Footballeuse née, elle lutte pour l’égalité des sexes

Linda VialattePrésidente du FC Yverdon Féminin, la Grandsonnoise vient de recevoir le Prix de la dirigeante de l’année par le Mérite sportif vaudois.

Image: Jean-Paul Guinnard

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Un intérieur douillet et accueillant, des coussins colorés, une grande TV, quelques bouquins, des souvenirs de voyage comme ce petit récipient indien. Depuis les hauteurs de Grandson, dans l’appartement de Linda Vialatte, où elle vit seule, la vue sur le lac de Neuchâtel est grandiose. Tout comme son discours, éloquent. Surtout quand il s’agit de raconter la lutte qu’elle mène depuis toujours, pour que les femmes soient considérées au même titre que les hommes, pour que leur place dans le milieu du football et dans la société soit reconnue. Une lutte sans répit, le combat de toute une vie.

Linda Vialatte est l’incarnation même du football féminin romand – elle se fera d’ailleurs photographier quelques jours après notre rencontre dans les vestiaires de son club. Son jean, sa jaquette polaire, ses baskets montantes clinquantes montrent d’emblée la femme sportive et volontaire. Il y a un mois, la Grandsonnoise recevait le Prix de la meilleure dirigeante de l’année lors de la cérémonie du Mérite sportif vaudois. L’aboutissement de trente ans de bénévolat acharné comme présidente du FC Yverdon Féminin: «C’était très émotionnant, j’ai ressenti beaucoup de fierté, d’être reconnue dans ma fonction mais surtout pour le club, par rapport au foot féminin.» Le travail n’est pas pour autant terminé pour cette battante de bientôt 60 ans. «Le chemin a été long, la lutte a été longue. Mais il faut continuer. Je vais défendre tout le temps et encore la place de la femme dans le sport, dans le foot. C’est un moteur qui me fait rester dirigeante, qui me fait croire au développement, à la formation des jeunes footballeuses. Je veux leur transmettre cette envie de lutter pour leur sport, pour une égalité.» Frédéric Mauron, entraîneur de la ligue A du FC Yverdon Féminin, se dit «épaté» par son travail de bénévole, «une charge énorme» qui dure depuis si longtemps. Et dont elle ne semble jamais lassée. Pour cet ami qui la connaît depuis trente ans, il est difficile de lui trouver des défauts. Son optimisme inébranlable peut-être (mais en est-ce vraiment un?) qui peut en agacer certains: «Elle cherche tout le temps une issue positive. Elle ne lâche rien.»

Une révolte sans amertume

Féministe convaincue, son indignation ne se cantonne pas au cadre purement «footballistique». Infirmière aux Établissements hospitaliers du Nord vaudois, là aussi, son combat fait partie du quotidien. «Les hommes ne luttent pas, ils deviennent cadres très rapidement. Nous devons toujours prouver que nous avons notre place dans la société.» Une volonté farouche de défendre l’égalité qui n’est aucunement teintée d’amertume. Femme révoltée certes, Linda Vialatte a tout de la force tranquille. Elle sait ce qu’elle veut, ce pour quoi elle se bat. Les remarques et les préjugés ne l’atteignent pas. Même si, d’un ton moqueur, elle reprend volontiers certains dires moult fois entendus: «Ah ben dis donc, vous les filles, vous jouez quand même bien au football…» Dorénavant, elle dit en rire. La tête sur les épaules, les pieds bien sur terre, elle n’a plus rien à prouver. Confiante et posée, elle refuse de devoir se justifier. «Je pense que certains disent quand même de moi «cette nana qui est toute seule, est-ce qu’elle est lesbienne, est-ce qu’elle est hétéro…» Mais moi ça ne m’a jamais atteinte. J’ai toujours fait ce que j’ai voulu. Les clichés ne me touchent pas.» Hyperactive entre sa fonction de présidente qui l’occupe à 100% et son travail à 80% comme infirmière, passionnée par le travail social, c’est comme si Linda Vialatte était investie d’une mission de partage et de transmission. Mais où trouve-t-elle cette énergie? «C’est la passion, c’est donner un sens à ce qu’on fait.» Ce qui, a priori, laisse peu de place aux loisirs… «Mais c’est déjà beaucoup, non?» lance-t-elle, rieuse. Un peu de marche, de la lecture, du vélo, quelques séances au cinéma. Et surtout des voyages, dès que l’occasion se présente, en Turquie, en Grèce ou à Jérusalem. En 1981, la baroudeuse part pour l’Asie du Sud-Est sac au dos pendant neuf mois avec trois copines. Et quelques années plus tard, elle décolle pour l’Inde, «le voyage le plus marquant d’entre tous». Son amie de toujours, Fabienne Debétaz, l’a accompagnée durant tous ses périples. Elle décrit une «très belle personne». «Lili est ouverte d’esprit, critique mais toujours constructive, pleine d’humour et d’autodérision.»

Le foot? Une affaire de famille

À 29 ans, elle devra toutefois arrêter de partir aussi loin et si longtemps. Son travail, mais surtout son nouveau statut de présidente, la retiennent en Suisse. Une suite qui semble parfaitement logique. Car pour Linda Vialatte, le foot, ce n’est pas seulement présider un club et transmettre une passion. C’est aussi l’histoire de sa vie. Et une affaire de famille. À l’époque, son père, ses deux frères cadets, ses oncles, tous sont footballeurs. Petite, elle arrive tout juste à marcher qu’elle a déjà un ballon dans les pieds. «Pour moi, c’était naturel, je sortais dans le jardin, je jouais.» Quand elle a 14 ans, son père, alors président du FC Grandson, lui parle d’une équipe féminine à Échallens. «Je n’avais plus qu’une chose en tête, aller y jouer.» Sa mère, qui deviendra ensuite présidente de la section féminine à Échallens, va l’accompagner et même l’encourager. Ce modèle féminin, qui lui a donné «le goût de la lutte et du combat», est toujours à ses côtés. Son père, aujourd’hui décédé, n’est pas bien loin non plus. «Si je suis là aujourd’hui, c’est parce qu’il était un fanatique de football. Il m’a transmis, lui, cette âme de dirigeante. Il aurait été très fier aujourd’hui.» (24 heures)

Créé: 22.12.2017, 09h37

Bio

1958 Naît le 13 septembre à Yverdon-les-Bains.
1972Intègre l’équipe de foot féminin à Echallens. Elle pratiquera le foot jusqu’à ses 45 ans.
1978 Obtient son diplôme d’infirmière-assistante.
1981 Neuf mois en Asie du Sud-Est par le Transsibérien avec trois copines. Quatre ans après, départ pour l’Inde, «le voyage le plus marquant de tous». Elle réitérera l’expérience vingt ans plus tard pendant trois mois.
1987 Devient présidente du FC Yverdon Féminin.
1991 Décès de son père Claude. La même année, obtient son diplôme d’infirmière en soins généraux.
2010 Vit la première victoire de l’équipe féminine d’Yverdon de foot en Coupe de Suisse.
2017 Reçoit le Prix de la meilleure dirigeante lors de la cérémonie du Mérite sportif vaudois. «C’était très émotionnant, j’ai ressenti beaucoup de fierté.»

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