Le hibou grand duc fait son retour après un siècle

AvifauneEn 2017, cinq couples du plus grand oiseau nocturne d’Europe ont niché entre la vallée de Joux et la Broye.

En 2017, neuf jeunes grands ducs ont pris leur envol depuis l'un ou l'autre des quatre nids où la nidification a été couronnée de succès.

En 2017, neuf jeunes grands ducs ont pris leur envol depuis l'un ou l'autre des quatre nids où la nidification a été couronnée de succès. Image: LAURENT WILLENEGGER - DR

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Son vol nocturne et silencieux hante de nouveau le nord du canton, de la vallée de Joux à la Broye. Disparu des radars ornithologiques de la région depuis cent ans, le hibou grand duc fait naturellement son retour. Un retour qui s’est concrétisé par une première nidification réussie en 2013 au pied du Jura.

Depuis cette découverte, les ornithologues sont aux anges. Mais aussi aux petits soins pour le plus grand rapace nocturne d’Europe. Une envergure de 160 cm pour 73 cm de hauteur, ça pose son oiseau. De quoi faire pâlir un peu plus la blanche chouette effraie, 35 cm sous la toise et 85 cm les ailes déployées. À titre de comparaison, l’aigle royal culmine à 93 cm et atteint les 2 m de la pointe d’une aile à l’extrémité de l’autre. «Voilà trente-cinq ans que j’observe les oiseaux. Je n’avais encore jamais vu de grand duc. Son explosion depuis 2013 est spectaculaire», s’enthousiasme Laurent Willenegger. Les mots de l’ornithologue sont peut-être forts pour qualifier cette évolution. Mais cette dernière est constante depuis 2013. On est passé de deux sites occupés, une reproduction réussie et deux jeunes envolés à cinq lieux de nidification, quatre reproductions couronnées de succès et neuf jeunes partis s’égailler dans la nature en quatre ans. Et c’est tout pour le canton.

Disparu de Saint-Triphon

En 1996, c’est pourtant dans le Chablais que le grand duc d’Europe avait fait son retour sur sol vaudois. Mais, après avoir niché du côté de Saint-Triphon pendant une quinzaine d’années, le couple a disparu. Il y avait été découvert, plusieurs décennies après sa disparition, victimes de persécutions – le grand hibou a souvent été chassé et cloué contre les portes pour éloigner les mauvais esprits – mais aussi d’accidents (trains, voitures) et de l’usage des pesticides. En Suisse, il n’avait d’ailleurs subsisté que dans les vallées alpines du Tessin et des Grisons.

Au nord du canton, son retour est lié à l’augmentation des populations de France et d’Allemagne. Elles font écho aux programmes de conservation qui y ont été mis en œuvre. «Sa réapparition suit plus ou moins la ligne du Jura, d’est en ouest», constate Christophe Sahli, collaborateur scientifique à l’Association Grande Cariçaie, où le rapace a été entendu à plusieurs reprises depuis deux ans.

Évidemment placé sur la liste rouge des espèces menacées d’extinction, le superprédateur semble apprécier la diversité de paysages que lui offre la région. «Contrairement à ce qu’on peut penser, il n’est pas strictement montagnard, reprend Christophe Sahli. Il est par exemple très présent sur les falaises côtières du sud de la France, notamment entre Marseille et Cassis.» En attestent les sites de nidification choisis par les cinq couples à succès l’an dernier.

Équilibre précaire

L’équilibre reste toutefois plus que précaire. Raison pour laquelle les ornithologues refusent d’en révéler les emplacements. «Près de l’aire la plus populaire, nous avons maintes fois trouvé des photographes amateurs postés à découvert et beaucoup trop près (moins de 50 m)», relève à ce propos Laurent Willenegger. Les risques encourus, selon l’auteur d’une longue chronique sur l’oiseau dans la revue spécialisée Nos Oiseaux? La femelle qui couve pourrait tout à fait abandonner sa ponte. Ainsi, sur certains sites sensibles du Nord vaudois, des mesures de mises à ban temporaires ont été prises avec le concours de la Conservation de la faune. «À noter que, dans d’autres cantons suisses et en France, une vallée abritant une telle espèce peut être totalement interdite d’accès pour en assurer la tranquillité», reprend le peintre naturaliste. (24 heures)

Créé: 21.02.2018, 18h01

Oiseaux d'eau et corbeaux au menu

Espèce en danger, le grand duc exerce une pression sur d’autres animaux. Dans la Grande Cariçaie, il est notamment allé chasser dans les colonies de goélands leucophées. «Des plumées ont été retrouvées», confirme Christophe Sahli. Amateur d’oiseaux d’eau, le hibou s’est également servi chez les grands cormorans. «Ce serait une bonne chose s’il parvenait à empêcher que l’expansion de ces deux espèces ne se poursuive», reprend le biologiste. Venues chez nous naturellement ces dernières années, elles ont eu un impact fort sur des oiseaux indigènes, telles la mouette rieuse et la sterne pierregarin. Des chiffres semblent attester de l’«efficacité» du rapace nocturne à ce propos. En hausse constante jusqu’en 2016, la progression du cormoran s’est estompée le long de la rive sud du lac de Neuchâtel. «En 2017, leur nombre – 1100 couples – était assez proche de celui de l’année d’avant», constate Christophe Sahli.
Autres mets choisis par le hibou et ses puissantes serres, les hérissons, mais aussi les corneilles noires et les corbeaux freux. De quoi régler le problème qu’ils posent à Yverdon?
L’avis des ornithologues diffère à ce propos. Pour Christophe Sahli, le hibou ne serait pas très à l’aise pour chasser en pleine ville. Pour sa part, Laurent Willenegger souligne sa grande capacité d’adaptation. «L’abondance de corneilles et de corbeaux freux (plus de 220 couples l’an dernier à Yverdon) pourrait jouer un rôle-clé pour son installation en ville ou en périphérie. Trois couples sont par exemple établis à Helsinki depuis 2005.»

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