Le forgeron de Hollywood frappe au Musée du fer

ArtisanatCréateur dans l’ombre du cinéma mais célébrité dans les métiers du métal, l’Américain Ugo Serrano est en résidence à Vallorbe.

Ici face à une de ses créations, une réplique d'un casque savoyard, Ugo Serrano va explorer à Vallorbe la place des pièces historiques dans les films.

Ici face à une de ses créations, une réplique d'un casque savoyard, Ugo Serrano va explorer à Vallorbe la place des pièces historiques dans les films. Image: FLORIAN CELLA

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Sans le savoir, vous avez certainement déjà vu les œuvres d’Ugo Serrano, ce dynamique quadra californien incapable de garder ses mains en place: «Ce que je fais quand je ne fabrique pas des trucs? Je fabrique des trucs.»

Des trucs, souvent en métal, qu’on croyait tout droit sortis des siècles, d’une expressivité incroyable et prisés des grosses productions hollywoodiennes qui lui ont taillé une réputation tout arthurienne. Jugez plutôt: les futuristes armures de la «Planète des singes» (2011-2017), c’est lui. Les casques de «La nuit au musée II», aussi lui. Des armes dans la «Légende de Zorro», «Highlander» et d’autres, toujours lui. Sans parler de la couronne d’épine de la «La passion du Christ» et d’un nombre incalculable de pièces en vue dans des blockbusters pour lesquelles l’artiste a cédé ses droits et l’idée même de pouvoir les citer.


Ugo Serrano a œuvré dans des dizaines de films, comme artisan ou directeur. Notamment cette suite de Zorro, en 2005, dont il a réalisé l’épée.

Quito, Miami… Vallorbe

Aujourd’hui, cet ancien gosse «destiné à un métier normal», passé par Quito, une académie militaire, les Fine Arts de Miami et Hollywood, débarque à Vallorbe. Invité par son compère Nicolas Baptiste, spécialiste valdo-savoyard de l’armement médiéval et médiateur culturel de l’opération, cet artisan hors catégorie est en résidence artistique. Une master class destinée aux curieux et aux professionnels.

Ugo Serrano était ce week-end à Morges, pour un atelier de Design et de Concept-Art. Dès lundi et jusqu’au 16 août, l’artiste collaborera avec les forgerons du Musée de Vallorbe et les intéressés à la réalisation de copies de pièces de légendes: les armes et armures de l’«Excalibur» de John Boorman (1981). «C’est un film qui m’a plus que marqué, reprend Ugo Serrano, accoudé à une enclume de la vieille forge du musée. J’étais gamin. Et voir ces armures qui passent de l’ombre à la lumière était une vraie révélation.»


Dans un autre registre, le Californien est derrière l’impressionnante couronne du Christ dans le film de Mel Gibson (2004)

Au cinéma ou chez les mordus de reconstitution, les pièces d’Ugo Serrano frappent. Au propre comme au figuré. «Pour moi, une armure ou un casque doit directement faire de l’effet. Je sais que des objets ne sont pas toujours d’une fidélité historique totale. À l’époque, ils devaient être faciles à porter, comme un pyjama. Dans un film ou une reconstitution, les pièces doivent instantanément transmettre une émotion.» Il poursuit. «Le côté pratique est important. Certains acteurs (ndlr: il refuse de dire les noms) trouvent les armures trop lourdes ou pas assez brillantes. Pour moi, l’essentiel est de raconter l’histoire telle qu’elle n’a pas été exprimée. Regardez ce mur couvert de suie et ce sol. On voit qu’ils ont vécu. Ils sont plus vieux que mon propre pays.»

L’artiste s’est formé sur le tas. Sans professeur. Il était fasciné par l’énergie du mouvement en jouant avec des os d’animaux – «Oui, je sais. J’étais un enfant étrange», sourit-il –, puis en copiant ou sculptant les maîtres de la Renaissance. Sa démarche est proche de la reconstitution. «Un riche chirurgien m’a demandé une armure sur mesure, dans le style de Negroni, un armurier du XVe siècle. J’ai passé des heures et des heures à les dessiner au Musée de l’armée à Paris. Quatre ans de boulot.» Idem pour un casque des ducs de Savoie. «On a travaillé à partir de textes et d’illustrations d’époque, enchaîne Nicolas Baptiste. C’est une façon de montrer la couleur et l’éclat que ces pièces ont perdu depuis.»

Du passé à la fantasy

«J’aime comprendre comment l’artisan a fonctionné à l’époque, explique Ugo Serrano. Après il suffit de prendre une direction légèrement différente pour arriver à autre chose.» C’est là que son œuvre frise la fantasy, l’extraordinaire. Serrano tient d’ailleurs Giger en grande estime «parce qu’il a travaillé avec ses peurs. Moi-même parfois, certaines de mes pièces m’interpellent. Mais j’essaie d’explorer davantage la lumière et la séduction. C’est ça qui donne une vie aux œuvres.»


Une production qui n'a pas franchi l'Atlantique. Dans ce western au parfum gothique, l'artisan a réalisé une armure pour Nicole Leigh

Cette passion des volumes et des matières, le Californien la porte aussi sur des bijoux, des couronnes, des chaussures et même des bustiers de métal. «J’ai cousu une fois un costume de lansquenet en quatre jours», ajoute-t-il. Une façon peut-être de montrer que, comme le grand écran, l’inspiration de l’artisanat d’antan n’a pas de limites. S’ils ont le temps, les deux compères iront rendre visite au buste en or de Marc-Aurèle, à Rumine. Dieu sait ce qu’ils vont en faire. (24 heures)

Créé: 06.08.2018, 06h55

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