté. «Je vais vous dire, on s’est attaqué à nos valeurs, lâche Jean-Pierre Kratzer. Regardez l’école de poneys. Elle était pleine, notamment avec les courses d’écoles. Celui qui a fait ça s’en est pris à des innocents, à la relève, à ce qu’on leur apprend: la solidarité, la tolérance, l’amitié.» Il poursuit: «On va se battre et on va tout reconstruire au plus vite.» Le montant des dégâts n’est pas communiqué. «Ce n’est rien par rapport au capital affectif qu’on a perdu. On ne comprend pas. Celui qui a fait ça ne vient pas du monde du cheval. C’est de la terreur, organisée.»

«Les chevaux ont été cernés»

D’après des témoins, le feu a pris en plusieurs points du bâtiment. «Les chevaux ont été cernés. Vous imaginez? Il a dû verser de la benzine partout autour, et regarder ceux qui allaient mourir», décrit une cavalière, dégoûtée. Une autre, venue de Domdidier, cherchait samedi son jeune chat et son ancienne monture. «C’est affreux. Le milieu de la course est ultracompétitif, mais personne ne pourrait faire ça.» Sa comparse acquiesce. «C’est ciblé. Mais on fait quoi maintenant? On dort tous sur place?»

Dimanche, le feu reprenait encore sur le site. Tandis que tous les agriculteurs commencent les moissons la peur au ventre. «C’est une de mes balles qui a pris feu, réagit Eric Schürch, municipal de la Défense incendie d’Avenches et également agriculteur. Une catastrophe. On est de tout cœur avec les personnes touchées.»

La police cantonale vaudoise reste discrète sur son dispositif et l’enquête en cours, confiée aux spécialistes de la Sûreté. «La piste criminelle est privilégiée et plusieurs éléments sont examinés, mais il y a un gros travail à faire, confie Christian Bourquenoud, répondant presse et inspecteur principal adjoint. Nos équipes ont passé la nuit sur place.» Un appel à témoins a été lancé.

Sur les réseaux sociaux, les Broyards et la communauté équestre affichent déjà leur sympathie au travers de messages «Je suis IENA».

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