L’herbe locale est plus verte pour les producteurs de lait

AgricultureAlors que la production de lait est de moins en moins rentable, une étude placée sous l’égide de Prométerre a cherché des solutions pour améliorer la situation.

ProConseil s’est penché pendant cinq ans sur l’optimisation des fourrages locaux. Les résultats ont été dévoilés vendredi à Grange-Verney.

ProConseil s’est penché pendant cinq ans sur l’optimisation des fourrages locaux. Les résultats ont été dévoilés vendredi à Grange-Verney. Image: CHRISTIAN BRUN

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Entre 2010 et 2015, 331 exploitations laitières vaudoises ont fermé boutique, faisant passer leur nombre total de 1588 à 1257. Cause principale, si ce n’est unique, de cette saignée qui a commencé il y a plus longtemps encore: son manque de rentabilité. Les anciens changent de direction et les jeunes n’ont plus envie de se hasarder dans une filière qui n’est plus florissante comme par le passé tout en restant très chronophage. Fort de ce constat alarmant, ProConseil – un bureau particulier de Prométerre, l’organe vaudois de défense des métiers de la terre – s’est lancé dans un projet de recherche longue durée visant à trouver des solutions pour freiner cette érosion. Elles ont été exposées vendredi aux principaux intéressés, dans le cadre du Salon des herbages qui s’est tenu sur le site du domaine pédagogique de Grange-Verney, sur les hauteurs de Moudon.

«Des potentiels d’économie existent»

Pendant cinq ans, de 2012 à 2016, ProConseil a suivi treize exploitations laitières réparties sur l’ensemble du territoire vaudois. Sept d’entre elles produisent du lait pour la fabrication de gruyère AOP, les six autres du lait d’industrie, c’est- à-dire du lait destiné à être transformé par exemple en yogourts ou en beurre ou alors à être conditionné en briques. «Durant ce laps de temps, le prix payé aux producteurs de lait d’industrie a diminué de 7 centimes. Parallèlement, les paiements directs qui leur sont accordés ont eux aussi baissé, de 4 centimes…» relève le chef de projet, Didier Peguiron, comme pour souligner encore davantage la situation délicate dans laquelle se trouvent les agriculteurs. Exprimé autrement, il faut comprendre que chez les producteurs vaudois de lait, le revenu horaire d’un agriculteur et de sa famille est passé de 23 francs à 15 francs.

Il va sans dire que pendant ce temps-là, le coût de production ne s’est pas réduit. «C’est la première question qu’on s’est posée, souligne Didier Peguiron. Pour produire un litre de lait, il faut compter plus de 70 centimes (lire le détail ci-dessous).» Tout compris? Non: s’il comprend le salaire des collaborateurs agricoles, ce prix n’englobe même pas celui du chef d’exploitation…

À la lecture de cette alignée de centimes, c’est logiquement vers les trois «coûts» les plus importants qu’il est intéressant de chercher des solutions d’optimisation. Soit vers les «comptes» bâtiments, machines et aliments concentrés. «Car des potentiels d’économie existent», affirme le chef de projet. Si les deux premiers représentent des améliorations à long et moyen terme, le troisième peut être réalisé presque instantanément. En misant sur des fourrages les plus locaux possible, les exploitations laitières vont gagner en autonomie. «Les agriculteurs doivent ainsi penser à sortir leurs bêtes dès le mois de mars, quand l’herbe devient verte. La pâture est en effet largement moins coûteuse que tout autre type d’affouragement.»

Produire du lupin ou de la féverole

Ils ont aussi la possibilité d’agir sur la conservation des fourrages de base, tels le maïs ou l’herbe. En identifiant le meilleur moment pour la fauche, ils disposent d’un herbage dont la valeur nutritive est meilleure. «D’une part la vache produira davantage de lait, d’autre part son alimentation nécessitera moins de compléments.»

Des compléments sur lesquels il est aussi possible d’agir. En ajoutant de l’herbe dans les rations distribuées au bétail, l’agriculteur peut en effet diminuer la part de protéines le plus souvent importées de Suisse et de l’étranger. «Mais on aimerait aussi inciter les paysans à produire eux-mêmes du lupin ou de la féverole (ndlr: des légumineuses riches en protéines). Ils auraient ainsi moins besoin de s’approvisionner à l’extérieur», conclut Pascal Rufer, conseiller agricole chez ProConseil. (24 heures)

Créé: 08.09.2018, 14h55

Les coûts de production d’un litre de lait

Total:
74,5 centimes (sans compter le salaire du chef de l’exploitation).

Détail:

Machines: 18,7 centimes.

Bâtiments et installations:12,7 centimes.

Aliments concentrés: 10,3 centimes.

Main-d’œuvre: 9,7 centimes.

Frais généraux: 6,7 centimes.

Cultures fourragères: 6,3 centimes.

Travaux par des tiers: 3,1 centimes.

Vétérinaire: 2,8 centimes.

Intérêts des dettes: 2,7 centimes.

Inséminations: 1,5 centime.

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