À Grandson, le campus de la seconde chance soigne ses apprentis

Nord vaudoisLe Repuis redonne confiance à des jeunes qui n’ont pas leur place dans le système éducatif traditionnel. Reportage.

Le Vallorbier Franck Joye, 19 ans, se verrait bien ouvrir sa propre carrosserie dans quelques années.

Le Vallorbier Franck Joye, 19 ans, se verrait bien ouvrir sa propre carrosserie dans quelques années. Image: JEAN-PAUL GUINNARD

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«Quand on s’intéresse au parcours de certains jeunes, on se demande comment ils font pour tenir encore debout.» Jeudi matin, Philippe Ambühl déambule d’un bâtiment à l’autre du campus du Repuis, un centre de formation professionnelle spécialisée à Grandson. Ateliers techniques, magasin de fleurs, salles de classe… Le directeur des lieux salue et appelle par leur nom toutes les personnes qu’il croise sur son chemin. Il ne cache pas sa fierté de montrer les moindres recoins où sont accueillis et formés ses petits protégés: des apprentis avec des difficultés cognitives, physiques, psychiques ou comportementales venus de toute la Suisse romande pour prendre un nouveau départ.

«Notre nouveau bâtiment regroupe sur le site principal des ateliers jusque-là décentralisés à Grandson et à Yverdon, explique Philippe Ambühl, en le traversant de part en part. Cela nous permet d’augmenter le temps et la qualité de la formation des apprentis et d’optimiser nos ressources.» Il reprend: «Ici, c’est un peu le cursus de la seconde chance. La majorité de nos bénéficiaires ne pourraient pas suivre une formation dite traditionnelle. Quand ils arrivent parmi nous, ils sont épaulés et profitent d’un programme individualisé: ils ont le temps de se familiariser avec plusieurs métiers puis d’en choisir un qui leur plaît vraiment. Ils se découvrent une capacité de travail qu’ils ne connaissaient pas. Cela leur redonne confiance.»

170 bénéficiaires

Actif depuis plus de huitante-cinq ans dans la formation professionnelle de jeunes adultes en difficulté d’apprentissage, le Repuis s’est agrandi fin 2019. Le chantier s’est étalé sur une quinzaine de mois et a coûté près de 15 millions de francs. «Nous accueillons 170 apprentis, dont la majorité sont logés sur place, à Grandson, à Orges et à Yverdon, détaille le directeur. Au total, avec ceux que nous accompagnons même s’ils sont déjà en entreprise, nous en suivons environ 370.»

À l’étage des ateliers, le complet du directeur contraste avec les bleus de travail des petites mains qui s’activent. La plupart des secteurs du centre fonctionnent comme des entreprises et fabriquent des produits ou réalisent des prestations pour des clients externes. À l’atelier de carrosserie, Franck Joye, en 3e année de CFC, a justement une mission particulière: réparer la voiture de Philippe Ambühl, qui a tapé un poteau en sortant du parking d’une Migros. Cela ne le stresse pas particulièrement: «Voiture du directeur ou pas, ça ne change rien. Je propose les mêmes services à tous les clients.» Le Vallorbier de 19 ans n’a pas fini l’école obligatoire. Ce qui ne l’empêche pas d’arriver gentiment au bout de sa formation et d’imaginer un jour ouvrir sa propre petite entreprise pour restaurer des véhicules anciens. «J’ai de la peine avec la théorie, confie-t-il. L’école, ce n’était pas pour moi. J’aime la pratique.»

Quelques marches d’escalier plus haut, à la cafétéria, Aurélia, 18 ans, nettoie des tables. «Je suis plus libre dans le choix de mon métier ici, dit-elle, en souriant. Je devrais avoir mon attestation fédérale de formation professionnelle d’employée en intendance en 2021. Après, j’aimerais beaucoup être engagée dans une entreprise.»

Des chiffres explicites

«C’est difficile à évaluer, mais on estime que 70 à 80% des jeunes trouvent un emploi après avoir été accompagnés au Repuis, analyse Philippe Ambühl. Et 85 à 90% de ceux qui se présentent aux examens les réussissent.» Ces chiffres encourageants démontrent l’importance de la structure. «Notre objectif est de permettre à ces jeunes d’accéder à l’autonomie financière et professionnelle. En ce sens, la journée annuelle des familles sur le campus est toujours un joli moment. On y voit nos anciens bénéficiaires revenir dire bonjour. Ils sont parfois accompagnés de leurs enfants. Ils font leur vie, c’est très émouvant.»

Créé: 20.02.2020, 19h28

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