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Icônes littéraires, les machines Hermès flambent dans les enchères

Après la machine de Kerouac, deux Hermès 3000 du Pulitzer McMurtry pourraient dépasser les 10'000$ aux enchères aux USA. Objets cultes, ces machines à écrire yverdonnoises trouvent une nouvelle vie.

Compagnon des auteurs du XXe siècle, la machine à écrire portative Hermès entretient une certaine aura dans le monde de la littérature. C’est surtout le cas outre-Atlantique, où ces anciens fleurons de l’industrie du Nord vaudois trouvent une nouvelle vie dans les enchères en ligne. Une maison de Dallas espère refiler les Hermès d’un romancier à… l’acteur Tom Hanks, grand collectionneur.
Compagnon des auteurs du XXe siècle, la machine à écrire portative Hermès entretient une certaine aura dans le monde de la littérature. C’est surtout le cas outre-Atlantique, où ces anciens fleurons de l’industrie du Nord vaudois trouvent une nouvelle vie dans les enchères en ligne. Une maison de Dallas espère refiler les Hermès d’un romancier à… l’acteur Tom Hanks, grand collectionneur.
DR

En 1991, la page était tournée. Les usines Hermès Paillard d’Yverdon cessaient la fabrication de leur produit phare, prisé des bureaux, des journalistes, d’Ella Maillart, Hemingway ou Max Frisch. Les plus célèbres machines à écrire portatives d’Europe, aux origines des plus grands monuments de la littérature moderne, étaient dépassées. Par l’électronique naissante, l’informatique et le progrès. Restaient des souvenirs.

Des dollars par milliers

Dans six jours, deux de ces reliques de la précision helvétique pourraient bien atteindre les 24 400 dollars aux enchères à Dallas. Il s’agit d’une paire d’Hermès 3000, assemblées entre 1963 et 1970 aux ateliers de la rue Saint-Roch. Leur particularité? Elles comptent, assurent les amoureux de machines à écrire, parmi «les plus sophistiquées jamais faites». Surtout, leur propriétaire est célèbre. Il s’agit de l’auteur Larry McMurtry, un Texan connu pour ses poignants portraits de l’Ouest américain, des fictions plongeant dans les classes moyennes du Far West, dont Lonesome Dove, qui lui vaudra un Pulitzer en 1986. Dans la même veine, il rédige sur les subtiles touches de son Hermès – l’auteur fuit l’informatique – le scénario de Le secret de Brokeback Mountain, qui lui vaut un Golden Globe. Sur scène, l’auteur offre «a big wet kiss» à son Hermès 3000. La célébrité de la machine à écrire était faite. Enfin, refaite. Heritage Auctions, qui dit être la troisième plus grande maison de vente aux enchères au monde, inclut les machines dans une vente célébrant la littérature américaine. L’opération comprend un lot de pages originales de Jack Kerouac, un autre passionné de machines Hermès. La dernière du père de On the Road avait été vendue 22 500 dollars par Christie’s en 2010.

Les grandes maisons ne sont pas les seules à compter sur les machines yverdonnoises. Ironie de l’histoire, l’engouement est cette fois-ci numérique. Sur les sites d’enchères entre particuliers, surtout outre-Atlantique, elles s’arrachent par centaines, pour 100 à 500 dollars. «Ce n’est pas étonnant, il y a aux Etats-Unis une fascination pour la machine à écrire. Comme si elle avait elle-même une âme, un rôle dans la création», relève Boris Vejdovsky. Maître d’enseignement et de recherche de l’UNIL en littérature nord-américaine, il avait même consacré un cours à la question. «C’était dans la culture d’alors, les machines suisses étaient au sommet de la technologie, utilisables partout. Beaucoup d’auteurs ont eu leur machine fétiche, qui était liée à leur façon d’écrire. Hemingway tapait ses dialogues à la machine mais écrivait à la main ses descriptions.»

Des merveilles de finesse

Tout remonte à l’entre-deux-guerres, quand la maison de mécanique fine d’Albert Paillard s’adjoint les services de l’ingénieur italien Giuseppe Prezioso. Avec l’apport de spécialistes étrangers, les premières machines yverdonnoises, qui faisaient le malheur des secrétaires, deviennent des merveilles de finesse. «On renforce les mécanismes, on le simplifie, on trouve de meilleurs alliages. Elles n’avaient rien de révolutionnaires, mais elles étaient robustes et duraient une vie. Ces Hermès ont fini par incarner la fiabilité suisse», explique le professeur Laurent Tissot, auteur d’une thèse sur la maison yverdonnoise. Profitant que la guerre mobilise ses concurrents, la firme vend aux Alliés, à l’Axe, et après-guerre, sa réputation reste. «Il y a eu un excellent travail marketing de leur commercial Gualtiero Thieben, ajoute Laurent Tissot. La publicité met en scène la mobilité et les utilisateurs.» On retrouvera justement les Hermès Baby ou 3000 aux mains de Max Frisch, Hô Chi Minh, Inoesco… et McMurtry. La machine participe à l’image des auteurs.

«Il y a du fétichisme, relève Boris Vejdovsky. Mais aussi l’attrait pour la sensualité de la machine et de ses touches. On fuit une écriture informatique dématérialisée.» Sans parler de la nostalgie pour les trente glorieuses et de la mode du vintage. «Cet engouement américain finira par arriver chez nous», croit Laurent Tissot. Les maisons d’enchères suisses en doutent. Pour elles, les rares lots existant visent les amoureux d’Hermès ou misent sur l’aura d’un auteur. A voir donc, si, un jour, les machines Paillard achèvent leur retour aussi sûrement qu’autrefois le faisait leur chariot.

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