Grandes manœuvres sur la base aérienne pour sauver la faune

PayerneL’armée innove en ouvrant la clôture de l’aérodrome pour le gibier. Le système sera prêt cet automne.

Une dizaine de «portails» ont été créés de part et d’autre de la clôture de l’aérodrome de Payerne pour y faire passer le gibier. C’est une première.

Une dizaine de «portails» ont été créés de part et d’autre de la clôture de l’aérodrome de Payerne pour y faire passer le gibier. C’est une première. Image: J.-P. GUINNARD

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Dans la campagne payernoise, quand les chevreuils font peur aux chasseurs… c’est qu’ils sont à réaction! Durant des décennies, faute de clôture, des chevreuils, des sangliers, des blaireaux ou des chevaux fous échappés d’un enclos ont pu se lancer sur le tarmac militaire, menaçant à tout moment de heurter un F-A/18 ou un Tiger.

Depuis l’année dernière, un grillage a été tendu de part et d’autre de la piste pour empêcher ces périlleuses rencontres.

L’armée livre désormais une seconde bataille: elle veut obliger le gibier à traverser la piste. Mais à des endroits bien précis. Pour cela, près de 8000 arbustes ont été plantés et des solutions inédites ont été imaginées. Il faut dire que la nouvelle clôture coupe un couloir de migration important entre les Préalpes et le pied du Jura, et elle forme un véritable barrage routier pour la faune locale.

«Or ces migrations sont indispensables aux animaux pour se nourrir, se reproduire ou éviter la consanguinité», explique le biologiste Alain Maibach.

Cliquer pour agrandir La nouvelle clôture de l’aérodrome (en rouge) coupe un important passage à faune (en jaune) pour le gibier en migration entre les Préalpes et le pied du Jura.

Imperméable et perméable

«La piste mesure presque 3 kilomètres. Les chevreuils ou les sangliers ne vont pas la contourner. Et s’ils le font, ce sera en provoquant des dégâts ou dans la panique. Nous allons donc les faire traverser», poursuit le scientifique. L’exercice se révèle délicat. C’est une première en Suisse. «La clôture doit être à la fois imperméable aux dangers extérieurs et perméables au gibier», résume Alain Maibach. Lequel a imaginé tout un concept de «portails» avec des ouvertures dans le grillage pour les grands mammifères et des passages sous clôture plus petits pour les fouines, les blaireaux et les renards.

Ces couloirs se situent en bout de piste, où se concentrent une dizaine de portails. Reste à faire trouver ces points de passage aux animaux sauvages. Sur le papier, l’idée du biologiste est simple.

Des nouveaux cordeaux boisés ont été plantés et des haies existantes issues de compensations écologiques permettront aux animaux de rejoindre les bords de la piste où se trouvent les portails. Le gibier sera ainsi «guidé». Dans ces zones, la végétation est laissée foisonnante, et ces secteurs seront interdits à l’activité humaine. «Nous créons des sortes de zones d’attente pour les animaux, détaille Alain Maibach. Ils s’y sentiront en sécurité et attendront le bon moment, la nuit, pour traverser la piste et les 300 mètres séparant les deux clôtures.

» De l’autre côté, une nouvelle zone de végétation où se cacher les attend. Elle aussi est truffée de portails qui permettront aux animaux de sortir de l’espace militaire.» Plusieurs caméras surveilleront ces ouvertures dans la clôture. Pas pour y traquer une intrusion humaine, mais surtout pour compter les passages et suivre les populations d’animaux.

Personnel formé

Le biologiste a pu convaincre Armasuisse de miser sur le comportement naturel des bêtes. «Dès que les premières vont passer, elles vont marquer leur territoire, les autres suivront.» Pour éviter que le gibier ne s’égare une fois à l’intérieur du périmètre militaire, les quelque 130 hectares d’herbage bordant la piste seront fauchés bas plusieurs fois par année afin de ne pas offrir d’abris.

Le personnel de l’aérodrome sera aussi formé à guider d’éventuelles bêtes égarées dans certains secteurs. Au final, l’armée investit près de 200 000 francs dans les trains de mesure mis en place pour la faune sur la base de Payerne. La clôture, elle, est devisée à plus de 5,8 millions. Il aura fallu douze ans de procédures et de travaux pour qu’elle voie le jour. (24 heures)

Créé: 22.07.2015, 06h40

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