Le Grand Yverdon constate l’échec de son urbanisme

PolitiquePour suivre le plan directeur cantonal, les huit communes d’AggloY priorisent leurs projets. La cité thermale gèle trois plans de quartier.

Image: JEAN-PAUL GUINNARD - A

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«Les efforts de la Municipalité n’ont pas porté leurs fruits, regrette Jean-Daniel Carrard, syndic d’Yverdon. Nous nous sommes démenés pour offrir à la population des nouvelles zones d’habitations mais nous constatons notre échec: la légalisation des plans de quartier (PQ) Aux Parties, Coteau-Est et Les Roseyres n’a aucune chance d’aboutir avant 2030.» Cette annonce fracassante, tenue lors d’une conférence de presse jeudi, n’a visiblement pas surpris à gauche de l’échiquier politique, où des voix s’élèvent depuis des années pour contester la stratégie urbanistique de la deuxième ville du canton.

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L’Exécutif, plutôt que de définir des priorités, miserait sur tous les chevaux en même temps pour ne pas froisser les promoteurs et s’obstinerait parfois dans de coûteux projets prévus hors zone à bâtir alors que «leur infaisabilité est connue de tous depuis des lustres», vitupère encore un observateur, jeudi après-midi. Une analyse que ne partage évidemment pas la Municipalité. Cette dernière explique la situation, que ses plus virulents critiques qualifient de «fiasco», par «les dispositions légales changeantes qui encadrent l’aménagement du territoire et qui ont drastiquement restreint les possibilités de développement des communes, hors zone à bâtir, et surtout sur des surfaces d’assolement», soit le sol arable de qualité dont Berne impose aux Cantons un nombre minimal d’hectares à préserver. Si les spin doctors des différents groupes politiques n’ont pas laissé la nouvelle refroidir avant d’accabler leur adversaire, une chose est sûre: le point presse organisé à la cité thermale, avec les représentants des huit communes de l’agglomération yverdonnoise, marque un tournant décisif dans la législature.

Aux calendes grecques

La capitale du Nord vaudois n’est pas la seule à devoir remettre certains de ses plans de quartier aux calendes grecques. La commune de Grandson, par exemple, n’y coupera pas non plus. Son syndic, François Payot, soupire lorsqu’il annonce que la planification des PQ de Fiez-Pittet et de Bellevue-Borné-Nau-Ouest est reportée après 2030. Par ailleurs, la Municipalité restreint l’affectation prévue à la construction du projet Derrière-les-Remparts au seul secteur bordant l’arrière du plan de quartier de la place du Château, le solde étant affecté en périmètre non constructible ou vert, explique-t-il en substance, un peu amère. «L’effet paradoxal pour Grandson, c’est que nous n’avons pu construire que des villas, reprend le syndic. Ce n’est pas l’esprit de la nouvelle loi sur l’aménagement du territoire.»

Les interventions des différents élus s’enchaînent et le spectre du Service du développement territorial apparaît régulièrement en filigrane. «Nous espérons que l’année 2020 sera plus stable que les précédentes», commente Sonja Roulet, syndique de Valeyres-sous-Montagny. Son homologue de Treycovagne, Stéphane Baudat, renchérit: «Nous devons pouvoir enfin avancer.»

10'890 nouveaux habitants

Si tous les municipaux et syndics marquent leur mécontentement, c’est notamment parce que la population d’AggloY ne croît pas suffisamment à leur goût. «L’agglomération, dans son ensemble, a le droit à 10'890 nouveaux habitants jusqu’à l’horizon 2030, argumente François Payot. Or nous sommes la seule agglomération à avoir besoin de terrains situés hors des zones à bâtir pour nous développer. Comme l’État de Vaud, entre autres, rend cela quasi impossible, la croissance végète à 1% par an.»

De son côté, Yverdon a encore du terrain sur des parcelles constructibles. C’est une des raisons avancées par les autorités pour expliquer pourquoi le plan de quartier Aux Parties, par exemple, devra patienter. «Nous voulions y déplacer le Service des énergies et des travaux, ainsi que Travys et CarPostal pour avancer sur Gare-Lac (ndlr: 5000 habitants et emplois), résume Jean-Daniel Carrard. Nous devions prouver que nous ne pouvions pas le faire ailleurs et, manque de pot, en faisant des recherches, nous nous sommes rendu compte que d’autres lieux étaient possibles.» Lesquels? «Il y a plusieurs possibilités, mais nous les gardons pour l’instant pour nous», rétorquent d’une même voix le syndic et la municipale de l’Urbanisme, Gloria Capt.

Désormais, au total, les huit Municipalités devront faire valider définitivement une trentaine de plans de quartiers par les autorités cantonales.

Créé: 16.01.2020, 22h24

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