Hilcona renonce à doubler son usine d’Orbe

AgroalimentaireLe projet devait créer jusqu’à 500 emplois. Il était au cœur d’un bras de fer entre le Canton et Berne sur l’application de la LAT.

L’usine ne peut s’étendre que sur des champs.

L’usine ne peut s’étendre que sur des champs. Image: Olivier Allenspach-A

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Producteur de sandwiches, plats de pâtes et autres pizzas industrielles, la société liechtensteinoise Hilcona n’agrandira pas son usine d’Orbe. Le Tribunal fédéral, qui a bloqué l’an dernier ce projet lancé il y a un bail, semble lui avoir porté un coup fatal. Chargé de communication de Bell Food Group, Fabian Vetsch le confirme dans un e-mail laconique: «Le projet n’est plus d’actualité. L’usine d’Orbe est aujourd’hui à un bon niveau de modernité et ses capacités répondent aux besoins actuels du marché suisse.» Fin mai, le groupe bâlois a pris le contrôle total d’Hilcona en rachetant les 49% des parts appartenant encore au trust familial Toni Hilti. Il tire la prise d’un projet qui a fait couler beaucoup d’encre.

Planifiée en plusieurs étapes, la construction d’une seconde usine devait à terme créer plus de 500 emplois à Orbe. De quoi y doubler les effectifs d’Hilcona. L'investissement prévu se chiffrait en dizaines de millions. Dans un courrier daté du 31 janvier 2012, la Municipalité s’alarmait déjà auprès du Canton de «l’incroyable retard» pris dans ce dossier. «Nous n’osons pas imaginer l’impact médiatique et populaire si, par malheur, Hilcona devait renoncer à ses ambitions», écrivait le syndic d’alors, Claude Recordon. Nous y voilà. Mais cinq ans plus tard, ce n’est qu’une demi-surprise.

Projet jugé «non urgent»

De nombreuses embûches se sont en effet dressées devant Hilcona. Pour agrandir son site, il faudrait étendre la zone industrielle au sud, sur des champs classés «surface d’assolement». Or la phase transitoire de la loi sur l’aménagement du territoire (LAT) impose de compenser illico chaque mètre carré de surface agricole perdue. Le Conseil d’Etat estimait pouvoir le faire de manière différée pour les projets d’importance cantonale. C’était tout l’enjeu du bras de fer judiciaire qui l’opposa à l’Office fédéral du développement territorial. En 2016, le TF a donné raison à Berne, ne voyant pas en quoi ce Plan partiel d’affectation (PPA) était «urgent». Son arrêt gelait le prolongement de la zone industrielle sur 4,2 hectares.

«Contrairement aux promesses faites par les autorités fédérales à l’époque, on voit que la LAT a impacté rétroactivement des projets lancés avant son adoption», réagit aujourd’hui Jean-Marc Buchillier, directeur de l’Association de développement du Nord vaudois (ADNV). «C’est très inquiétant. Le projet industriel d’Hilcona était majeur. Peu d’autres dans le canton promettaient autant de places de travail. La croissance démographique de cette petite agglomération est importante (ndlr: Orbe passerait à terme de 6800 à 10 000 habitants) et il ne nous semble pas absurde de vouloir offrir des emplois sur place aux habitants.»

Syndic d’Orbe, Henri Germond regrette «un virage raté». Le PPA avait certes été initié pour répondre aux besoins d’Hilcona, mais il reste pertinent, estime l’édile. «Nous n’avons plus beaucoup de terrains disponibles et il faudra désormais être en mesure de répondre rapidement à de futures demandes. Je rappelle que le plan d’affectation ne fera pas qu’étendre la zone industrielle, il permettra aussi d’y densifier les constructions dans le périmètre actuel (ndlr: 20 hectares).»

Cela correspond aux attentes de la LAT et du Plan directeur cantonal, tout juste révisé par le Grand Conseil. Ce document, une fois entré en vigueur, signera la fin du moratoire sur les nouvelles zones à bâtir. Et donc, permettra en principe de remettre sur les rails le développement de la zone industrielle.

Le Canton devra prioriser

Pour que les choses aillent vite, il faudra cependant que l’essor du pôle urbigène soit vu comme prioritaire par le gouvernement, malgré le renoncement d’Hilcona. Ce n’est pas gagné. Car la marge de surfaces d’assolement (SDA) dont il dispose – l’Etat doit en assurer un quota de 75 800 hectares en tout temps – fond comme neige au soleil. Il n’y aura bientôt plus de possibilité de dézoner le moindre champ colloqué comme tel sans entamer le contingent légal. Une stratégie est mise en place pour requalifier de nouvelles SDA, mais cela prendra un peu de temps.

En attendant, d’autres projets de développement importants sont dans les tuyaux aux quatre coins du canton et tous sont appelés à bétonner de bonnes terres arables. Il faudra bien décider lesquels recevront en premier le feu vert. «Tout cela reste flou, concède Henri Germond. De toute manière, il faut attendre que le Plan directeur cantonal révisé soit accepté par le Conseil fédéral, et cela va déjà prendre plusieurs mois.»

En attendant, les emplois d’Hilcona ne sont pas menacés à brève échéance, indique Fabian Vetsch. La précision s’impose car Bell va investir 30 millions de francs en Autriche, près de Linz, dans une usine de traitement des salades. «Hilcona étudie divers scénarios sur la manière dont elle s’engagera dans cette unité, mais de notre point de vue actuel, le site d’Orbe ne sera pas affecté» par cette décision, dit le porte-parole.

Créé: 19.07.2017, 17h53

Une société lorgne l’ex-surplus militaire

Les autorités locales auront peut-être une nouvelle plus réjouissante à communiquer s’agissant d’un bâtiment voisin de la fabrique Hilcona. Une importante société – dont le nom est encore tenu secret – lorgne en effet les surfaces laissées vides par le Military Megastore, qui a déménagé ce printemps à Yverdon, rue Edouard-Verdan.

Rien n’est encore signé, indique Jean-Marc Buchiller, directeur de l’ADNV, «mais nous essayons de faciliter les choses en collaboration avec la Commune et le Canton».

Le terrain en question fait trois hectares, dont un tiers de plancher dans la vaste halle qu'occupait le surplus militaire.

Propriétaire du site, l’entreprise saint-galloise Camion Transport cherche à vendre la parcelle d’un bloc. Elle l’avait acquise il y a des années dans l’optique d’y ouvrir une antenne dans la plaine de l’Orbe, ce qui ne s’est finalement jamais concrétisé.

«La société intéressée par cet achat n’utiliserait pas l’entier de la halle, ce qui laisserait des possibilités d’implantation ailleurs dans le bâtiment», précise Jean-Marc Buchillier.

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