Fuyant la misère, les migrants se plaisent à Ballaigues

AsileLe centre Jura-Rosaly accueille une septantaine de migrants depuis trois semaines.

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«Nous sommes venus ici pour notre fils, pour qu’il ait la meilleure vie possible. C’est tout ce qui compte pour nous aujourd’hui.» Assis sur le bord du lit de leur chambre du centre Jura-Rosaly Amin et Fahime ont le regard qui en dit long. Long comme le chemin qui a conduit cette famille afghane d’Iran jusqu’à Ballaigues, où ils sont arrivés voilà deux semaines. Ils font partie de la septantaine de personnes que l’Etablissement vaudois d’accueil des migrants (EVAM) a pu héberger dans ce centre de vacances mis à disposition par la Fondation Le Grain de Blé Suisse.

«Ce n’était plus tenable en Iran»

Alors que ses parents racontent la difficile route de l’exode, Taha (3 ans) peine à rester tranquille. «Pour nous, la situation n’était plus tenable en Iran, où nous avions trouvé refuge il y a plusieurs années. La population locale nous rejetait totalement», reprend Amin. La famille choisit alors de fuir: huit heures de marche harassante pour traverser les montagnes enneigées qui les sépare de la Turquie avec pour tout bagage les habits qu’ils portent. «Ce qu’on a emporté de notre vie passée? Juste nous, rien de plus…» soupire Fahime. Ils savent que la traversée en bateau est hasardeuse, dangereuse. «Mais ce que nous risquions ne comptait pas, nous voulions juste fuir notre réalité», reprend Amin.

A Ballaigues, la famille côtoie d’autres personnes jetées sur les routes de l’exil et qui ont choisi la Suisse comme terre d’accueil. «Nous recevons passablement d’Afghans, mais toutes les nationalités qui sont concernées par la question de l’asile sont présentes: Irakiens, Erythréens et Syriens notamment», souligne Jessica Bollmann, responsable du secteur Nord de l’EVAM.

Un voyage éprouvant

La Syrie, justement, c’est le pays que Hiba, Ahmad – deux enseignants d’anglais et de mathématiques – ont quitté avec leur fils Abdulalhade, qui n’a pas encore soufflé ses deux bougies. Leur périple, ils l’ont préparé pendant trois ans, délaissant Damas, transitant par le Liban, puis la Turquie avant d’embarquer sur un bateau pneumatique pour la Grèce dans des conditions épouvantables. «Nous étions quarante-cinq alors que ce canot ne pouvait contenir que trente personnes. On a failli couler plusieurs fois», se souvient Hiba.

La famille y perdra finalement la seule chose qui la reliait à sa précédente vie: une petite valise remplie de vêtements. Qu’importe. Aujourd’hui, elle peut acheter pour un montant symbolique des habits dans le vestiaire installé au bout du couloir de ce centre qui accueille d’ordinaire des camps de vacances. Une file d’attente s’y crée rapidement lorsque le magasin de fortune ouvre ses portes. De nombreux migrants se massent aussi à l’étage, non pas devant une télé (il n’y en a pas) mais autour du baby-foot, où se jouent des parties acharnées.

Foyer confortable

C’est que, de par sa situation au bord de la route, à 1,5 km de Ballaigues, le centre de Jura-Rosaly n’offre pas de grandes possibilités de distractions à ses hôtes. Si ce n’est en ce mardi de fin novembre où la neige tombée durant le week-end permet à une douzaine de mineurs non accompagnés de se défouler joyeusement, sous le regard amusé d’Abdulalhade. «La neige, on connaissait. Il en tombe parfois à Damas. Mais jamais autant. Lui, par contre, il n’en avait jamais vu», sourit Hiba. Arrivée la veille, elle n’a pas encore quitté le site, qu’elle trouve «confortable».

De manière générale, les migrants de Jura-Rosaly ne s’aventurent pas trop hors du centre. «Il n’y a que quelques bus qui s’arrêtent ici, en route pour Orbe ou Vallorbe. Du coup, l’encadrement est plus proche d’eux, ce qui favorise leur intégration», reprend Jessica Bollmann. A Ballaigues, cette impression est confirmée. Au bistrot, «ils ne se sont jamais arrêtés». Et au Marché Reymond, l’épicerie du village, le patron disait en fin de semaine dernière avoir «servi une fois des boissons à un petit groupe et vu un couple, une autre fois».

Le site affiche complet

La donne changera peut-être avec le temps. En attendant, les 70 migrants de Jura-Rosaly – le site affiche complet, l’EVAM est toujours à la recherche de structures d’hébergement à acheter ou à louer – vivent leur socialisation au contact de l’équipe d’encadrement et en partageant les repas servis au réfectoire. Ces moments d’échange, ils les boudent d’autant moins que, pour beaucoup, ils ont choisi la Suisse pour y rester et ont donc vraiment envie de s’y intégrer. (24 heures)

Créé: 01.12.2015, 07h49

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