«Je l’ai fait en hommage à mon grand-père»

BroyeUne Vaudoise figure parmi les douze muses du calendrier paysan 2020. Sa pose ingénue dénonce une réalité bien plus crue.

Image: BAUERNKALENDER

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Blanche dentelle et corset pastel. C’est dans cette parure coquine qu’Aurélie - nonchalamment adossée à une botte de foin - incarne la miss Mars du prochain calendrier paysan. «Cela me fait toujours bizarre de me voir ainsi», avoue l’intéressée dans un grand éclat de rire. Tant la légèreté de l’habillage que la lourdeur du maquillage tranchent radicalement avec son look habituel. «Juste avant le shooting, quand je me suis vue dans le miroir, je ne me suis pas reconnue», se souvient la jeune femme qui cultive la discrétion autour de son nom.

À l’ère #MeToo, ce mannequinat champêtre n’est-il pas à contre-courant? «J’ai eu des remarques du genre. Mais je ne me vois pas du tout comme une femme-objet. Je fais ce que je veux de mon corps!» revendique la Vaudoise droite dans ses bottes. Cette expérience, elle la vit comme une ode au monde rural dont elle est issue.

«Agriculteur est devenu un métier qui tue»

«J’ai voulu rendre hommage à mon grand-père avec lequel j’avais des liens très forts, confie l’enfant de Champtauroz. Quand j’avais 14-15 ans, il s’est rendu à une foire agricole à Berne où il a reçu un tel calendrier. Et quand il est rentré, ma mère a dit pour rire qu’elle m’inscrirait quand j’aurais 18 ans.» Mais la boutade attendra encore quelques années avant de devenir réalité. «Ils parlaient du calendrier à la télé et nous avons échangé un regard. J’ai alors tout de suite dit à ma mère: ‹C’est bon, je m’inscris avant que tu le fasses.»

Pour prêter son visage à cette image d’Épinal sur papier glacé, Aurélie a dû surmonter sa grande timidité. Au-delà de ce défi personnel, la Broyarde de 25 ans souhaite soutenir une cause qui lui tient à coeur. «C’était aussi pour montrer que le monde agricole est beau. Mais les agriculteurs sont systématiquement les premiers attaqués, comme pour les produits phytosanitaires, alors que de nombreux particuliers en utilisent, plaide-t-elle avec ses tripes. Il y a de plus en plus de suicides dans le monde paysan, alors que c’est eux qui produisent notre nourriture. C’est devenu un métier qui tue.»

Cet univers, Aurélie l’a côtoyé depuis sa tendre enfance. Trouvant beaucoup de plaisir dans le soin du bétail: «J’ai toujours préféré m’occuper des animaux que des machines.» L’exploitation familiale a cependant dû se séparer de son cheptel, il y a six ans, pour se consacrer uniquement aux cultures. N’ayant pas le courage d’embrasser cette profession, la pétillante vingtenaire s’est tournée vers l’horticulture. Perpétuant ainsi la tradition du travail de la terre.

Créé: 28.11.2019, 16h01

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